Pep in the City

Après un début canon, City expérimente la courbe d’apprentissage

En exclusivité pour «Le Temps», l’écrivain et journaliste catalan Martí Perarnau chronique la première saison de Pep Guardiola à Manchester City. Deuxième épisode: l’inévitable phase de stagnation (Bonus: la version originale de cette chronique en espagnol)

Lire la version en espagnol de cette chronique: Temporada 1, episodio 2: la curva de aprendizaje

Guardiola aime les Ligues. Il a gagné sept des huit qu’il a disputées: une avec le Barcelone B, trois avec le Barça et trois autres avec le Bayern. Pep place toujours au-dessus des autres le titre obtenu avec la réserve du FC Barcelone parce qu’il s’agissait de ses débuts comme entraîneur, c’était une équipe formée de garçons très jeunes et inexpérimentés dans une troisième division espagnole très tannée, et cette victoire dans une catégorie si difficile lui a servi de tremplin pour diriger le Barça qui, avec lui à sa tête, gagnerait les six titres en jeu en 2009, et ensuite huit autres de plus.

Guardiola explique que derrière cette séquence formidable de triomphes consécutifs dans les championnats de ligue – seulement interrompue en 2012 par l’orgueilleux Real Madrid de Mourinho – il n’y a pas de formule magique: seulement de la constance, de la persistance, de la ténacité et surtout toujours valoriser toutes les parties comme s’il s’agissait d’une finale et chaque adversaire – aussi insignifiant qu’il puisse paraître – comme le plus puissant d’entre tous.

Pep ne possède pas de formule magique qui garantisse le succès, mais oui il a une petite recette. Guardiola dit: «Les ligues se gagnent dans les huit dernières journées et se perdent dans les huit premières». Exprimé autrement: personne ne peut gagner le championnat dans son tronçon initial, mais on peut le perdre! Il suffit de revoir l’actuel classement de Premier League pour observer que le champion en titre, Leicester City, pourra difficilement conserver son titre: après onze journées, il a pratiquement perdu toutes ses chances de gagner la ligue.

Un autre grand prétendant, Manchester United, se trouve en difficulté parce qu’il marche à huit points du leader; dans ce cas, l’équipe de José Mourinho n’a pas encore perdu la possibilité de conquérir la Premier League, mais ses options se sont énormément affaiblies. Dans ces deux cas, la recette que Guardiola emploie semble recommencer à s’accomplir: les ligues se perdent au commencement, mais elles ne se gagnent pas avant la fin. Seulement deux points séparent les quatre premiers classés et nous pouvons déduire que la fin de la ligue anglaise sera serrée et passionnante.

Pour comprendre l’irrégularité que City a montrée dans les quatre mois de compétition sous la conduite de Guardiola, nous devons recourir à la «courbe d’apprentissage». J’ai mentionné dans mon article précédent que le plan de l’entraîneur catalan fixe en mars 2018 le moment où son équipe atteindra la maturité; c’est un long terme, de vingt mois, parce que Pep considère que l’apprentissage sera un lent processus.

Les joueurs doivent non seulement apprendre une manière différente de jouer – le jeu de position –, mais surtout comprendre les «pourquoi» de cette façon de jouer. Pour être efficace dans ce style de jeu, le footballeur doit connaître le «quoi» et le «comment» mais aussi et spécialement le «pourquoi». Luigi Volpicelli a écrit que «jouer, c’est connaître». Connaître les causes est essentiel pour obtenir des effets puissants. De plus, ce processus n’a pas lieu dans le vide ou dans les limbes, mais en coexistant avec la compétition, avec ses réussites et ses erreurs, avec les blessures, les suspendus et surtout face à des rivaux; le contexte compétitif ralentit n’importe quel processus d’apprentissage, même s’il lui apporte d’autres types de stimuli.

Manchester City a commencé la saison avec dix victoires consécutives. Il semblait que rien n’arrêterait l’équipe de Pep et que la ligue allait être un chemin de roses. Mais ensuite arrivèrent d’abondants résultats négatifs. Que s’est-il passé? Rien d’étrange: la courbe d’apprentissage envoyait la facture.

Au commencement, les joueurs de City ont appris avec rapidité. Leur attitude ouverte et désireuse de s’améliorer a favorisé qu’ils absorbent avec facilité les premiers concepts du jeu positionnel et qu’ils le mettent en pratique avec réussite: ils ont gagné dix fois de suite. Après les difficultés sont arrivées pour deux raisons: l’apprentissage est devenu plus complexe – ils ont passé du «quoi» et du «comment» au «pourquoi» – et les rivaux ont appliqué des antidotes efficaces, coïncidant avec le fait que la majorité de ces entraîneurs connaissaient très bien l’idéologie de Guardiola (Pocchetino, Luis Enrique, Koeman, Rodgers, Puel…).

La courbe d’apprentissage a cessé d’être verticale et efficiente, elle s’est aplanie et a stagné. Il est arrivé à City ce qui t’arrive quand tu étudies une langue étrangère ou un instrument de musique: tu apprends, avances, crois savoir beaucoup de la nouvelle matière et progresses, mais soudain tu stagnes, trébuches et sens que tu as touché un plafond. C’est la courbe de l’apprentissage.

Après les dix victoires consécutives (soldées avec une moyenne par match de 3 buts pour et 0,6 contre), Guardiola a cherché à augmenter le contrôle des matches et à accorder moins d’occasions de but aux adversaires, mais il s’est produit précisément le contraire et presque aucun de ses objectifs ne s’est accompli. Des défenseurs comme Kolarov ou Stones ont commencé à multiplier les erreurs décisives et bien qu’au Camp Nou l’équipe a joué une première mi-temps magnifique, le tableau d’affichage favorable au Barça (4-0) a semblé écrasant par la faute de leurs propres erreurs, certaines très grossières.

Ainsi, les moyennes de City ont chuté à 1,1 but marqué et 1,75 but encaissé par match sur les huit rencontres suivantes; un mauvais bilan, nuancé par l’excellent succès sur Barcelone au retour (3-1).

Maintenant, après une nouvelle pause pour les matchs des équipes nationales, débute la troisième étape du City de Pep. C’est une étape indubitable de récupération émotionnelle: les joueurs-étudiants auront besoin de récupérer leur estime de soi et de comprendre qu’ils n’ont ni tout appris au commencement ni tout oublié par la suite.

Dans un processus étalé sur vingt mois entrent les meilleures étapes de l’imaginable et aussi les pires. Tout apprentissage mobilise trois facteurs: le cognitif (connaître-comprendre), le physique (dans le football nous l’englobons comme technico-tactique) et l’émotionnel, peut-être le moins travaillé mais le plus transcendant pour progresser. Maintenant Guardiola aborde une période où il cherchera à stimuler les émotions de ses joueurs pour qu’ils cassent la stagnation et recommencent à croître dans la courbe d’apprentissage.

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