Simon Ehammer a apporté la première médaille suisse aux Championnats d'Europe d'athlétisme de Munich. L'Appenzellois s'est classé deuxième du décathlon, avec 8468 points, nouveau record de Suisse. Le titre est revenu à l'Allemand Niklas Kaul (8545 points), la médaille de bronze à l'Estonien Janek Oiglane (8346).

Champion d'Europe juniors en 2018, puis champion d'Europe espoirs en 2019, Simon Ehammer poursuit sa progression. A 22 ans, il remporte sa deuxième médaille dans un grand championnat, après le bronze obtenu au... saut en longueur le mois dernier lors des Championnats du monde à Eugene (Etats-Unis).

Ses performances à la longueur (8m31) lui ont longtemps permis de rêver du titre européen. Il est encore cependant trop faible dans certaines épreuves (disque et javelot principalement) pour tenir tête jusqu'au bout aux gros bras du décathlon.

En tête depuis la première épreuve, le 100 m couru lundi matin (10''56), Simon Ehammer s'était couché lundi soir avec 4661 points et une avance de plus de 300 points sur l'Italien Dario Dester et le Norvégien Sander Skotheim.

Le jet prodigieux de Kaul

Mais l'on savait que les épreuves de la seconde journée lui convenaient moins bien. Les projections (des résultats estimés dans les cinq dernières épreuves) lui faisaient espérer un total de 8400 points, ce qui pouvait ne pas suffir face au retour de l'Allemand Niklas Kaul, particulièrement performant dans les lancers (disque et javelot), et qui pouvait lui espérer parvenir à 8500 points.

Simon Ehammer lança parfaitement la journée décisive en remportant le 110 m haies, malgré deux faux départs dans sa série. Il projeta le disque à 34m92, assez loin des 39m réussis en mai dernier, mais rétablit la situation en améliorant son record personnel au saut à la perche, passant une barre à 5m20. Comme Niklas Kaul avait manqué son concours (4m90), le Suisse avait même une marge inespérée.

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Mais tout fut remis en cause après le concours du lancer du javelot. Si celui de Ehammer ne fut pas mauvais (53m46, il n'a jamais dépassé les 56m), celui de Niklas Kaul, porté par tout un stade, fut exceptionnel: 76m05 au troisième et dernier essai. Simon Ehammer n'avait plus que 178 points d'avance sur Kaul, ce qui représentait une marge de 28 secondes.

Dès le départ, Niklas Kaul prit les devants, Ehammer se contentant de limiter les dégâts à l'arrière du peloton. Après 700 m, l'Allemand avait déjà 14 secondes d'avance. Il en avait 28 à l'entame du dernier tour, et accéléra encore, porté par le public de l'Olympiastadion. Simon Ehammer ne put jamais accélérer et termina avec 38 secondes de retard, dix de trop.

Mujinga Kambundji battue d'une souffle

Moins d'une heure plus tard, Mujinga Kambundji a apporté une deuxième médaille d'argent au camp suisse. Là encore, l'Allemagne était devant. Là encore, cela s'était joué d'un rien, au tout dernier moment. Là encore, on hésitait entre la joie et la déception, tant la Bernoise est passée tout près de son premier titre européen en individuel, dans la discipline-reine du 100m.

Alors qu'elle semblait maîtriser la course, la Bernoise a vu Gina Lückenkemper revenir à sa hauteur et lui souffler la victoire au «cassé». Dans son élan, l'Allemande perdait l'équilibre sitôt la ligne d'arrivée franchie et chutait sur la piste, s'entaillant profondément l'intérieur du genou avec ses pointes. Lorsqu'elle se releva, le tableau affichait son nom en première place, avec le même chrono que Kambundji, deuxième: 10''99 pour les deux athlètes. La photo-finish les avait départagé aux millièmes (cinq en défaveur de la Suissesse) et montré au passage que la troisième, la Britannique Daryll Neita, n'était pas loin dans ce mouchoir (11''00).

Le public hurlait sa joie à ce nouveau titre pour l'Allemagne, Lückenkemper pleurait de joie tout en se faisant bander la jambe et Mujinga Kambundji observait tout cela sans trop savoir ce qu'elle devait en penser. Désormais six fois médaillée dans des grands championnats, la championne du monde du 60 m en salle (en mars dernier à Belgrade) est venue à Munich avec l'ambition de remporter «des médailles». Au pluriel. En voici déjà une, dès sa première course. Elle participera encore au 200 m et au relais.

Marcell Jacobs confirme son titre olympique

Deux autres Suissesses s'étaient d'ailleurs qualifiées pour les (trois) demi-finales. Dans la première, enlevée par la Britannique Daryll Neita 10''95, la Zurichoise Géraldine Frey, championne de Suisse en titre, a amélioré son temps des séries mais n'a pu prendre que la cinquième place, en 11''38. Dans la deuxième, Natacha Kouni a terminé au septième rang (11''53), loin derrière une autre Britannique Dina Asher-Smith.

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Chez les hommes, le titre est revenu au favori, l'Italien Lamont Marcell Jacobs, vainqueur en 9''95. Le champion olympique de Tokyo et recordman d'Europe (9''80) a surmonté un départ moyen pour repousser la menace des deux Britanniques Zharnel Hugues (9''99) et Jeremiah Azu (10''13). Cinquième de sa demi-finale, quatorzième chrono au total, le Fribourgeois Pascal Mancini a couru en 10''23, six centièmes de trop pour accéder à la finale.