Football

Asbury Park FC, faux club pour vrais fans

A mi-chemin entre la blague tordue et la satire du foot moderne, le club du New Jersey fait tout comme les autres, sauf qu'il n'a ni joueurs sous contrat ni équipe inscrite en championnat...

Le Asbury Park FC ressemble à un club de foot comme un autre. Il a ses p ropres maillots (blanc et noir), son logo (représentant un visage souriant un peu clownesque), son sponsor principal (Samesong) et son surnom (les «Tillies»). Il affiche aussi fièrement les plans de son projet de stade (le Samesong Park, 5000 places) sur son site internet classe et responsive. Basé à Asbury Park, dans le New Jersey, il fait tout comme les autres franchises nord-américaines de soccer. A un petit détail près: il n’organise pas de match de football. Il n’a ni joueurs sous contrat ni équipe inscrite en championnat.

L’époque avait déjà vu naître les fake news (sans information vérifiée) et le fromage vegan (sans produit laitier). Outre-Atlantique, de petits malins ont inventé le club de football sans sport, une histoire insolite racontée cette semaine par le New York Times. L’APFC se targue d’être «la franchise sportive la plus suivie d’Asbury Park» et le «deuxième meilleur club de football du New Jersey». Sans préciser qu’il n’y a pas d’autre franchise sportive en ville, et que l’Etat ne compte qu’une seule équipe de foot professionnelle…

Spécialistes de la communication

Le vrai faux club est né de la rencontre entre Shawn Francis, un spécialiste des nouveaux médias, et Ian Perkins, le guitariste anglais du groupe The Gaslight Anthem. Lorsque ce dernier s’est installé à Asbury Park en 2013, il a demandé, via Twitter, où se situait précisément le «park» de la ville, afin d’y trouver des camarades avec lesquels disputer de petits matches. Shawn Francis lui a alors expliqué que le nom de la localité était trompeur, car il n’y avait aucun endroit où jouer au football. «A New York, il y a plein d’équipes sympas et nous nous sommes dit qu’on devrait en créer une ici. Mais il n’y avait pas de terrain pour la faire évoluer. Alors, on a pensé: et si cette équipe ne jouait en fait jamais? Cela nous a fait marrer. Puis on s’est dit qu’on tenait un truc.»

La blague fondatrice un peu tordue est devenue une parodie de plus en plus élaborée. Pour obtenir des plans d’un stade à construire, les deux acolytes ont mandaté un étudiant en architecture sri-lankais. Coût de l’opération: 50 dollars. A travers une connaissance, ils ont aussi fait fabriquer 100 maillots par la marque Umbro, qui ont très rapidement trouvé preneurs. Puis ils ont sorti un lot de maillots vintage pour valoriser «la longue histoire de non-existence du club», raconte Shawn Francis. Ce deuxième stock a vite été épuisé lui aussi. Aujourd’hui encore, la vraie boutique en ligne de la fausse franchise propose t-shirts et autres produits à ses couleurs pour ses fans. Sur Twitter, le club compte 2500 abonnés, tous automatiquement dotés d’une carte de membre officielle.

Entreprise lucrative?

Faux club, vrai business? Francis et Perkins assurent au New York Times que l’APFC ne leur rapporte pas d’argent. A vrai dire, ils viendraient à peine de quitter les chiffres rouges. Leur principale motivation serait de lutter contre l’ennui saisonnier qui guette les habitants de leur coin d’Amérique. «En hiver, il n’y a rien à faire ici», se désole Shawn Francis.

Aussi absurde soit-elle, l’existence d’Asbury Park FC n’est pas pour autant dénuée de sens. Dès le premier contact sur Twitter entre les deux futurs amis, Francis avait titillé Perkins en prétendant que de toute façon «le football n’était plus une affaire de jeu, mais de consommation». Depuis, leur démarche fonctionne comme une satire des clubs modernes, pour qui l’essentiel serait de bien communiquer et de vendre des produits dérivés plutôt que de mettre l’accent sur les aspects purement sportifs. En les éludant complètement, l’APFC va simplement jusqu’au bout de l’idée. De quoi lui permettre de se draper dans un slogan implacable, que tous les vrais clubs du monde peuvent lui envier: «Invaincu. Aujourd’hui. Demain. Pour toujours.»

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