RALLYE-RAID

Après les déboires de l'édition 2000, le Dakar a-t-il encore un avenir?

Perturbée par de nombreux incidents, la célèbre épreuve africaine a atteint certaines limites. Sous peine de disparaître, elle devra devenir plus adaptable

L'édition 2000 du Dakar s'est terminée le dimanche 23 janvier dernier. Elle a vu la victoire, dans la catégorie «voitures», de l'équipage français composé de Jean-Louis Schlesser et Henri Magne (Buggy Schlesser), dans la catégorie motos du Français Richard Sainct (BMW) et, dans l'épreuve réservée aux camions, des Russes Tchaguine, Yaboukov et Savostine (Kamaz).

Ce que l'on retiendra surtout de ce 22e Dakar, épreuve comptant pour la Coupe du monde de rallye tout terrain, c'est qu'il a été victime d'un certain nombre d'impondérables. Ainsi, les organisateurs ont dû renoncer à quatre étapes à la suite d'une menace terroriste «avérée» intervenue au Niger avant d'organiser un pont aérien pour transférer toute la caravane (1500 personnes) un bout plus loin. Ils doivent aujourd'hui faire face à des poursuites engagées par les autorités égyptiennes qui les accusent d'avoir commis des dégâts lors de l'arrivée de la 22e étape au pied des pyramides de Gizeh. Et puis, il y a eu aussi la terrible 13e (!) étape, au cours de laquelle quatre des onze premiers de la catégorie voitures ont effectué un plongeon d'une dizaine de mètres au bas d'une dune prétendument mal signalée sur les carnets d'itinéraire. Plusieurs pilotes et navigateurs ont été grièvement blessés. Sans oublier les critiques intervenues quant à l'itinéraire que d'aucuns estimaient beaucoup trop roulant, etc.

Bref, pour nombre de personnes, le Dakar 2000 est à oublier au plus vite. Reste la question essentielle: le célèbre rallye-raid africain, considéré dans un sondage publié récemment par Le Journal du dimanche plus comme une opération commerciale que comme une épreuve sportive, doit-il continuer à vivre? «Oui, répond Jean-Claude Killy, patron d'Amaury Sport Organisation (ASO), dont dépend la structure TSO (Thierry Sabine Organisation) chargée de mettre sur pied le Dakar. Simplement, il a atteint ses limites supérieures dans son volume, dans le nombre de personnes déplacées. Il doit donc être repensé, devenir plus adaptable, plus souple et plus léger.» Jean-Claude Killy considère toujours le Dakar comme une aventure. «On doit le maintenir pour cela. Ce rallye-raid est non seulement une compétition sportive, il est aussi un moyen d'évasion, une opportunité de se mesurer à soi-même dans un environnement hostile. Le Dakar a beaucoup de goûts, de saveurs, d'odeurs.» Quand on lui demande quelles sont les valeurs que véhicule ce rallye, le patron d'ASO répond: «Les valeurs primaires. Puis-je le faire? Puis-je prendre le risque de me perdre, de me retrouver seul? Puis-je comprendre une situation de vie d'un continent que je n'ai jamais vu? Puis-je sortir de ma routine, de mon confort?»

Jean-Claude Killy avoue tout de même qu'il a eu peur que son épreuve ne reparte pas après les incidents du Niger. «Nous avons réagi dans la minute et organisé les transferts en moins de cinq heures.» ASO a eu de la chance dans son malheur. Celle de pouvoir mettre la main facilement sur trois avions de type Antonov qui étaient libres, alors qu'il n'y en a que dix-huit qui volent de par le monde. «Cela a eu un prix que nous paierons, poursuit Killy: entre 5 et 5,5 millions de francs suisses. Mais nous n'avions pas le choix. Il nous était impossible de contourner l'obstacle par la route, pour des questions de géopolitique. Ni de faire marche arrière, car, alors, le Dakar tapait dans le mur et se retrouvait victime d'un choc mortel.»

«Le Dakar ne peut pas, ne doit pas mourir, considère le pilote français Jean-Louis Schlesser. Le rallye-raid, c'est d'abord l'homme, et ensuite l'utilisation de l'espace de liberté offert. Il s'agit de l'unique discipline motorisée internationale dans laquelle un constructeur amateur, un semi-professionnel ou une écurie officielle peuvent se côtoyer sur un même terrain ouvert à tous et à tous les budgets.» Accusé par ses pairs d'avoir «tué» la course rapidement sur un tracé favorisant son buggy, «Schless» répond: «Il y a ceux qui bossent et ceux qui râlent. Moi, j'ai choisi la première solution.»

«Jean-Louis a raison, considère Hubert Auriol, directeur de TSO, ancien vainqueur de l'épreuve (il est le seul pilote à avoir gagné en voiture et à moto). Les temps réalisés par les concurrents n'ont jamais été aussi proches les uns des autres que cette année.» Le Français concède toutefois que son épreuve doit muer. «Nous sommes passés en moins de six ans de 150 concurrents à plus de 400. Je crois que nous allons dans la bonne direction. Même si je sais que notre succès ne va pas sans nous poser des problèmes et que nous ne pourrons pas grossir indéfiniment.» Et de conclure: «Vous savez, on a tout vu, tout lu et tout entendu sur le Dakar. Je suis de l'aventure depuis vingt-deux ans et cela m'a appris à prendre du recul par rapport aux événements, à les relativiser. La réglementation (n.d.l.r.: critiquée par certains qui regrettent que les véritables prototypes aient été exclus du Dakar depuis plusieurs années parce que les organisateurs considéraient que seuls trois ou quatre équipes pouvaient l'emporter) est perfectible, mais tout ne l'est-il pas dans ce monde?»

Ancien pilote de F1, le Belge Jacky Ickx, qui était navigué par sa fille Vanina sur le Dakar 2000, a en tout cas éprouvé beaucoup de plaisir. «Je remercie les organisateurs de m'avoir redonné confiance en moi à travers le Dakar et d'avoir ouvert des horizons à Vanina.»

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