Atlético Madrid, le Podemos du foot

Football Real fessé dans le derby madrilène

Il se passe quelque chose en Espagne. Une force nouvelle qui monte et bouscule l’ordre établi. Une armée en marche qui prône le partage, la solidarité, et réfute la notion de possession (du ballon). Bon, l’Atlético, c’est aussi l’équipe préférée du roi Felipe VI, un club tout aussi endetté que les autres, et le jeu prôné par l’Argentin Diego Simeone n’a rien de révolutionnaire. Mais tout de même, les Madrilènes ont flanqué un sévère 4-0 au Real et restent sur une série de six derbys sans défaite (4 victoires, 2 nuls). Surtout, «l’Atléti», champion d’Espagne en titre, finaliste de la dernière Ligue des champions, casse l’alternative Barça-Real.

Faute de main en préambule

Le match au sommet de la 22e journée de Liga s’est joué en vingt minutes. Au quart d’heure, Iker Casillas commettait une grosse faute de main sur un tir appuyé mais pas inarrêtable de Tiago. Quatre minutes plus tard, Saul réussissait un retourné spectaculaire. Privé de plusieurs titulaires blessés, le Real Madrid encaissait encore deux buts en seconde mi-temps (Griezmann 67e, Mandzukic 89e). L’autoproclamée «meilleure équipe du monde» et son triple Ballon d’or vacille sur son trône.

De l’avis de tous, c’est le Real Madrid qui a perdu. Cristiano Ronaldo a piqué une grosse colère, Karim Benzema demandé pardon aux supporters, Carlo Ancelotti invoqué un coup de fatigue. C’est faire peu de cas de cet Atlético qui, depuis le retour en 2011 de Simeone à Vicente Calderon (il y fut une idole comme joueur), joue le couteau entre les dents. Avec son 4-4-2 des familles et une agressivité de tous les instants, l’Argentin oblige l’adversaire au corps-à-corps.

Looké comme un danseur de tango de la Boca, costard à rayures et gomina généreuse, toujours flanqué de son adjoint à survêt German Burgos, dit «el mono» (le singe), Simeone transpose sur le terrain cette loi du monde du travail qui veut que les emmerdeurs gagnent plus que les chics types. Chaque année, le marché lui retire son meilleur joueur (Radamel Falcao, Diego Costa, Thibault Courtois). «El Cholo» (le caïd) en prend d’autres et les façonne. Sur les bords du rio Manzanares, le Français Antoine Griezmann a ajouté à ses qualités de passeur et de buteur une hargne et une ténacité détonantes. Avec lui, les Colchoneros peuvent se dire: «Podemos».