«Après l'accident, j'ai appris à apprécier les petites choses comme aller à la salle de bain sans aide extérieure. Je sais que j'ai été chanceux et que cela aurait pu être bien plus grave!» Demain, le slalom géant d'Adelboden marquera le retour à la compétition d'Hermann Maier, seize mois après une chute de moto qui avait failli lui coûter sa jambe droite. Et on peut douter que l'Autrichien s'y contente de ce genre de victoire sur soi. Double champion olympique, triple vainqueur du classement général de la Coupe du monde de ski, Hermann Maier, qui a remporté 41 courses dans sa carrière, a été le grand dominateur du ski alpin durant quatre saisons avant qu'une voiture ne lui coupe la route en août 2001, près de la station de Radstat.

Les responsables de l'équipe autrichienne se montrent prudents, affirmant qu'ils ne veulent pas fixer à leur champion des objectifs trop élevés dans l'Oberland bernois. Mais la course d'Adelboden tombe à pic: le 2 février commencent à Saint-Moritz les Championnats du monde. Un bon résultat demain permettrait à Hermann Maier de revendiquer l'une des quatre places accordées à l'Autriche dans le slalom géant grison.

Mardi, grâce à un statut protégé (la Fédération internationale de ski le considère comme blessé), Hermann Maier partira avec un petit dossard, entre le septième et le seizième coureur. L'ancien maçon a remporté le géant d'Adelboden à trois reprises (1998, 1999 et 2001). Dans le portillon de départ, est-ce à ces trois victoires sur une pente amie ou à ses seize mois de doute qu'il pensera?

Après qu'il eut raté l'ouverture de la saison le 27 octobre dernier à Sölden, le malaise était grand chez l'Autrichien pour qui l'on parlait de fin de carrière anticipée. Le grand Toni Sailer lui-même, légende du ski autrichien, avait cru bon de lui conseiller publiquement d'abandonner la compétition. Il faut dire que ce report faisait suite à une série de blessures inquiétantes. Lors d'un entraînement estival à Portillo, au Chili, l'une d'elles lui avait valu une nouvelle opération au mollet. «J'ai de bonnes sensations sur la neige fraîche, expliquait-il alors. Mais sur une piste dure, j'éprouve encore de fortes douleurs. Je ne suis simplement pas prêt. Cela peut durer des années.» Son état de santé s'est pourtant amélioré plus vite que prévu. «Il a fait des progrès incroyables», dit Hans Pum, le directeur du ski alpin à la Fédération autrichienne, qui avait mis à la disposition du champion un entraîneur personnel afin qu'il puisse récupérer ses moyens plus rapidement. La semaine dernière, Hermann Maier s'est entraîné avec l'équipe nationale et ses résultats ont convaincu ses responsables de l'aligner mardi.

Double fracture ouverte des os du tibia, fortes contusions d'à peu près tout le bas du corps et du visage. La description de la blessure du champion par le docteur Trost, le lendemain de l'accident qui l'avait précipité en bas d'un ravin et après sept heures d'opération, aurait fait abandonner à tout autre professionnel l'espoir de rechausser des skis un jour. Après une phase de «forte dépression», durant laquelle les médecins redoutaient de devoir l'amputer par crainte des infections, Hermann Maier a commencé une phase de remise sur pied qui n'a pris fin que récemment. Au total, il n'a skié que quatorze jours depuis son accident.

Sa convalescence a commencé à l'Hôpital de Salzbourg. Un pédalier à main, conçu spécialement pour le miraculé, lui a d'abord permis de remuscler le haut du corps. Puis ce seront de longues heures de piscine pour réapprendre à marcher. «Pédaler sur mon vélo d'appartement a certainement été la partie la plus intensive du processus, a-t-il confessé. Mais j'ai toujours eu en tête l'idée de revenir. C'est ce qui me donnait la force de continuer. Aujourd'hui, mon endurance et ma puissance musculaire sont supérieures à ce qu'elles étaient avant mon accident.»

Si ce qu'il dit est vrai, le retour du champion promet du spectacle, non seulement sur les pistes de Saint-Moritz mais également au sein de l'équipe d'Autriche. Stefan Eberharter, interrogé sur le retour de son ennemi intime, a été d'une froideur totale: «Pour le moment, ce n'est pas ma préoccupation. Nous avons tous les deux nos propres objectifs.» Le sien pourrait être de trouver aujourd'hui le moyen de continuer à dominer le ski mondial, lui qui n'a commencé à le faire qu'à partir du moment où Hermann Maier s'est grièvement blessé.