Le coup de balai: il peut modifier jusqu'à 10% de la trajectoire, soit une distance de quatre mètres. Comme pour la poussée en bob - ou dans certaines voiries - la tendance consiste à recruter des balayeurs musclés. Deux techniques sont utilisées: lentement avec une forte pression, ou rapidement avec des caresses superficielles.

Le coup de pied: la peur de la chute taraude tous les curleurs, surtout au balayage. Les chaussures sont conçues expressément. L'une glisse, l'autre pas. La première porte une semelle en téflon et offre une adhérence du type ventouse. La seconde, à base de caoutchouc, permettrait d'organiser un meeting d'athlétisme sur le lac de Joux.

Le coup de maître: sur le trajet qui l'amène à la maison, la pierre doit opérer trois ou quatre rotations successives. Le mouvement est appelé le curl - la boucle en anglais. Seuls les virtuoses en maîtrisent toute la délicatesse. Seuls les virtuoses, encore, s'accommodent des glaces inconstantes, dont la texture change en fonction du climat - l'arrivée de mille spectateurs, jeudi, a modifié les conditions de jeu. Seuls les virtuoses, enfin, connaissent parfaitement leur pierre, jusqu'à en calculer la vitesse et la rotation avec exactitude. Ces pierres sont devenues des instruments de haute technologie. Elles sont conçues à base de granit écossais, pèsent quelque 19 kilos et coûtent 1000 francs pièce.

Le coup de gueule: le skip, ou capitaine, est le patron. Il jouit d'une autorité incontestable - s'il en est - et assume toutes les décisions d'ordre stratégique, avec une anticipation qui varie entre un et cinq coups. Les ordres sont vociférés de manière péremptoire, sans polir la rime. Le skip, aussi, est commis à l'intimidation de ses adversaires, par un regard torve ou un cri hargneux - dont certains évoquent des incantations à la gloire des plaisirs charnels.