L’ex-capitale du crime organisé à l’époque de la Prohibition et d’Alfonso Capone qui deviendrait le lieu du rassemblement fraternel de l’humanité sportive… La perspective ne manque pas de sel, elle qui blanchirait au passage la sulfureuse réputation politique de Chicago – voir une partie des 100 000 votes suspects collectés par les services du maire Richard Daley, qui avaient permis le succès de John F. Kennedy à la présidentielle de 1960.

D’un autre côté, la métropole de l’Illinois est aussi la «ville adoptive» de Barack Obama, premier occupant noir de la Maison-Blanche. Quel symbole de progrès et de paix représenterait le choix de Chicago par le plénum du CIO! Obama sera-t-il présent à Copenhague afin d’apporter un fameux coup de pouce à la candidate qu’il soutient activement (la facture de ses téléphones personnels aux membres du cénacle olympique est, paraît-il, élevée)? A priori, non, mais son épouse Michelle, en principe, si. On notera cependant que, libre arbitre du comité d’électeurs oblige, le messianique Nelson Mandela lui-même avait échoué, en 1997 à Lausanne, à faire passer Le Cap devant Athènes 2004.

Chapitre concret, que dit le rapport de la commission d’évaluation (CEV) du CIO – 12 membres placés sous la férule de la Marocaine Nawal el-Moutawakel? Que les 22 sites de compétition concentrés dans un rayon de 8 km du «downtown» sont une très bonne chose; idem pour ce village olympique lové sur les rives grandioses du lac Michigan. A contrario, elle insiste sur un concept de transports publics peu crédible, sur une structure des responsabilités financières floue entre l’Etat fédéral, l’Illinois, la Ville et le secteur privé, et surtout sur l’absence de garantie de déficit intégrale, «comme il est demandé par le CIO». Cote du Temps: 6 contre 1.

L’avis de l’expert, Jean-Loup Chappelet, ancien directeur au CIO, professeur à l’Institut des hautes études en administration publique à Lausanne: «Chicago représente une des meilleures villes américaines aptes à accueillir les Jeux, avec son beau décor et ses terrains disponibles. Son problème réside ailleurs: il est d’ordre politique. L’histoire moderne entre le CIO et les Etats-Unis n’a rien de rose. Selon certains critères olympiques (transports, télécoms, sécurité), Los ­Angeles 1984 et ­Atlanta 1996 se sont mal passés. S’ajoute le scandale de corruption autour de Salt Lake City 2002. En prime, il y a la nouvelle répartition des droits TV et de sponsoring entre l’Amérique et le reste du monde, laquelle, très favorable aux «States», sera rediscutée en 2013. Cerise sur la tourte, le Comité olympique américain (Usoc) a lancé un réseau câblé de télévision olympique contre l’avis du CIO et du network géant NBC, ­diffuseur principal des Jeux. L’Usoc a retiré son projet au mois d’août, mais cela laissera des traces.» Cote de l’expert: 5 contre 1.