L’heure de vérité a enfin sonné. Depuis quatre ans et une quatrième place (à un point du podium) lors de la précédente édition, Team Tilt tend vers cet objectif majeur: remporter la Red Bull Youth America’s Cup, sorte d’antichambre de la Coupe de l’America, réservée aux jeunes entre 18 et 24 ans.

Ce rêve n’a rien d’irréaliste. Depuis quatorze ans et le succès retentissant d’Alinghi, la Suisse n’a cessé de rappeler qu’elle n’est pas une terre de marins d’eau douce mais une nation de la voile à part entière. Un peu partout dans le monde, en course au large comme en voile olympique, des talents du cru se distinguent par leurs exploits.

En quatre ans, Team Tilt s’est donné les moyens de ses ambitions avec une préparation de longue haleine. Sous la houlette d’Alex Schneiter, le patron de l’équipe, et Tanguy Cariou, le directeur sportif, une sélection drastique a été opérée avec sept élus – six Romands, un Alémanique - retenus parmi 35 candidats. Cet équipage de choc a été formé aux multicoques, notamment sur le circuit des D35 (catamarans lémaniques) où il a remporté le championnat et le Bol d’or en 2015.

Une préparation complète

Ces jeunes navigateurs ont surtout été initiés aux voiliers à foils, ces appendices permettant à un bateau de s’élever au-dessus de l’eau et de voler. Team Tilt s’est distingué sur le circuit international des GC32, catamarans volants. Last but not least, l’équipage suisse a signé, il y a deux ans, un partenariat avec Team New Zealand et a pu ainsi bénéficier du savoir-faire et de l’expérience des Kiwis qui s’apprêtent, une nouvelle fois, à défier Oracle Racing pour la conquête de l’aiguière d’argent, le célèbre trophée de la Coupe de l’America.

Les petits Suisses arrivent donc affûtés aux Bermudes où la compétition des jeunes se déroule à bord des AC45, les petits frères des monstres de la Coupe de l’America, dotés de foils mais aussi d’une aile rigide. Un format de régates très simple. Douze équipes réparties en deux groupes pour les qualifications. Deux journées de régates avec trois manches par jour au terme desquelles les quatre premiers de chaque groupe seront qualifiés pour la finale. Des parcours courts dans un vrai stade de voile.

Etre prêt le jour J

«80% du travail a été réalisé en amont pendant la préparation. Maintenant, le challenge, c’est d’être capable de répondre présent le jour J, insiste Tanguy Cariou, directeur sportif de Team Tilt. Vu le format, nous n’aurons pas droit à l’erreur. Il s’agit d’être performant à 100% dès la première manche pour passer déjà le cut des qualifications. Pour ça, il faudra avoir les nerfs solides et bien gérer la pression.»

L’équipe est arrivée aux Bermudes le 1er juin mais n’a pu s’entraîner que quatre jours sur sept en raison des mauvaises conditions météo. «Les entraînements nous ont permis de valider nos points forts et de relever les domaines dans lesquels nous devrons être vigilants, poursuit Cariou. La gestion de l’attente est déterminante. Notre préparateur physique, Michaël Vincent, maintient les navigants en condition avec un programme quotidien intensif. Et sur le plan sportif, je fais en sorte de les garder sous tension tout en évacuant le stress inutile inhérent à leur caractère.»

Depuis deux jours, Team Tilt observe les adversaires de l’autre groupe de qualifications qui a commencé les régates et prend des notes en attendant son tour. «A J-1, nous avons pu faire une bonne analyse de notre potentiel et mettre en place une stratégie afin d’attaquer ces deux premiers jours de régates dans les meilleures conditions», conclut le directeur sportif. «Viser l’excellence et ne rien laisser au hasard, c’est vraiment la philosophie de Tilt», relève Jérémy Bachelin, 23 ans, régleur.

S’habituer à un autre bateau

Pendant les journées d’entraînement, Team Tilt a pris en main cette nouvelle monture. Les AC45 sont des voiliers plus grands et plus lourds que les GC32 auxquels les jeunes Suisses étaient habitués. «Vu son poids plus élevé, l’AC45 est moins nerveux et réactif que le GC32. Il est un peu plus difficile à faire voler, mais une fois qu’il est sur ses foils, il est mieux calé et plus stable, précise Sébastien Schneiter, 21 ans, skipper et barreur. Les dérives sont plus lourdes et plus grosses, les charges plus importantes, ce qui rend les manœuvres plus physiques. L’aile en revanche est assez simple à gérer avec seulement trois réglages assez basiques. Elle est puissante, c’est vraiment le moteur du bateau. Enfin, comme l’AC45 est plus grand, les équipiers sont plus éloignés les uns des autres, ce qui modifie un peu la communication du bord.»

Ces différences rendent la navigation moins subtile et gomment légèrement l’avantage qu’avait Tilt sur la concurrence en GC32. «En GC32, on était loin devant certains de nos adversaires comme, par exemple, l’équipe des Bermudes. En AC45, les écarts sont plus infimes. Il faudra être devant d’entrée, insiste encore le jeune skipper. Mais on se sent prêts et on a hâte de commencer.» En mission, les petits Suisses sont d’attaque!