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Arsène Wenger, une bénédiction pour les actionnaires

Malgré la non-qualification pour la Ligue des champions, Arsène Wenger a été reconduit pour deux ans à la tête d’Arsenal. Un choix économique, explique Stéphane Henchoz dans sa chronique

En Premier League, un homme cumule généralement les fonctions d’entraîneur et de directeur sportif. C’est ce que nous appelons «le manager à l’anglaise». Il est nommé ou démis par le président du club ou par le Board. Celui d’Arsenal vient de prolonger pour deux ans Arsène Wenger, arrivé en 1996 chez les Gunners.

Cette annonce a mis fin à un an de doutes et même de campagne, puisque on a vu des slogans pro- ou anti-Wenger dans les stades, dans la rue, sur les réseaux sociaux et même dans le ciel de Londres. Cette saison, Arsenal a remporté la Cup mais a été éliminé dès les huitièmes de finale de la Ligue des champions (10-2 sur les deux matches contre le Bayern) et a fini cinquième du championnat, loin derrière Chelsea mais aussi à onze points du grand rival Tottenham. Pour la première fois depuis vingt ans, Arsenal ne jouera pas la Ligue des champions la saison prochaine. Too much pour Arsène?

«Un manager qui ne réclame jamais un rond, quelle bénédiction pour un actionnaire!»

En Suisse, un entraîneur est jugé sur ses résultats. Mais en Angleterre, un manager est aussi jugé sur sa balance des transferts. Le nom et le nombre de joueurs que vous avez recrutés et valorisés comptent autant que les points. S’il avait été jugé sur ses seuls résultats, Wenger aurait été viré depuis longtemps. Il est maintenu parce qu’il gère Arsenal en bon père de famille. Au contraire d’un José Mourinho, qui met constamment la pression sur son Board pour renforcer l’équipe, il ne demande pas de moyens supplémentaires. Un manager qui ne réclame jamais un rond, quelle bénédiction pour un actionnaire!

Un actionnaire dans un club anglais est un investisseur qui veut gagner de l’argent comme dans n’importe quel business. Les Américains qui ont racheté Liverpool ne l’ont pas fait par amour du soccer; ils sont venus parce qu’ils étaient déjà actifs dans la branche, parce que Liverpool est un grand nom et parce qu’ils estiment posséder un savoir-faire susceptible de développer les recettes. Depuis leur arrivée, ils se sont efforcés d’améliorer l’accueil au stade, tout ce que l’on nomme «l’expérience d’un match à Anfield», bien avant de renforcer l’équipe.

Finir devant Tottenham n’a aucune importance

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le propriétaire n’en a rien à faire, du «Top 4» ou du «Big Five». Pour l’ouvrier qui se saigne pour payer son abonnement, gagner la Ligue des champions (s’il est de Liverpool) ou battre Chelsea (s’il est d’Arsenal), c’est sa fierté, sa raison de vivre. Mais pour l’actionnaire, finir devant Tottenham n’a aucune espèce d’importance; perdre en huitième de finale de la Ligue des champions ou en quart de finale, ça ne fait qu’un match de moins à domicile. A la rigueur, être champion ou troisième ne rapporte pas une différence d’argent significative. En tout cas pas s’il faut se ruiner pour viser le titre.

Les fans d’Arsenal se plaignent de ne plus gagner la Premier League et de ne plus accueillir de grands joueurs. Avant qu’il ne se décide à acheter Mesut Özil et Alexis Sanchez, Arsène Wenger préférait enrôler quatre joueurs moyens en France. Il semble avoir changé sur ce point mais se refuse toujours à signer des forts caractères, des joueurs qui n’auraient pas peur de lui, qui ne lui seraient pas redevables. Ce calcul renforce sa position, mais affaiblit son équipe.


La précédente chronique: Un transfert réussi n’est jamais le fruit du hasard

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