Al'instar de Michelin, son partenaire historique, Renault fait cette année son retour officiel en Formule 1 avec de grandes ambitions. Finalement, la marque au losange n'aura tourné le dos au paddock de la F1 que trois petites années. Une éclipse partielle, puisque les moteurs Mécachrome, bientôt rebaptisés Supertec, étaient en fait des propulseurs Renault qui ne voulaient pas dire leur nom. Cet épisode aura au moins permis aux techniciens de Renault Sport, basé à Viry-Châtillon, dans la banlieue parisienne, de ne pas perdre le contact avec une discipline où la technologie progresse à la vitesse du son…

Pour dire la vérité, les décideurs de la marque française pensaient pouvoir se passer plus longtemps de la Formule 1, grande dévoreuse de budgets, à une période où l'entreprise devait se refaire une santé financière. Mais la F1 est aussi une incroyable vitrine technologique et un incomparable vecteur d'image. Même si à l'époque (1996-1997), la victoire d'un moteur Renault était devenue un non-événement.

Après avoir dominé la spécialité pendant près de six ans avec son moteur V10, et s'être retiré sur un doublé au championnat du monde (titres pilote et constructeur) en 1997 grâce à la Williams du Québécois Jacques Villeneuve, Renault s'imaginait vivre – et vendre – sur sa réputation pendant de longues années. Mais, après quelques courses de la saison 1998, Louis Schweitzer, le président de Renault, et Patrick Faure, celui de Renault Sport, ont eu l'intuition que leur odyssée sur les circuits n'était pas terminée.

Restait à déterminer le bon moment pour revenir. Et la manière de le faire. Il n'était pas question de reprendre un simple, et coûteux, rôle de motoriste. Créer sa propre équipe en partant de zéro aurait réclamé trop de temps et retardé d'au moins trois ans l'échéance du come-back. Très vite, la solution du rachat d'une équipe existante s'est imposée. Pourtant, Renault a tout d'abord refusé de s'associer à Alain Prost, pourtant un ancien pilote maison. Par peur de voir le nom de la marque être vampirisé par celui du quadruple champion du monde français. Par chance, le fabricant textile italien Benetton cherchait à se débarrasser de l'équipe portant son nom. Car la célèbre famille de Trévise ne maîtrisait plus vraiment l'exploitation de l'écurie.

La transaction a coûté 200 millions de francs suisses au constructeur français. Benetton, dont les structures sont installées en Angleterre dans une usine ultramoderne, disparaîtra en 2002 pour laisser la place à l'équipe Renault. Voilà le défi majeur de la marque. Faire triompher une monoplace, dont le moteur et le châssis porteront le nom de Renault, dont l'histoire est étroitement liée à celle de la course automobile depuis que celle-ci existe.

En attendant, ce sont encore des Benetton-Renault qui disputeront le championnat du monde 2001 qui s'ouvre ce dimanche, avec l'Italien Giancarlo Fisichella et l'Anglais Jenson Button pour pilotes. Et pour réussir son pari en 2002, Renault a pris certains risques techniques cette année. En alignant notamment un moteur novateur, doté d'une nouvelle architecture très ouverte (plus de 100°), mais dont la fiabilité est loin d'être validée. Les hommes de Renault affirment qu'ils se donnent le temps d'être prêts pour se profiler dès la saison prochaine comme des vainqueurs potentiels. La grande bataille sera alors engagée pour conquérir des parts de marché, dans un sport qui fait, de plus en plus, la part belle aux grands constructeurs. Et si ces derniers acceptent de consacrer des sommes astronomiques à cette activité, c'est forcément afin d'en récupérer une partie d'une façon ou d'une autre.