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Scène d’Interclubs au TC Genève-Eaux-Vives lors de la venue de Seeblick le 31 juillet.
© David Wagnières pour Le Temps ©

Tennis

En août, le charme discret des Interclubs

Les phases finales des Interclubs de LNA se disputent ce week-end à Seeblick. Peu médiatisée et assez coûteuse, cette compétition d’à peine deux semaines est moins artificielle qu’il n’y paraît

Compétition créée en 1911 et toujours disputée depuis (à l’exception de 1915 et 1926), les Interclubs sont l’équivalent tennistique des championnats de Suisse de football, de basketball ou de hockey sur glace. A cette différence près que ses rencontres, condensées en douze jours en plein cœur de l’été, n’intéressent pas grand monde en dehors des cercles d’initiés et des équipes concernées. La Suisse compte pourtant de grands joueurs (Federer, Wawrinka, Bacsinszky, Bencic) et cinq tournois de niveau mondial. Mais aux Interclubs, il y a peu d’équipes (six par catégorie), pas beaucoup de public, guère plus d’intérêt médiatique et le lien entre des clubs souvent historiques et des mercenaires (étrangers mais aussi suisses) recrutés pour l’occasion ne saute pas immédiatement aux yeux.

Une tradition sans justification économique. C’est cet a priori peu favorable que nous sommes allés confronter à la réalité du terrain. D’abord au parc des Eaux-Vives, où l’équipe locale recevait au dernier jour de juillet le champion en titre, Seeblick. Début des matchs à midi, sous la canicule. S’il y a un peu de monde, c’est surtout parce que les enfants sortent de leur cours et que c’est l’heure du déjeuner. Dommage: l’affiche rassemble pratiquement tous les meilleurs talents du pays: Johan Niklès et Antoine Bellier côté genevois, Jakub Paul, Marc-Andrea Hüsler et Robin Roshardt dans le camp zurichois.

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Un privilège rare

Pour ces jeunes espoirs qui bataillent dans les tournois Challenger et autres Future, la quinzaine est une aubaine. Ils y gagnent de quoi financer plusieurs mois sur le circuit et peuvent enchaîner des matchs, un privilège rare. «On se connaît tous depuis longtemps, observe Antoine Bellier mais on se croise finalement assez peu sur les tournois. Les interclubs nous donnent l’occasion de nous affronter. C’est sympa, il y a toujours une petite suprématie nationale en jeu.» Il ne croit pas si bien dire. Sur le court n° 2, Marc-Andrea Hüsler lui refuse cinq balles de match consécutives avant de l’emporter au super tie-break.

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Gardant un œil sur la partie, Eric Rogers prête une oreille attentive à notre présentation pessimiste des choses. «Le club se porterait tout aussi bien s’il ne disputait pas les Interclubs», admet d’emblée le directeur du TC Genève-Eaux-Vives. Il précise aussitôt: «Mais je peux vous dire que lorsqu’on a gagné le titre en 2016, après vingt-deux ans d’attente, c’était un sentiment extrêmement fort qui justifie bien des efforts.» Plus globalement, il estime que «participer et soutenir la relève fait partie de la mission d’un club comme le nôtre, le plus grand de Suisse pour le nombre de courts (une vingtaine) et le nombre de licenciés (2400). A l’exception des Neuchâtelois, tous les meilleurs Romands jouent chez nous, et beaucoup n’ont jamais disputé les Interclubs pour une autre équipe.»

Le nouveau cador

Selon les années et les performances (les joueurs sont rémunérés au match, avec primes de résultat), Genève-Eaux-Vives engage entre 80 000 et 120 000 francs dans l’opération. Insuffisant pour battre Seeblick, le nouveau cador. A Zurich, les moyens sont équivalents, mais on préfère mettre en avant les valeurs humaines. «Nous sommes une bande de joueurs qui se connaissent depuis longtemps et qui avaient envie de se retrouver. Le club a cherché l’argent pour financer la LNA», explique le capitaine Roman Valent, un peu désolé de voir le match Bagnis-Lopez Perez se disputer devant des gradins déserts. «Bagnis est un ex-top 50! Ce n’est pas si fréquent en Suisse, il y aurait beaucoup à apprendre pour des jeunes joueurs.»

