«Pour nous sauveteurs, la mise à l'eau des concurrents constitue le moment critique par excellence.» Jean-Marc Pellet, 23 ans, sait de quoi il parle. Depuis sept ans qu'il œuvre comme maître nageur sauveteur bénévole pour la section de Rivaz, il est un familier du triathlon. A quelques minutes du départ des championnats du monde de la discipline, qui se déroulaient ce week-end à Lausanne, sa combinaison sur la taille et sa paire de palmes à la main, il explique: «Lorsqu'ils s'élancent, les nageurs sont très groupés, et les risques de coups s'en trouvent accentués. En cas de détresse, ils sont censés lever la main. Or, au moment du départ, tous disent au revoir à leur famille… Il faut avoir les yeux partout.» Des yeux, il y en avait effectivement partout pour parer à toute éventualité. Sur, mais également sous le lac. Au total, pour assurer la sécurité des nageurs, ils étaient quinze nageurs équipés de palmes et six plongeurs avec bouteilles, encadrés par quatre bateaux et une dizaine de kayaks. De quoi rassurer les familles…

Pour les concurrents de cette discipline, qui doivent enchaîner 1500 mètres de nage, 40 km de vélo et 10 km de course à pied, l'un des moments critiques réside plutôt dans les phases de transition entre les différentes épreuves. Et, à y regarder de plus près, le triathlon est au sport ce que la Formule 1 est à la course automobile: une épreuve sportive qui nécessite la maîtrise du changement. Changement de pneumatiques pour les coureurs de F1; de vêtements pour les triathlètes.

Dans le rôle des stands, le stade de Vidy. Là, rangés dans un ordre parfait au pied d'un poteau numéroté, les vélos attendent leur athlète. Jaunes, rouges, verts, déclinant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, ils ont pour point commun de tous avoir une paire de chaussures déjà fixées au pédalier ainsi qu'un casque et des lunettes de soleil posés sur le guidon. Au sortir de l'eau, les athlètes, encore dégoulinants, se ruent dans l'arène en direction de leurs machines. Tandis que, des mains, ils ajustent fébrilement leurs lunettes et fixent à la hâte la lanière de leur casque, de leurs pieds, ils finissent de s'extirper d'une combinaison qui leur colle au corps, le tout sous les encouragements d'une foule de supporters massés derrière les grilles. Alors que les athlètes s'élancent déjà à l'assaut des 17% de la rue de la Mercerie, leurs combinaisons jonchent le sol du stade, telles des peaux mortes que les juges de course replient pudiquement au pied des poteaux.

«C'est une phase de la course où l'on peut perdre de précieuses secondes», confirme le Vaudois Jean-Christophe Guinchard. «En ce qui me concerne, elle fait partie intégrante de mon entraînement. J'essaie de procéder toujours de la même manière pour être le plus efficace possible.»

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, c'est la course et ses aléas qui, en définitive, départagent les concurrents. Premier à surgir des eaux du lac, l'Australien Creig Walton a longtemps fait la course cycliste seul en tête. Jusqu'au moment où, dans la 3e des quatre boucles qui emmenaient les concurrents jusque vers les hauts de Lausanne, il a chuté, sans gravité, mais cela l'a contraint à l'abandon. Une aubaine pour ses poursuivants immédiats, dont le Français Stéphane Poulat et le Vaudois Jean-Christophe Guinchard, sorti 8e à l'issue de l'épreuve de natation. Réussissant un change très rapide après l'épreuve cycliste, et poussé par les encouragements d'un public très nombreux – quelque 30 000 personnes –, celui-ci prenait même la tête dans les premiers mètres de la course à pied, sa discipline favorite. C'était compter sans les crampes d'estomac qui, à partir du 6e km, l'ont fait perdre tout espoir de podium.

A l'arrivée, c'est l'Anglais Simon Lessing, déjà triple détenteur du titre mondial (1992, 1995 et 1996), qui s'est imposé en 1h 55' 30'', devant le Néo-Zélandais Paul Amey à 26'', et l'Australien Miles Stewart à 33''. A la 7e place, visiblement très déçu, Jean-Christophe Guinchard n'en réalise pas moins le meilleur résultat jamais obtenu par un Suisse dans une épreuve des championnats du monde. Plus loin, le Saint-Gallois Reto Hug termine à la 9e place.

Chez les femmes, même mainmise – attendue – des Anglo-Saxonnes sur le podium: l'Australienne Joanne King l'emporte en 2h 07' 25'' devant sa compatriote Michellie Jones à 38'' et la Néo-Zélandaise Evelyn Williamson à 46''. La Soleuroise Natascha Badmann, championne d'Europe 1997, finit 10e à 3' 38''. Même déception – tout aussi attendue – pour la Vaudoise Magali Messmer, mal remise d'une pneumonie et victime d'une chute de vélo, qui finit 40e à 10' 20''.

Lors des Jeux de l'an 2000, le triathlon sera discipline olympique pour la première fois de son histoire. Un délai suffisant pour permettre aux athlètes suisses de préparer leur revanche. Mais, attention. Cette fois, les Australiens seront chez eux puisque les JO auront lieu à Sydney, en Australie.