Sepp Blatter jeudi (9h00) et Michel Platini vendredi (9h00) sont attendus pour être auditionnés par la chambre de jugement de la commission d'éthique de la FIFA. Lundi 21 décembre, cette instance présidée par l'Allemand Hans-Joachim Eckert décidera si elle suit les recommandations de la chambre d'instruction de cette même commission d'éthique. Les deux ex-hommes fort du football mondial, aujourd'hui président-démissionnaire de la FIFA et président-dans-l'incapacité-d'exercer de l'UEFA, risquent plusieurs années de suspension. Autant dire la fin de leur carrière de dirigeant de fédération.

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Il leur est reproché le versement en 2011, par la FIFA de Sepp Blatter, d'une somme de deux millions de francs à Michel Platini pour des travaux prétendument effectués par Platini pour la FIFA entre 1999 et 2002. Selon la chambre d'enquête de la commission d'éthique de la FIFA, ce paiement serait plutôt le fruit d'une tractation entre les deux hommes afin que Michel Platini ne se présente pas contre Sepp Blatter à l'élection présidentielle de 2011. Selon certaines sources, le dossier comporterait cependant d'autres manquements au code éthique.

Le Tribunal arbitral de Lausanne a confirmé une décision

Vendredi 10 décembre, une précédente décision de la commission d'éthique de la FIFA (la suspension provisoire pour 90 jours de Michel Platini) a été confirmée par le Tribunal arbitral de Lausanne (TAS).

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L'instance de recours ne voyait pas l'utilité de contredire une autorité compétente pour casser une décision qui ne changeait pas grand-chose à la situation de Michel Platini, et attend la décision finale de la FIFA sur le fond pour éventuellement se prononcer en cas de nouvel appel. Les juges du TAS se sont donc surtout fondés sur la forme mais Andreas Bantel, porte-parole de la commission d'éthique, a pris cela pour une victoire. Interrogé par le journal L'Equipe juste après l'annonce de la décision du TAS, le consultant s'est un peu laissé aller et affirmé que «Platini sera certainement suspendu pour plusieurs années.» Il a ajouté, concernant Sepp Blatter (80 ans): «Dans son cas, il n'y a pas de différence entre une suspension de quelques années ou une suspension à vie.»

Les avocats de Michel Platini ont bondi sur l'occasion pour dénoncer «une violation patente de la présomption d'innocence» de la commission d'éthique de la FIFA, «pour qui le débat contradictoire et l'audience qu'elle a elle même fixée le 18 décembre ne seront manifestement d'aucune utilité». Michel Platini a décidé mercredi de ne pas se présenter vendredi à son audition, ont annoncé ses conseillers dans un communiqué.

Toute la procédure pourrait voler en éclats

Selon Klaus Stöhlker, un porte-parole de Sepp Blatter, toute la procédure pourrait voler en éclats en raison de ces déclarations mais le Valaisan sera là jeudi matin et bien décidé à se faire entendre. «J'ai été suspendu [le 5 octobre, pour 90 jours] sans être écouté, alors je veux me défendre a-t-il déclaré dans une interview accordée mardi à La Gazzetta Dello Sport, El Mundo Deportivo et Libération. Sepp Blatter a comparé l'enquête de la commission d'éthique à «l'Inquisition» et s'est étonné que cette même commission «ait mis trois ans pour radier à vie certaines personnes [le Qatarien Mohammed Bin Hammam] en 2011 et trois mois pour bannir les présidents de l'UEFA et de la FIFA.»

Cela peut s'expliquer facilement. En 2011, la commission d'éthique n'avait pas les mêmes pouvoirs ni surtout la même force d'obligation pour enquêter. «Nous n’avions pas les moyens d’obtenir des preuves. C’était comme aller se battre en duel avec un pistolet à bouchon», a récemment estimé son ancien président, le Tessinois Claudio Sulser, dans Le Temps. Sepp Blatter a ainsi été deux fois blanchi par la commission d'éthique.

Avec la complicité des gens en place? Ce n'est pas à exclure. Mais depuis quelques mois, la commission d'éthique s'émancipe et réclame son indépendance. Le Suisse Cornel Borbély, président de la chambre d'enquête, a une réelle volonté d'aboutir et y est encouragé par les enquêtes parallèles des justices américaine et suisse. Jusqu'à prendre des libertés avec la présomption d'innocence?