Le 4 août, Seeblick battra à domicile Neuchâtel (7-2) devant 600 spectateurs. Un vrai succès pour René Stammbach. «Les Interclubs sont l’un de nos évènements phares, soutient le président de Swiss Tennis. Et c’est la pointe d’une pyramide composée de près de 20 000 joueurs. Nous avons un sponsor fidèle [Rado], une moyenne de 50 articles dans la presse par rencontre; c’est un bon produit.»

Un club que les autres adorent détester

Un produit qui peine à convaincre, mardi 7 août, au spectacle de Cologny-Chiasso. Une dizaine de chaises sous les arbres suffisent amplement à contenir le public. Les cris stridents de la Russe Valentyna Ivakhnenko tranchent avec la quiétude de la mi-journée et de cette zone très résidentielle. Quelques banquiers ont fait tomber la veste. Attention, ici on sait de quoi l’on parle: «Celle-ci, c’est Leonie Küng, la finaliste de Wimbledon junior, glisse un homme à son voisin. Elle n’est pas très costaude, mais elle a une bonne vitesse de bras.»

Leonie Küng, la Schaffhousoise, défend cet été les couleurs de Cologny, comme Patty Schnyder, la Bâloise. Les dix joueuses inscrites pour la compétition sont dix nouvelles, et il y a parmi elles six étrangères. Champion de Suisse 2016, après l’avoir été en 2011, 2013 et 2014 chez les messieurs, le CS Cologny est le club que les autres adorent détester. «C’est de la jalousie, répond le capitaine Orlin Stanoytchev. On disait aussi ça de Wollerau quand ils battaient tout le monde. La vérité, c’est que nous n’avons que deux sponsors. Je connais les tarifs parce que j’ai approché certaines joueuses et je peux vous dire que les budgets annoncés ailleurs ne correspondent pas à la réalité. Et il faut savoir que les joueurs suisses, même moins bien classés, sont beaucoup plus chers que les étrangers.»

Une star qui se plie aux règles

Orlin Stanoytchev est d’abord un amoureux du tennis qui regrette le peu d’engouement autour des Interclubs. «Cette année, le niveau est super haut! Dans un autre pays, un Timea Bascinszky-Patty Schnyder se serait joué devant 3000 spectateurs!» Ils sont une cinquantaine en cette fin d’après-midi à Nyon pour voir Bacsinszky dominer Kristina Kucova (6-2 6-3). «Il y avait plus de 200 personnes ce week-end au Country Club contre Cologny», souligne la capitaine Prisca Birchler. Au bord du court, certains arborent la casquette du «club des supporters»: ils ont payé 100 francs pour soutenir le club et l’équipe.

Demi-finaliste de Roland-Garros l’an dernier, Timea Bacsinszky est retombée au 761e rang WTA. Elle a besoin de jouer. Stade Lausanne, pourtant l’un des plus grands clubs du pays après Eaux-Vives et Grasshopper, a renoncé à sa place en LNA, préférant investir dans le mouvement junior. Nyon, où elle a déjà joué en 2013, l’a attirée. «Sans faire de folies, jure le TC Nyon. Chacun a fait un effort.» Et la star de ces Interclubs celui de se plier aux règles de vie imposées par Prisca Birchler: «loger chez l’habitant, manger le soir avec l’équipe, taper quelques balles avec les membres». Le 8 août au soir, les joueuses du TC Nyon faisaient une grillade avant la phase finale ce week-end.

L’invité surprise

«Le pire scénario d’un point de vue financier, expliquait Eric Rogers au début des Interclubs, c’est d’aller en finale et de perdre.» En ce sens, Genève-Eaux-Vives a évité le pire: battus 8-1 à Neuchâtel lors de la dernière journée, les Genevois ne participeront pas au tour final. Le CT Neuchâtel est l’invité surprise. Aux Cadolles, on raconte la même belle histoire que toujours: un budget «trois fois inférieur aux autres» (selon le capitaine Pablo Minutella, cité par Arcinfo), la priorité donnée aux jeunes du cru, et des étrangers arrivés en dernière minute qui se laissent gagner par l’ambiance familiale. Il y a peut-être une magie des Interclubs.

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