Les Français auront été les derniers. A la veille du tirage au sort du Mondial 2002 qui débutera ce soir à 19 heures à Busan, en Corée du Sud (11 heures, heure suisse, en direct sur TF1), la FIFA a décidé de révoquer la qualification automatique des champions du monde sortants, en vigueur depuis les débuts de la compétition en 1930. Les vainqueurs du Mondial Corée/Japon devront batailler pour défendre leur titre en Allemagne en 2006: «Seule la Coupe du monde offrait ce privilège aux vainqueurs. Aucune autre compétition, nationale ou régionale, ne le permet. Il s'agit d'une sage décision», a justifié le président de la Fédération internationale de football association, Sepp Blatter. «Cette place libérée sera bonne pour le suspense et pour le football.» Le pays organisateur de la compétition demeurera, lui, automatiquement qualifié comme c'est le cas, en 2002, pour la Corée du Sud et le Japon.

Sous un superbe ciel bleu d'hiver, le Bexco – le Centre de convention de la ville de Busan où se déroulera le tirage – a été dominé hier par les décisions du comité exécutif de la FIFA. Alors que les délégations des trente-deux pays qualifiés, entraîneurs en tête, emménageaient dans l'immense Hôtel Paradise situé face à la mer, les bureaucrates du football ont planché toute la journée. Côté sport, la Fédération internationale a cédé aux pressions, en signant un accord avec l'Agence mondiale antidopage.

Celle-ci lui laissera toutefois, selon Sepp Blatter, l'entière supervision des contrôles: «La règle pour 2002 sera la même qu'en France en 1998. Quatre joueurs – deux de chaque équipe – seront tirés au sort après les matches et soumis au dépistage», s'est-il réjoui, ajoutant «qu'à ce stade, tous ces contrôles ont été négatifs». Côté financier, les pays qualifiés repartiront de Busan avec un chèque d'un million de francs suisses de la FIFA, pour «contribuer aux frais de préparation». Les discussions plus épineuses sur les conséquences des attentats du 11 septembre à New York – qui ont conduit l'assureur français AXA à déclarer forfait – ont en revanche été repoussées à la mi-décembre: «Nous avons retrouvé un assureur en une semaine. Les banques nous font confiance. Mais beaucoup d'évaluations restent à faire, surtout pour la sécurité», rassure le numéro deux de la FIFA, Michel Zen-Ruffinen.

La présence à Busan de nombreux policiers antiterroristes coréens, accompagnés de chiens détecteurs d'explosifs, rappelle, s'il en était besoin, que la coorganisation de cette Coupe du monde est un casse-tête. «Ce Mondial 2002 sera une première et une dernière. Une coorganisation multiplie les problèmes par deux», a reconnu dès son arrivée Michel Platini, président du Comité d'organisation du Mondial 1998 et invité, avec treize autres personnalités du foot, à présider le tirage au sort, conclusion des 777 matches de qualification disputés par les 193 équipes en lice. A ses côtés pour ce grand show de 90 minutes, retransmis seulement par les chaînes de télévision ayant acquitté les droits à la FIFA: Johann Cruyff, l'inévitable Pelé (entre deux shows publicitaires pour son sponsor), le Camerounais Roger Milla, la chanteuse américaine Anastacia, interprète de la chanson officielle, et une invitée inattendue et symbolique: l'arbitre coréenne Eun Joo-Lim, star au Pays du Matin calme où elle dirige des rencontres de première division. Le Kowoc, le comité d'organisation coréen, milite pour qu'elle figure parmi les arbitres du Mondial 2002 dont la liste sera communiquée en janvier.

Seule ombre au tableau, les modalités compliquées du tirage au sort et l'exception accordée à la Chine, assurée de jouer ses matches éliminatoires en Corée du Sud, pays voisin et beaucoup plus abordable que le Japon pour ses supporters: «Vu que le Japon et la Corée joueront chacun chez eux, cette décision nous prive du seul duel sportif vraiment asiatique. Un match Japon-Chine aurait fait un carton», déplore un responsable du bureau de la ville de Saitama, près de Tokyo, où se déroulera l'une des demi-finales.

Au Centre de convention de Busan, les vingt municipalités coréennes et japonaises à abriter un stade du Mondial espèrent accueillir, sur leurs stands, plusieurs milliers de visiteurs durant le week-end. Hier, toutes rivalisaient d'adresse pour donner aux journalistes et aux membres des délégations leurs sacs remplis de brochures avec, en prime, force pin's et autocollants. Un déploiement de sourires et de convivialité bien éloigné du mutisme de la délégation française et de Roger Lemerre. Arrivé à Busan avec la Coupe du monde dans ses bagages – remise à la FIFA, elle sera exposée au Japon et en Corée ces prochains mois –, l'entraîneur des bleus s'est accroché d'emblée avec un journaliste. Avant de prévenir, énervé, qu'il ne ferait «aucun commentaire», avant ou après le tirage au sort…