Ça a l’air si facile. L’enfance de l’art. Mais il en est ainsi des plus grands artistes (et même des petits artisans qui maîtrisent leur geste) comme des plus grands sportifs. Ils rendent la complexité fluide. La course d’élan est harmonieuse, le piqué précis, l’impulsion déterminée, la flexion sans hésitation. L’ascension et le retourné s’enchaînent dans un relâchement total. C’est à peine si Armand Duplantis peut goûter ce bref instant d’éternité où, basculant entre montée et descente, le perchiste paraît suspendu au-dessus de sa barre. Il la domine avec une belle marge. Il vient pourtant d’effacer 6,17 m et de battre le record du monde. Ça a l’air si facile.

C’était à Torun, en Pologne, sur les bords de la Vistule. Jusqu’à ce samedi, seuls les initiés savaient que la ville natale de Nicolas Copernic abritait un meeting en salle d’athlétisme. Depuis ce 8 février, elle est le point de départ d’une autre révolution, celle d’Armand Duplantis dans le saut à la perche. A 20 ans, le prodige américain (né à Lafayette, Louisiane) mais qui concourt pour la Suède, le pays de sa mère, a les moyens de porter son sport dans une autre dimension, comme le firent Sergueï Bubka et Yelena Isinbayeva, ou encore Usain Bolt en sprint. Il a pris le pouvoir avec une facilité déconcertante, franchissant toutes ses barres au premier essai avec une marge énorme, même à 5,92 m, puis à 6,01 m.