La délégation suisse a été très applaudie par le public brésilien lors la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, mais il paraît que c’était ironique. «C’est le pays où nos dirigeants corrompus cachent leur argent», disent, avec le sourire, les Cariocas. Depuis, la Suisse a eu l'occasion de se faire réellement apprécier des Brésiliens. Sa House of Switzerland, baixo suiça en version originale, ne désemplit pas.

Installée au bord du Lagoa de Freitas, un lac salé qui sépare les quartiers chics de Copacabana, Ipanema et Leblon et qui fait office de Central Park local, la Maison suisse propose aux passants de nombreuses activités gratuites et dépaysantes: patinage, boule à neige géante, stands fondue, cervelas et raclette. Les enfants adorent, et leurs parents aussi. «Nous avons 10 à 12 000 visiteurs par jour et des médias du monde entier», se félicite Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse et responsable du projet. Samedi 13 août, il a posté un tweet victorieux.

Deux tiers de financement public

Le budget de l'opération est de 6 millions de francs, dont 2 financés par des sponsors, mais le terrain - très convoité - a été concédé gratuitement par le prefeite (maire) de Rio, Eduardo Paes, en échange de la promesse d'animations gratuites pour la population. «Il y a 42 maisons nationales ouvertes durant les Jeux. Personne ne le dit mais il y a une grosse concurrence entre elles», observe le Consul de Suisse à Rio, Giancarlo Fenini, qui a beaucoup travaillé en amont pour ce projet.

Le soft power helvétique

Le vendredi 12 août, c'est la partie privée de la Maison suisse qui faisait l'évènement. La ville de Lausanne et le canton y donnaient une réception. Toute la puissance du soft power suisse éclatait dans la liste des personnalités présentes: le président du CIO Thomas Bach, son prédécesseur Jacques Rogge, le nouveau directeur de l'Agence mondiale antidopage, les présidents ou secrétaires généraux des fédérations de cyclisme, patinage, hockey, tir à l'arc, football.

«Ce qui est très intéressant aux Jeux, c’est tout ce qui se passe en coulisses», glissait Jean-Loup Chappelet, professeur à l'Idheap. Dans son discours, Thomas Bach commit un lapsus – «ici à Lausanne», dit-il en parlant de Rio – qui fit le bonheur de MM. Broulis, Tosato et Leuba, satisfaits de voir réaffirmer le rôle central de Lausanne, capitale de la gouvernance sportive.

On parle aussi affaires

La Maison suisse de Rio est aussi une rampe de lancement économique. La Chambre de commerce de Rio a été invitée à rencontrer des start-up helvétiques et Guy Parmelin, comme Johann Schneider-Ammann une semaine plus tôt, put s'entretenir avec des entreprises suisses implantées au Brésil ou désireuses de le faire. «Le Brésil est, comme d’autres pays émergents, riche de nombreuses opportunités mais beaucoup d’investisseurs potentiels restent sur la retenue en raison de nombreux problèmes de sécurité et de droits», a compris le chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports.

A Lagoa, l'attraction la plus courue, au sens littéral, est la mini-piste d'athlétisme munie des appareils de mesure d'Omega. L'occasion de rappeler que l'horloger biennois est le chronométreur officiel des Jeux. Et de ce fait la seule marque autorisée sur les sites de compétition. Une visibilité extraordinaire qui «renforce la renommée du swiss made au Brésil mais aussi partout dans le monde», selon Raynald Aeschlimann. Les affaires marchent mais le CEO d'Omega préfère souligner «la valeur inspirationnelle des Jeux» plutôt que leurs retombées immédiates. A Rio, Omega invite plus de 1000 VIP par jour, sur les sites de compétition ou dans la maison que la marque a redécoré sur Ipanema. «C'est une sorte de deuxième Maison suisse», avance Raynald Aeschlimann. Elle aussi a reçu la visite du président de la Confédération. Un observateur avisé de l’olympisme souligne «le savoir-faire d’Omega pour des projets locaux qui s’adaptent toujours au pays-hôte.»

Bastian Baker défriche le terrain

Le 10 août, Bastian Baker y donnait un petit concert privé. Le lendemain, Omega prêtait son ambassadeur à la Maison suisse pour un autre showcase. Raynald Aeschlimann bondit lorsque l’on parle de «joint venture» entre les trois entités. «Disons que c'est une très belle collaboration», précise-t-il. Avec Présence Suisse, Bastian Baker est d'abord passé par Sao Paulo, pour y tourner un clip vidéo avec des jeunes musiciens issus de la favela d'Heliopolis dans le cadre d'un projet de développement. «J'ai aussi rencontré des gens intéressants lors de dîners chez Gilberto Gil et Caetano Veloso», nous explique le jeune chanteur après avoir répondu à une interview de TV Globo, la principale chaîne du Brésil. «Le Brésil est un pays génial mais si vous voulez avoir des réponses à vos emails, mieux vaut venir sur place.»

Bastian Baker venait pour la troisième fois au Brésil. Il y retournera en 2017 pour une tournée dans les festivals. Dans ce marché de 200 millions d'habitants, ses origines suisses ne sont pas un problème. «Cela peut même être un atout, une petite touche exotique.»


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