L'information selon laquelle le sprinter britannique Linford Christie a été contrôlé positif lors du meeting indoor de Dortmund le 13 février dernier est officielle depuis hier mercredi. L'Américain Dennis Mitchell, champion en titre des Etats-Unis du 100 m, est suspendu deux ans pour avoir été lui aussi contrôlé dopé à la testostérone le 1er avril 1998 (lire LT du 4.8.1999). Enfin, le champion du monde de saut en hauteur, le Cubain Javier Sotomayor, 31 ans, contrôlé positif à la cocaïne dans le cadre des Jeux panaméricains. Sans oublier la suspicion entourant le record du monde du 100 m réalisé à Athènes le 16 juin dernier (en 9''79) par l'Américain Maurice Greene: le vernis qui recouvrait jusqu'ici le monde de l'athlétisme commence gentiment à se craqueler. Un phénomène que connaît bien de son côté le cyclisme.

Ainsi donc, Linford Christie, 39 ans, est passé chez le pharmacien. L'affaire ne laisse pas d'étonner quant à la naïveté du Britannique. Qu'est-ce qui a bien pu pousser le champion olympique du 100 m aux JO de Barcelone 92, détenteur d'un des plus beaux palmarès de l'athlétisme européen et meilleur «ennemi» de Carl Lewis, à vouloir améliorer ses performances à l'aide de produits prohibés alors qu'il était en semi-retraite depuis deux ans? Qui plus est en prenant de la nandrolone, un anabolisant autrefois très en vogue dans le milieu des sprinters, mais devenu, de nos jours, le produit pratiquement le plus facile à détecter? «C'est incroyable, estime, sous le couvert de l'anonymat, un spécialiste de la lutte antidopage. Il existe aujourd'hui tant de produits indécelables que je ne comprends pas pourquoi Christie a pris de la nandrolone.» Lors des Jeux olympiques de Séoul, en 1988, Linford Christie avait été contrôlé positif, mais aussitôt innocenté par la commission médicale du CIO après s'être défendu en affirmant que la présence de pseudoéphédrine dans ses urines était due à sa consommation de thé au ginseng.

Le sprinter britannique a été suspendu mercredi par la Fédération internationale d'athlétisme. La sanction qui lui sera infligée – encore inconnue aujourd'hui – sera probablement très lourde, même si UK Athletics (la Fédération d'athlétisme du Royaume-Uni) vient de blanchir l'un de ses athlètes, Doug Walker, le champion d'Europe du 200 m, contrôlé positif aux stéroïdes en décembre 98.

«Je me suis toujours opposé à l'utilisation de substances interdites par les athlètes, et il est ridicule d'imaginer que je puisse y avoir eu recours après avoir pris ma retraite sportive», a déclaré, mercredi, le sprinter britannique. «Je suis complètement innocent, et je me défendrai avec la dernière énergie contre toute action intentée contre moi.»

UK Athletics, pour sa part, a émis des doutes concernant les récents contrôles positifs à la nandrolone. «Nous sommes préoccupés par l'augmentation sensible des contrôles – en Grande-Bretagne et ailleurs, et non seulement en athlétisme – donnant des résultats contradictoires quant aux métabolites de nandrolone. Le sport britannique devrait mener une enquête approfondie pour tenter de déterminer pourquoi il en est ainsi», ont affirmé hier ses responsables.

Si les choses sont claires dans «l'affaire» Linford Christie, elles ne le sont pas moins dans le cas de Javier Sotomayor. Les organisateurs des Jeux panaméricains qui se déroulent actuellement (et où une agression sexuelle a été perpétrée par un joueur de softball des Bahamas sur une employée du service du nettoyage au village des athlètes) ont révélé mercredi soir à Winnipeg que le cubain avait été testé positif à la cocaïne dans leur compétition. Selon le président de l'Organisation sportive panaméricaine (ODEPA), Mario Vasquez Rana, sa médaille d'or au saut en hauteur, remportée vendredi, lui été retirée. L'«affaire» Sotomayor représente le troisième cas de dopage des Jeux panaméricains 99, après le déclassement de l'athlète dominicaine Juana Arrendel (saut en hauteur) et du gardien de l'équipe canadienne de hockey sur patins à roulette, Steve Vezine.

A quelques jours des Mondiaux de Séville (21 au 29 août) – et alors que le Canadien Ben Johnson vient de demander à la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) de réduire la suspension «à vie» qui lui a été infligée après les JO de Séoul 1988 (l'IAAF statuera sur son cas le 17 août prochain) – ces nouvelles affaires de dopage pourraient bien annoncer d'autres scan-dales.