Le destin des hauts dirigeants et fonctionnaires de la FIFA avait commencé de vaciller il y a quelques mois à l’heure du laitier, dans un noble hôtel de Zurich. Il s’accélère à nouveau, mais cette fois entre chien et loup, à l’heure du couchant, l’heure où toutes les rumeurs s’exacerbent, où les langues se délient: mercredi soir la planète foot en grouillait de ces rumeurs, qui annonçaient la suspension de Sepp Blatter par la chambre d’instruction de la commission d’éthique de la FIFA, celle de Michel Platini ne devant pas tarder elle aussi.

A l’origine de la rumeur, un communiqué transmis à l’Agence de Presse Sénégalaise par Abdoulaye Makhtar Diop, le Grand Serigne (l’équivalent wolof de cheikh en arabe) de Dakar, arrivé à Zurich dimanche soir pour participer à la réunion de la chambre de jugement de la commission d’éthique de la FIFA dont il est membre. Le communiqué du Grand Serigne dit: «Au cours de cette réunion de la Chambre de Jugement, les membres vont se pencher sur les dossiers du Suisse Sepp Blatter, Président de la FIFA, du Français Michel Platini, Président de l’Uefa et du Sud Coréen Chung Mong-Joon tous accusés de corruption par la justice américaine sur les conditions d’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar». Ce communiqué de presse publié en Afrique suffisait pour affoler la machine médiatique.
Dans la soirée, la rumeur faisait état des points suivants: la chambre d’instruction de la commission d’éthique recommanderait à la chambre de jugement que Sepp Blatter soit suspendu pour une durée de 90 jours.

Billard à plusieurs bandes

Observons attentivement qui est à la manœuvre pour arroser, en l’espèce, la presse anglo-saxonne: le consultant en communication zurichois d’origine allemande Klaus Stoehlker, un proche de Sepp Blatter. Un grand amateur de billard à plusieurs bandes, sans doute. Aussitôt, les titres anglo-saxons lâchent l’information qui va faire le tour de toutes les rédactions du monde, du Los Angeles Times au plateau du 19h30 de la RTS, en passant par Eurosport.uk ou Business Insider.  Les commentaires et les hypothèses fusent tout aussitôt: des deux branches de l’alternative «suspension», totale ou partielle, la FIFA pencherait pour la plus souple, 90 jours seulement. Pour Sepp Blater, ce serait un camouflet, mais cela ne serait pas un drame.

L'analyse lucide de Pierre-Alain Dupuis au 19h30 de la RTS

C’est la thèse de Pierre-Alain Dupuis (que Darius Rochebin appelle Bovay, glissons :-) sur les ondes de la RTS au 19h30. Mais si d’aventure la même sanction s’abattait sur Michel Platini, ce serait une tout autre chanson: «un désastre même», pour Pierre-Alain Dupuis, ce délai empêchant en effet le Français de porter sa candidature à la succession de Sepp Blatter à la FIFA. Date butoir: 26 octobre. Michel Platini serait ainsi techniquement empêché. Sale coup pour la fanfare.

On parlait de billard à plusieurs bandes: le coup suivant n’a pas tardé à venir: dans la soirée, l’avocat de Sepp Blatter, Richard Cullen, démentait que Sepp Blatter ait reçu quelque notification officielle dans le sens d’une quelconque suspension: «Le président Blatter n’a pas reçu de notification d’une recommandation prise à son encontre. Nous nous attendrions à ce que la commission d’éthique veuille auditionner le président et ses conseils, et qu’elle examine les preuves, avant de faire un recommandation disciplinaire».

Sepp Blatter ne cherche-t-il pas à se faire suspendre?

Doit-on en conclure que Sepp Blatter tente réellement de s’éviter encore la suspension provisoire? Ou faut-il plutôt penser qu’il feint de vouloir échapper à la sanction pour que le comité soit inclin de la lui infliger, afin d’infliger, dans le même temps la même sanction à Michel Platini? Et nota bene, à l’outsider sud-coréen Chung Mong-Joon?

Dans ce cas de figure, Sepp Blatter reviendrait tout frais et reposé au premier janvier 2016 continuer son oeuvre. Michel Platini et Chung Mong-Joon, s'ils venaient à subir la même sanction, n'auraient plus que leurs yeux pour pleurer: la course à la succession du Valaisan leur étant, pour le coup, formellement barrée.

La Fifa suspend Sepp Blatter, Michel Platini et Chung Mong-Joon

Aux environs de 12h30, ce jeudi 8 octobre, l'information est tombée: la Fifa suspend donc Sepp Blatter (six mois), Michel Platini (six mois) et Chung Mong-Joon (six ans). Il devient dès lors extrêmement difficile, pour Michel Platini, de succéder au Valaisan. Il lui faudra pour cela recourir dans le cadre de la Fifa contre la décision du comité d'éthique ou porter l'affaire devant le tribunal arbitral du sport.