Le monde du trail running accourt à Chamonix. Près de 8000 participants, des dizaines de milliers de spectateurs et quelque 250 journalistes accrédités. La station savoyarde accueille ce week-end le «sommet mondial» de la discipline.

«Sommet mondial», c’est de l’auto-proclamation. Le terme vient de l’organisation même de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB). Mais il n’est pas usurpé. Organisée chaque année depuis 2003, cette course – et les quatre autres qui gravitent autour d’elle le même week-end – s’est imposée comme le rendez-vous incontournable de la version moderne de la course de montagne.

Entre 21 et 46 heures

Cette année, l’UTMB entrera un peu plus dans la légende d’un sport en pleine ascension. Pour sa quinzième édition, il regroupe le gratin de la discipline: Kilian Jornet, le seul qui a acquis une renommée médiatique hors du milieu, mais aussi tous les derniers vainqueurs (Dawa Sherpa, François D’Haene, Nathalie Mauclair ou encore Xavier Thévenard), ainsi que tous les meilleurs coureurs du moment. Sur 171 km – et 10 000 mètres de dénivelé positif – autour du plus célèbre des massifs alpins, l’UTMB 2017 s’annonce bel et bien comme le trail le plus relevé de l’histoire.

Sur son compte Facebook, François D’Haene peine à dissimuler son excitation, à quelques jours du départ. Dans nos colonnes, en juin, il la jouait plus modéré. «Nous aurons surtout du plaisir à nous retrouver tous au même endroit au même moment. On en discute avec Kilian Jornet et d’autres favoris. Et c’est intéressant de comparer notre perception avec ce qu’en disent les médias.»

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Pour franchir la dizaine de cols situés à plus de 2000 mètres d’altitude qui les séparent de l’arrivée, les meilleurs mettront une vingtaine d’heures – le record de 21h05 date de 2015. Les autres, ceux qui lutteront surtout contre eux-mêmes pour terminer un parcours qui passe par la France, la Suisse et l’Italie auront 46 heures et 30 minutes tout au plus, pour retrouver le centre de Chamonix.

«L’effet Kilian Jornet»

La course intervient néanmoins cette année dans un contexte un peu particulier. Depuis début août, deux trailers sont morts sur les pentes du Mont-Blanc. Les causes de leur chute mortelle restent à déterminer mais leur présence en baskets à 3200 m d’altitude pour l’un, à 4500 m pour l’autre, dérange, agace. A nouveau, et peut-être comme jamais auparavant, le trail est pointé du doigt. A tel point que le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, s’est fait l’auteur d’un arrêté municipal qui impose un équipement minimum à tous les candidats à l’ascension du Mont-Blanc par la voie normale.

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D’habitude si contenu, Kilian Jornet a d’abord fait dans l’ironie, en postant sur son compte Twitter une photo de lui nu, dans la neige, demandant: «Si on grimpe du côté italien, c’est légal?» – en référence aux règles qui vont être mises en place.

Le champion espagnol a aussi fait dans l’éducatif, en publiant dans la foulée une série de conseils pour la haute montagne. Histoire, aussi, de souligner que parfois, il renonce. Qu’il est entraîné, habitué. Qu’il n’attaque pas tous les monts en simples baskets et qu’il sait aussi s’équiper en conséquence lorsque c’est nécessaire.

Mais sa popularité en fait un coupable idéal. En tout cas pour Stéphane Bozon, le patron du Peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix. Dans une interview au site Lyon Capitale, il parle d’un «effet Kilian Jornet». «Le message qu’il véhicule participe de tout cela. On savait que ça devait arriver. On en avait vu les prémices quand il a mis les images de son ascension en short, t-shirt et baskets. On s’est dit: ça y est, on y est […] L’effet Jornet, en voilà le résultat: un dévissage dans une pente glaciaire et, au bout, un mort.»

«Une montagne mythique et magique»

Face à cette controverse, les organisateurs de l’UTMB ont jugé bon de «rappeler à tous les trailers qui souhaitent réaliser l’ascension du Mont-Blanc ou tout autre itinéraire de haute montagne que ces projets requièrent de l’expérience, des compétences et un équipement adaptés. Cette pratique est spécifique et différente de celle du trail running.»

Sa surmédiatisation, critiquée par certains puristes, les récents accidents et la polémique qui s’en est suivie n’empêcheront pas l’UTMB de rester la course de référence. Pour la raison la plus simple qui soit, explique au Temps François D’Haene, double vainqueur de l’épreuve: «La structure et l’accompagnement qui ont été mis en place n’excluent pas de garder ce qui fait son charme originel. On a beau être familier de ce type d’environnement, cette montagne mythique est toujours aussi impressionnante et magique.»