Le nageur Sun Yang a remporté mardi à Gwangju (Corée du Sud) le onzième titre mondial de sa riche carrière. Il pensait d’abord devoir se contenter de la médaille d’argent sur 200 mètres nage libre, mais le Lituanien Danas Rapsys a été disqualifié, vraisemblablement pour un mouvement parasite sur le plot de départ. Le podium de l’épreuve va immanquablement faire débat. Cette fois, il n’y est pour rien, mais Sun Yang a l’habitude.

Dimanche, au premier jour des Mondiaux, l’Australien Mack Horton avait refusé de monter sur le podium du 400 mètres nage libre pour recevoir sa médaille d’argent à côté du Chinois. Il ne lui a par ailleurs pas serré la main et est resté en retrait sur les photos souvenir. En cause: les relations tumultueuses qu’entretient Sun Yang avec le code antidopage.

En septembre dernier, l’athlète de 27 ans a détruit à coups de marteau un échantillon de son propre sang récolté lors d’un contrôle inopiné, selon un rapport de la commission antidopage de la Fédération internationale de natation (FINA). Il a toutefois échappé à toute sanction en raison d’un vice de forme: les agents qui s’étaient présentés à lui ne lui avaient pas montré toutes les autorisations nécessaires.

Celui qui «pissait violet»

Pas suffisant pour convaincre sur le fond. Avant même le début des Mondiaux, la championne américaine Lilly King s’étonnait que le Chinois puisse être de la partie après avoir fait preuve d’un tel comportement: «C’est louche», déclarait-elle. L’Agence mondiale antidopage, qui a fait appel de la décision de ne pas sanctionner prise par la FINA, est du même avis. L’affaire sera jugée par le Tribunal arbitral du sport, basé à Lausanne, en septembre.

Sun Yang y risquera gros, car ce n’est pas la première fois qu’il a maille à partir avec les règles antidopage. En 2014, il avait été privé de bassin pour trois mois pour avoir eu recours à du trimétazidine, un stimulant. En cas de récidive avérée, il pourrait être frappé d’une suspension à vie. Auprès des autres nageurs, sa réputation est déjà faite. Mack Horton lui-même n’en est pas à sa première attaque. Après avoir battu le Chinois aux Jeux olympiques de Rio en 2016, il avait déclaré qu’il n’avait «pas de respect pour les dopés». Au même moment, le Français Camille Lacourt osait dire, lui, que Sun Yang «pissait violet».

Le nageur australien «averti»

Les fronts se durcissent en marge des Mondiaux de Gwangju. D’un côté, les athlètes, qui auraient accueilli Mack Horton par de chaleureux applaudissements à son arrivée au restaurant dimanche après son refus de monter sur le podium. Beaucoup lui ont par ailleurs publiquement affirmé leur soutien. De l’autre, la FINA, qui n’a pas apprécié l’initiative et a «adressé une lettre d’avertissement» au nageur australien, et la presse chinoise, qui dénonce son arrogance ou son manque de manières.

Sun Yang dans tout cela? Il reste assez détaché: «Tout le monde ne m’aime pas, ça m’est égal.» A Gwangju, il sera encore engagé sur 800 mètres. Mais sa bataille la plus décisive de sa carrière se disputera peut-être deux mois plus tard devant le Tribunal arbitral du sport.