Il y a moins de deux mois, au soir du Grand Prix de Monaco, après un retentissant doublé signé par Michael Schumacher et Eddie Irvine, Ferrari se prenait à rêver d'une saison qui serait celle du sacre, vingt ans après celui de Jody Scheckter, dernier pilote en date à avoir rapporté un titre mondial à l'équipe italienne. Avec douze points de plus que Mika Hakkinen, son principal adversaire au championnat, Schumacher possédait une avance qui, sans être confortable, lui permettait de se positionner comme l'homme à battre.

Il se sentait enfin dans la peau du lièvre derrière lequel ses poursuivants étaient censés s'essouffler. Lors des deux championnats précédents, c'est lui, Michael Schumacher, qui avait tenu le rôle ingrat de celui qui devait courir après la carotte. A chaque fois, il avait échoué d'un rien dans cette course-poursuite. Derrière Jacques Villeneuve en 1997, puis dans le sillage de Mika Hakkinen l'année dernière. Depuis Monaco le vent a tourné pour Ferrari, et pas vraiment dans le sens espéré. Aux Grand Prix d'Espagne, du Canada puis de France, la Scuderia n'a pas vraiment confirmé.

En début de saison, elle avait profité des soucis et du manque de fiabilité de l'écurie McLaren-Mercedes pour la rejoindre, puis la dépasser. Et aujourd'hui, à la veille d'aborder la mi-saison à l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne, tout est à refaire pour Schumacher et Ferrari. L'Allemand accuse un retard de huit points sur Mika Hakkinen, soit un déficit de vingt points (l'équivalent de deux victoires à rien) en l'espace de trois courses. Si l'équipe dirigée par Jean Todt n'a pas grand-chose à se reprocher pour son résultat au Grand Prix d'Espagne (troisième place de Schumacher derrière les intouchables McLaren), les deux ratés consécutifs, à Montréal d'abord et sous les averses de Magny-Cours ensuite, lui incombent.

En ces deux occasions, les pilotes et l'équipe Ferrari ont prouvé qu'ils ne sont pas infaillibles. A Montréal, Michael Schumacher et Eddie irvine ont trébuché, alors que le Finlandais Mika Hakkinen faisait la course parfaite. Si Irvine faisait oublier ses quelques erreurs en bataillant jusqu'au bout pour finalement se classer troisième, Schumacher terminait sa course dans le mur, prouvant qu'il n'est pas toujours très à l'aise lorsqu'il subit une intense pression. Ce jour-là, Michael Schumacher a commis un péché d'orgueil en voulant prouver à Hakkinen qu'il se considère comme le patron du peloton.

Schumacher a tout de même eu l'élégance de reconnaître sa bévue. «Une faute comme celle-là, j'en commets une par saison. J'espère donc que ce sera la dernière cette année.» Une bourde d'autant plus regrettable que Ferrari semblait enfin au niveau de McLaren en termes de performance pure. Au Canada, Schumacher n'a pas su en profiter. Quinze jours plus tard, en France, la scuderia Ferrari a carrément fait naufrage. Et, surtout, Michael Schumacher n'a pas été en mesure d'exploiter, en course, la piètre prestation de Mika Hakkinen aux essais (14e). Dans des conditions qu'il affectionne – la pluie –, l'Allemand a été surclassé en performance pure par le Finlandais. Il s'est même fait doubler sur la piste, à la régulière, par son principal adversaire au championnat.

Et, pour une fois, Jean Todt et Ross Brawn, les stratèges de la Scuderia, n'ont rien pu faire pour leur pilote. Battu sur la piste, Schumacher l'a été également par sa mécanique (des ennuis électroniques lui imposant un changement de volant), mais aussi dans les stands. Même Eddie Irvine a été victime de la fébrilité de la Scuderia qui ne l'attendait pas pour un changement de pneus crucial. Sans cet incident, Irvine aurait pu prétendre terminer devant Mika Hakkinen, plutôt qu'à une lointaine sixième place.

Après ces deux courses loupées, Ferrari se trouve dans l'obligation de prendre un peu plus de risques sur le plan technique pour espérer troubler la sérénité de l'écurie McLaren-Mercedes. Qui ce week-end évolue sur son terrain. Après avoir effectué de nombreux essais sur le circuit de Silverstone la semaine dernière, Ferrari va sûrement prendre le risque d'aligner en course une évolution de son moteur. Utilisé depuis quelques épreuves en qualification, Ferrari espère que son V10 «survitaminé» tiendra la distance d'un Grand Prix, soit 305 kilomètres.

Vendredi soir, à l'issue de la première journée d'essais, Michael Schumacher se montrait confiant et mettait la pression sur ses adversaires en espérant concrétiser ses propos sur la piste: «Nos essais de la semaine dernière sur ce circuit que nous ne connaissons pas parfaitement ont été très productifs. Nous avons respecté notre programme et aujourd'hui, nous n'avons utilisé qu'un train de pneus contrairement à quelques autres voitures plus rapides que nous.» S'il espère s'élancer de la pole position dimanche après-midi, Michael Schumacher a surtout pour objectif, en terre anglaise, de réduire son retard sur Hakkinen, auteur du meilleur temps des essais libres. Et cela passe par une victoire.