Unis dans leur désir d'accueillir l'Eurofoot 2008, Autrichiens et Suisses auraient pu être des rivaux acharnés dans la course à l'obtention des Jeux olympiques d'hiver 2010, en compagnie des deux autres finalistes désignés par la commission exécutive du CIO, Vancouver (Canada) et Pyeongchang (Corée du Sud). Auraient pu, car depuis une certaine votation cantonale, Berne 2010 a été balayé par 80% des suffrages et s'est retiré de l'échiquier, laissant Salzbourg/Kitzbühel aller seul au front en tant que représentant de l'Europe alpine. Ici à Mexico, occasion privilégiée d'aborder tous les membres du CIO en session – les visites privées étant désormais hors la loi –, Salzbourg fait ses gammes de lobbyiste, via Egon Winkler, le patron de son comité de candidature. Diplomate de 66 ans, grand manitou de la promotion du commerce extérieur autrichien au sein de la Chambre économique fédérale, il a passé vingt-sept ans de sa vie à l'étranger. Les Salzbourgeois l'ont choisi autant pour son appartenance au milieu des décideurs que pour ses multiples relations internationales.

Le Temps: Qu'est-ce qui vous a incité à accepter ce job instable, où l'on n'est jamais sûr de l'emporter?

Egon Winkler: L'aspect unique et fascinant d'un tel projet, qui plus est limité dans le temps, puisqu'on saura tout le 2 juillet 2003 à Prague. Et puis, pour la première fois de ma carrière, j'oeuvre dans un but on ne peut plus limpide: gagner une compétition, point final!

– Hormis Klagenfurt, battu pour l'édition 2006, il n'y a eu qu'une seule candidature autrichienne – victorieuse, celle d'Innsbruck 1964 – dans l'histoire des Jeux hivernaux. N'est-ce pas curieux, de la part d'un grand pays alpin?

– Chez nous, on évite de cultiver les obsessions. Innsbruck a organisé deux fois les Jeux, dont une en «rattrapage» de Denver (1976). On s'est dit qu'il valait mieux patienter avant de relancer le processus. Nous ne pratiquons pas la politique des tentatives à répétition.

– Sur quelles bases financières vous lancez-vous?

– Sept millions d'euros (ndlr: 10,5 millions de francs suisses) pour la période de candidature – à titre de comparaison, Vancouver dispose d'une enveloppe trois fois plus épaisse – et 850 millions d'euros (ndlr: 1,275 milliard de francs suisses) si nous obtenons les Jeux, soit le tiers du budget de Salt Lake City 2002. En dehors des stades de glace et du village des athlètes, la plupart des sites et installations existent.

– Vous partez à l'assaut d'un gros favori, Vancouver. Quels sont vos atouts maîtres?

– Le principal est précisément les infrastructures en place, régulièrement utilisées lors de compétitions internationales de ski, hockey et patinage. En outre, notre projet prône la compacité et une atteinte minimale à l'environnement, ce qui correspond aux vœux du nouveau président du CIO. Enfin, 78% du peuple autrichien et l'ensemble des formations politiques nous appuient.

– Et l'attrait culturel, Salzbourg berceau de Mozart?

– Oui, bien sûr. Mais nous savons qu'il ne faut pas exagérer cette qualité-ci. Les JO restent un événement sportif, même si un programme culturel doit les accompagner. Nous mettrons sur pied plusieurs festivals durant les Jeux, pas seulement axés sur la musique classique: la famille olympique et les visiteurs venant de partout, il s'agit de satisfaire tout le monde.

– La ville devrait plaire aux membres du CIO, non?

– Je l'espère! Cependant, leurs critères de choix sont si diffus: il y a la teneur du dossier technique, l'écologie, la géopolitique, ainsi que des facteurs personnels non mesurables. Cela fait qu'à mon sens, arriver quatre ans après Turin ne constitue pas forcément un handicap insurmontable.

– Si, comme on l'entend dire, la puissante chaîne de télévision américaine NBC, principal bailleur de fonds olympiques, milite en faveur de New York 2012 et contre Vancouver 2010, ne serait-ce pas un avantage pour vous?

– Il est évident que l'intérêt du Network américain qui décrochera l'exclusivité des JO dès 2010 serait de les diffuser en prime time sur la côte Est. Mais comment une TV pourrait-elle influencer la volonté du CIO? Si un tel lobbying est vraiment possible, Salzbourg disposerait d'une chance supplémentaire.

– Puisqu'on évoque le lobbying, parlez-nous du vôtre…

– C'est simple: convaincre une majorité des 126 personnes qui voteront à Prague, voilà la priorité numéro un et pourquoi je suis ici. Je dois avouer que ce travail est un peu frustrant. Il faut faire le pied de grue dans le hall de l'hôtel officiel, demander qui est qui, aller serrer des mains et se présenter à la manière d'un démarcheur. On n'a pas d'autres possibilités. Personnellement, je regrette la suppression des visites aux villes candidates. Cette règle me paraît injuste: si tous les membres du CIO ou presque connaissent Vancouver et Salzbourg, lequel s'est déjà rendu à Pyeongchang?

– Vous avez suivi les défaites successives de vos voisins suisses, Sion puis Berne. A leur place, mèneriez-vous une nouvelle croisade en vue de 2014?

– Je ne peux pas répondre pour la Suisse. Mais je crois que si nous échouions après Klagenfurt, le soutien populaire s'évaporerait. Sans vouloir donner de conseil, je laisserais passer un ou deux tours.