Cet été, les boxeurs – mais pas les boxeuses – qualifiés pour les Jeux olympiques de Rio combattront sans casque. L’Association internationale de boxe (AIBA) en rêvait, le Comité international olympique (CIO) l’a officiellement accepté cette semaine. «C’est quelque chose que les boxeurs et les fans du monde entier attendaient», a commenté Ching-Kuo Wu, président de l’organisation qui gère le noble art sur le plan olympique. «Cela contribuera à rendre la boxe plus spectaculaire aux Jeux», se réjouit Andreas Anderegg, président de Swiss Boxing.

Le casque de protection a été rendu obligatoire pour la première fois lors des Jeux olympiques de 1984, à Los Angeles, et il l’est resté pendant huit éditions. Cela peut paraître étonnant, mais c’est au nom de la sécurité qu’il ne le sera plus à Rio. «En 1982, lorsque les associations médicales américaines ont voulu supprimer la boxe, tout le monde a paniqué et mis des casques aux boxeurs, expliquait, en 2013, Charles Butler, président de la commission médicale de l’AIBA. Mais personne n’a regardé les effets qu’ils avaient. Il n’y a pas de preuves que les équipements de protection permettent de réduire le nombre de commotions.»

Moins de commotions

Ce serait même plutôt l’inverse. L’Association est revenue sur l’obligation du port du casque pour les Mondiaux 2013 de boxe amateur à Almaty, au Kazakhstan. Depuis, plus de 11 000 combats de compétitions majeures ont été étudiés, jusqu’à montrer une chute de 43% des commotions cérébrales entre 2013 et 2015. En octobre dernier, aucun cas n’a été enregistré lors des Mondiaux de Doha, au Qatar.

Le casque n’avait jamais fait l’unanimité en compétition d’élite. Comme il diminue l’impact des coups à la tête, on lui reproche de permettre d’en endurer davantage et plus longtemps. Ses imposants pans latéraux entravent également la vision périphérique du boxeur, qui peut avoir de la difficulté à voir venir un coup porté par le côté. Enfin, il ne protège pas le menton, zone clé pour mettre son adversaire KO.

Réfléchir différemment

Une étude publiée en 2013 par The British Journal of Sports Medicine remarquait que l’utilisation de protège-dents et de casque occasionnait par ailleurs «un changement de comportement, comme le recours à des techniques plus dangereuses, ce qui pouvait paradoxalement aboutir à une augmentation du taux de blessures». «Celui qui porte un casque a tendance à se dire qu’il ne risque rien, qu’il peut prendre des coups sans conséquence, et ce n’est pas une bonne chose, estime Andreas Anderegg, lui-même ancien boxeur. Au contraire, sans protection, il faut réfléchir différemment, apprendre à sentir ce que va faire son adversaire. C’est une autre manière de boxer.»

L’abandon du casque de protection s’inscrit dans une tendance au rapprochement entre la boxe amateur (gérée par l’AIBA, la seule association reconnue par le CIO) et sa cousine professionnelle (que se partagent plusieurs fédérations privées, dont quatre principales: la WBC, l’IBF, la WBA et la WBO). On parle du même sport, mais de deux galaxies différentes et jusqu’ici bien séparées, chacune régie par ses propres règles. La première avait la grande majorité des boxeurs, les Jeux olympiques et leurs médailles; la seconde les grandes stars, les combats les plus médiatiques et les plus lucratifs. Mais les lignes sont en train de bouger.

Des stars aux Jeux?

L’AIBA a d’abord autorisé les boxeurs ayant disputé moins de quinze combats professionnels à prendre part aux qualifications pour les Jeux, jusqu’alors réservées aux seuls amateurs. Aujourd’hui, à quelques mois de Rio, son président Ching-Kuo Wu espère même pouvoir ouvrir la porte olympique à l’ensemble des boxeurs professionnels, ce que les fédérations privées ne voient pas d’un bon œil, soucieuses qu’on marche sur leurs plates-bandes. Mauricio Sulaiman, président de la WBC, prédit «de dangereux duels inégaux entre des boxeurs professionnels d’expérience et des boxeurs amateurs» si l’idée se concrétise. Un congrès extraordinaire de l’AIBA devra se prononcer fin mai.

En attendant, Manny Pacquiao a déclaré cette semaine qu’il représenterait avec plaisir son pays au Brésil. De quoi redonner la flamme (olympique) à Floyd Mayweather, officiellement retraité depuis qu’il a battu le Philippin en mai lors du «combat du siècle»? Pour l’Américain, ce ne serait pas une première aux Jeux: avant ses 49 combats pros sans défaite, il avait remporté une médaille de bronze à Atlanta, en 1996. Avec un casque, à l’époque.