Treize champions du monde et autant de champions olympiques arpenteront, ce mardi, le tartan de la Pontaise. La venue de cet auguste aréopage, réuni avec un budget de 2,5 millions de francs, sans l'impact médiatique du label Golden League, laisse planer d'agréables mystères. «Selon les habitudes, je n'ai consenti aucune surenchère», insiste le patron du meeting, Jacky Delapierre.

Le standing d'Athletissima, sans nul doute, doit beaucoup à son tissu de relations. Personnage pragmatique et obstiné, profondément attaché à «son» meeting, Delapierre n'ignore plus grand-chose des arcanes de la négociation sportive. Chaque année, le Vaudois, cadre dans une entreprise d'assurances, court les contrats à travers le monde, de meetings en «trials», de managers en agents. Le but reste le même: tirer le maximum d'un budget relativement modeste.

En moyenne, Delapierre recrute quelque 250 athlètes issus d'horizons différents et, au préalable, traite avec une quarantaine d'agents. Chacun de ses managers préside aux intérêts d'une petite «écurie»; aussi le troc s'instaure… Rabais sur le cachet d'une star en échange d'une place pour un jeune espoir. Un coureur de moins dans une course, un de plus dans une autre. Le délicat rapport de forces, dans une ambiance de comice agricole. Certains athlètes, aussi, viennent à Athletissima à leurs frais, et ne courent pas, faute de place.

Manifestement, cette année encore, Delapierre a su convaincre. La tâche est semble-t-il un peu moins compliquée depuis quelque temps, puisque l'athlétisme entre à son tour en récession – l'exemple le plus éloquent est la disparition du Nikaïa. Les organisateurs tiennent à nouveau le couteau par le manche. Mais Athletissima n'a pas attendu la baisse des prix pour accéder à la notoriété.

Son pouvoir de séduction, sa renommée tiennent dans une longue tradition d'excellence et de convivialité, entretenue avec soin. Il y a aussi des atouts décisifs, tels que la qualité de l'hébergement, la rapidité de la piste – sur laquelle Leroy Burell avait battu le record du monde du 100 m en 1994 –, la discrète égide du CIO, et une position privilégiée dans le calendrier. Sa qualité vaut à Athletissima de figurer régulièrement entre la quatrième et la sixième place des meetings les plus prisés au monde, selon un hit-parade officiel. Ce serait assez, largement assez pour revendiquer l'une des six escales de la Golden League. Mais une règle non écrite veut qu'il n'y ait qu'un meeting du lucratif circuit par pays. Or Zurich, avec sa piste aux records et sa montagne d'or, reste pour la Suisse l'indétrônable ténor.