Jean-Daniel Mudry, le directeur général de Sion 2006, sera-t-il le prochain directeur de la Fédération suisse de ski (FSS)? Le scénario n'a rien d'utopique depuis l'échec de la candidature sédunoise, le 19 juin passé, et la démission du directeur de la FSS, Josef Zenhäusern, au début du mois de juillet.

Le 3 juillet dernier, en effet, la Fédération suisse de ski tenait ses assises annuelles à La Chaux-de-Fonds. L'occasion pour elle de prendre acte du départ de son directeur, Josef Zenhäusern, 55 ans, un homme contesté depuis longtemps. Même s'il est parvenu, en sept ans, à doper l'apport des sponsors de l'organe faîtier du ski helvétique, le faisant passer de 2,5 à 10 millions de francs, alors que le bilan financier progressait de 11 à 18 millions.

Laconiquement, la FSS faisait état de cette démission. Or, il apparaît aujourd'hui que le Valaisan a bel et bien été poussé vers la sortie. Depuis plusieurs mois, des pressions existaient pour qu'il s'en aille. Elles émanaient notamment de certains skieurs, qui visaient, à travers le directeur, le chef alpin Theo Nadig. Un homme que Josef Zenhäusern a toujours protégé, malgré la chute de la popularité du Saint-Gallois. Plusieurs skieurs estimaient que ce dernier n'était pas à la hauteur de sa mission. D'autres n'appréciaient guère les efforts sportifs que le «patron» leur réclamait en permanence, conscient que le ski suisse n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut.

Officiellement, Josef Zenhäusern a démissionné «d'un commun accord, parce qu'il ne parvenait pas à s'identifier aux nouvelles structures que la FSS est en train de mettre en place». Une version que maintient aujourd'hui le Nidwaldien Edi Engelberger, président de la FSS: «Il n'y a jamais eu de pressions pour qu'il s'en aille.» Ces nouvelles structures de la FSS seront présentées en détail lors d'une assemblée générale extraordinaire qui se déroulera courant novembre. Pour rappel, le ski suisse devrait être géré à l'avenir à la manière d'une société anonyme. Avec un conseil d'administration de sept membres (4 nommés par l'assemblée générale des délégués et trois désignés par les Interrégions) dont dépendra directement le nouveau directeur qu'il aura désigné, et qui sera appelé à son tour à choisir ses collaborateurs.

Le directeur fonctionnera comme un chef d'orchestre. Il coordonnera les efforts de six départements: sport d'élite, relève, sport populaire, marketing et pub, finances et membres individuels. Mais, pour parvenir à cette structure, les statuts actuels de la FSS doivent être revus. La présentation, le 3 juillet dernier, d'une étude concernant les nouvelles structures, n'a pas paru enthousiasmer les délégués de la FSS.

Josef Zenhäusern, lui, n'assurera pas la transition avec son successeur. A la mi-juillet, il a vidé son bureau. Son téléphone portable n'est plus en service. Pour l'heure, selon Edi Engelberger, une trentaine de personnes ont fait part de leur intérêt pour lui succéder. Parmi elles, Jean-Daniel Mudry et un autre homme célèbre dans le milieu du ski: René Vaudroz, actuel vice-président de la FSS, ancien entraîneur de l'équipe suisse féminine de ski alpin et aujourd'hui directeur de la société de remontées mécaniques Télé Leysin S.A. «Le poste m'intéresse, confirme le Vaudois. Mais je dois encore réfléchir. J'aime mon travail actuel. Et je suis candidat radical au Conseil national pour les prochaines élections fédérales. Il va falloir choisir.»

Jean-Daniel Mudry, lui, avoue «aimer les jobs qui ressemblent à un défi. Le ski suisse en est un. Mais, avant de me décider – je me donne jusqu'au 15 août –, je dois prendre en compte les conditions-cadres. J'ai 54 ans. Il ne faudrait pas que, dans deux ans, on ne veuille plus de moi pour une raison X ou Y. Par ailleurs, j'ai en main des propositions de places de travail tant sur le plan civil que militaire. Je dois réfléchir.» Le divisionnaire ne retrouvera pas son poste de commandant de la Division de montagne 9. Il s'apprête à quitter le Tessin. Au moment où il s'est mis à la disposition de Sion 2006, l'armée lui a promis un poste qui pourrait être celui de remplaçant du chef des forces terrestres.

En attendant, le délai pour les candidatures échoit fin août, selon Edi Engelberger. L'automne promet d'être chaud, surtout quand on pense que le nouveau directeur aura tout pouvoir, par exemple, de se séparer de Theo Nadig. Ou quand on sait que, dans les sphères dirigeantes du ski suisse, des voix s'élèvent déjà pour considérer que René Vaudroz et Jean-Daniel Mudry «sont probablement aussi nuls que Josef Zenhäusern». L'ambiance est au beau fixe dans le ski suisse…