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Les atouts de Michel Platini, candidat à la présidence de la FIFA

Le président de l’UEFA a officiellement fait acte de candidature. L’élection doit avoir lieu le 26 février 2016 à Zurich

Neuf jours de réflexion ont suffi: Michel Platini, le président de l’Union européenne de football (UEFA) a annoncé mercredi sa candidature au poste de président de la Fédération internationale (FIFA), qui se déroulera le 26 février 2016 à Zurich. Lors de sa conférence de presse, le 20 juillet dernier au siège de la FIFA, le président démissionnaire Sepp Blatter avait souhaité «bonne chance à tous les candidats, y compris Michel Platini».

La candidature du Français, 60 ans, était une évidence pour beaucoup d’observateurs. Moins pour le principal intéressé qui, dans une lettre d’intention adressée aux 209 présidents et secrétaires généraux des associations membres de la FIFA, évoque «une décision très personnelle, mûrement réfléchie, dans laquelle se mêlent les considérations propres à l’avenir du football et celles qui tiennent à mon propre parcours.»

Selon ses proches, Michel Platini est très heureux sur les bords du Léman, d’où il préside depuis 2007 une UEFA souple et réactive, habituée à s’adapter à ses intuitions et à gérer ses coups de gueule. La froideur alémanique et la lourdeur administrative de FIFA, il n’en avait plus vraiment envie.

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Ce fut longtemps un objectif, planifié avec Sepp Blatter lui-même. En 1998, Michel Platini facilita l’élection du Valaisan, dont il était alors la caution sportive et financière (il finança le lancement de sa campagne). En échange, Blatter contribua grandement à le faire élire à la présidence de l’UEFA en 2007. En 2011, le Suisse présentait encore son protégé comme son successeur, même si leurs positions respectives (l’Europe d’un côté, le reste du monde de l’autre) les opposent fondamentalement. La rupture survint en 2014 au Congrès de Rio lorsque le Valaisan, qui avait promis de laisser la place, ne résista pas à la tentation d’un cinquième mandat. «Je vais le tuer!», aurait alors fulminé Platini…

«Il est des moments où il faut forcer son destin»

Sepp Blatter ayant été rattrapé par les scandales, Michel Platini est revenu à de meilleurs sentiments. «Il est des moments dans la vie où il faut forcer son destin. Je suis à l’un de ces instants décisifs, à la jonction du cours de ma vie et des événements qui dessinent l’avenir de la FIFA.» Le voici donc candidat. Reste à savoir s’il sera élu. Avant de se lancer, le Lorrain a pris la température la semaine passée à Saint-Pétersbourg où avait lieu le tirage au sort des éliminatoires de la coupe du monde 2018. Il y aurait reçu «des témoignages chaleureux d’estime, de soutien et d’encouragement».

Objectivement, la candidature Platini ne manque pas d’atouts. Son bilan à la tête de l’UEFA est bon. Comme Thomas Bach, le président du CIO, ou Sebastian Coe et Sergeï Bubka, qui se disputeront en août la présidence de la fédération internationale d’athlétisme, Michel Platini incarne cette nouvelle génération d’anciens champions devenus dirigeants. La chaîne américaine ESPN le considère déjà comme «l’homme le plus influent du football mondial», devant l’agent portugais Jorge Mendes et le directeur général de la Premier League Richard Scudamore, et bien loin devant Sepp Blatter, seulement huitième de ce classement.

Des soutiens: Europe, Asie, Amérique du sud

Michel Platini peut compter sur le soutien en bloc des pays européens (53 des 209 voix à la FIFA), d’une grande partie de ceux d’Asie (46 voix) et d’Amérique du sud (10 voix). Il est également soutenu par le Qatar, principal financier du football mondial. Herbert Hainer, le CEO d’Adidas, le sponsor historique de la FIFA, a déclaré dans le magazine allemand Focus que «Platini est le candidat le plus approprié» pour succéder à Sepp Blatter. Soutien également du syndicat mondial des joueurs Fifpro dont le président, le Français Philippe Piat, estime que Platini «a des idées claires et saines» ainsi que la capacité à «facilement imposer ses vues».

Il serait faux de croire qu’il suffit au Français de se présenter pour être élu le 26 février. Ses opposants existent, à commencer par le prince Ali bin al Hussein de Jordanie, qui a fait savoir mercredi par communiqué de presse que «Platini n’est pas bon pour la FIFA». En mai dernier, le prince Ali était pourtant le candidat poussé par l’UEFA contre Sepp Blatter. Il fut battu avec 73 voix contre 133 voix. Sans doute a-t-il depuis l’impression de n’avoir été qu’un pion dans la partie d’échec que se livrent Platini et Blatter.

Des résistances: Amérique centrale, Afrique

Michel Platini est très loin de faire l’unanimité – ou alors contre lui – dans les deux derniers bastions du «blatterisme»: en Amérique centrale et Caraïbes (la sulfureuse Concacaf, qui compte pour 35 voix) et en Afrique (54 voix pour la CAF). Le 21 juillet dernier, le magazine Jeune Afrique consacrait à la gouvernance du football un dossier au titre évocateur: «Pourquoi l’Afrique n’aime pas Platini». L’hebdomadaire estime sa popularité «proche de zéro» pour des raisons «anciennes et nombreuses». Les Africains lui reprochent d’avoir critiqué Sepp Blatter, ce qui pour eux est à la fois un manque de reconnaissance et une attaque contre l’Afrique. En accusant Blatter de corruption, Platini présente le continent noir comme corrompu.

Enfin, les Africains sont persuadés que les Européens – et donc Platini – souhaitent voir disparaître le principe «1 pays 1 voix» qui place le Lesotho sur le même plan que l’Allemagne. «C’est assez paradoxal de les entendre constamment se plaindre du manque de démocratie en Afrique, et, quand ça les arrange, de les voir prôner un système totalement inégalitaire», ironise Augustin Senghor, le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF) dans Jeune Afrique. En mai, malgré les scandales, la CAF avait voté à l’unanimité pour réélire Blatter.

Il est probable que le Valaisan va vouloir jouer les faiseurs de roi et continuer de répéter partout que «Platini n’aime pas les pauvres». La chance de son rival, c’est que le futur ex-président de la FIFA ne peut plus trop quitter la Suisse pour prêcher la bonne parole. Son autre chance, c’est que la question: «Si ce n’est lui, alors qui?» n’a pour l’heure pas de réponse crédible.

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