Irak-Danemark le 4 août à Brasilia. Voilà l’affiche du match d’ouverture du tournoi olympique masculin de football. Alléchant, non? Les femmes ont un peu plus de chance: ce sera Suède-Afrique du Sud à Rio (au stade Nilton-Santos) mais dès le 3 août, soit deux jours avant la cérémonie d’ouverture, trois avant le début officiel des épreuves. Le mythique Maracana n’accueillera que les demi-finales et finales. Les autres matchs se dérouleront dans six villes du pays, de quoi rentabiliser un peu les stades construits pour la Coupe du monde 2014 mais aussi rompre la sacro-sainte unité de lieu et de temps qui fait l’identité olympique. Le football aux JO? Un mariage de raison mais un couple qui fait chambre à part.

Ça vient d’où?

Inscrit au programme olympique dès les Jeux de Paris en 1900, le football y connaît trois phases distinctes. Jusqu’à la création de la Coupe du monde en 1930, les Jeux désignent la meilleure équipe du monde. L’Uruguay titrée chez elle en 1930 est déjà double championne olympique (1924, devant la Suisse, et 1928). Après guerre, le tournoi, interdit aux professionnels, devient chasse gardée des «amateurs d’état» du bloc de l’Est: Hongrie (3 fois), URSS, Pologne, RDA, Tchécoslovaquie et Yougoslavie remportent 8 titres (et 21 médailles sur 24) entre 1952 et 1980. En 1984, le boycott des pays communistes permet à une France B de battre un Internacional de Porto Alegre renforcé et portant maillot brésilien. La finale est jouée devant 101 000 spectateurs et éveille enfin l’intérêt de la FIFA qui, dès lors, négocie avec le CIO pour ouvrir la compétition aux professionnels sans dénaturer la Coupe du monde. Depuis 1992, ne peuvent participer que les joueurs de moins de 23 ans, renforcés par trois éléments plus âgés.

Ça vaut quoi?

Le palmarès ne manque pas d’allure: l’Espagne de Guardiola et Luis Enrique en 1992, le Cameroun de Samuel Eto’o en 2000 (aux dépends de l’Espagne de Xavi et Puyol), l’Argentine de Tevez et Marcelo Bielsa en 2004. En 2008, le Stade des Ouvriers à Pékin est le cadre d’une demi-finale somptueuse: l’Argentine de Messi, Di Maria, Riquelme et Mascherano surclasse 3-0 le Brésil de Ronaldinho, Robinho, Marcelo, Pato. «Le niveau est élevé, mais bien en dessous d’un Euro ou de la Coupe du monde, estime le milieu de terrain du Stade Nyonnais Xavier Hochstrasser, qui a participé aux Jeux de Londres avec l’équipe de Suisse. C’est un bon tournoi pour les jeunes, qui sont accompagnés par trois stars, ce qui rend l’épreuve plus médiatique.» Chez les femmes (aux JO depuis 1996), la compétition est ouverte à toutes. Surtout aux Américaines, quatre fois vainqueurs, une fois finalistes. Le niveau et le prestige y sont comparables à ceux de la Coupe du monde.

C’est quoi le problème?

Le tournoi masculin est reconnu par la FIFA mais ne fait pas partie du calendrier officiel. Les clubs ne sont donc pas obligés de libérer leurs joueurs. En Europe, ils refusent le plus souvent ou font pression sur les joueurs pour qu’ils renoncent d’eux-mêmes. Le Brésilien Neymar a été mis en demeure par le FC Barcelone de choisir entre la Copa America (en juin) ou les Jeux olympiques (en août). «J’ai eu beaucoup de peine à composer une sélection», se souvient Pierluigi Tami, l’entraîneur de la Suisse aux JO de Londres. D’abord prévus, Shaqiri, Xhaka et Behrami ont finalement fait défaut. «Kim Kallström, que j’entraîne désormais à GC, m’a dit que le sélectionneur suédois avait essuyé 50 refus pour Rio.» Difficile pour des clubs de libérer leurs joueurs alors qu’ils préparent la saison ou jouent leur qualification pour la Ligue des Champions. «Maintenant que je suis entraîneur de club, je peux comprendre cela», admet Tami. De son côté, Xavier Hochstrasser se souvient que «le FC Lucerne était plutôt fier d’être représenté aux JO par Alain Wiss et moi et n’a fait aucun problème à nous libérer.» Il est facile d’incriminer les clubs. Le vrai problème est que la FIFA veut protéger la Coupe du monde, sa principale source de revenus.

Esprit olympique, es-tu là?

C’est le paradoxe: les joueurs sont souvent assez enthousiastes à l’idée de participer. Comme les joueurs de tennis sont attirés par l’esprit collectif de la Coupe Davis, les footballeurs apprécient de découvrir autre chose, de se mêler à d’autres sportifs. Et de représenter leur pays. «Nous étions tous motivés, assure Xavier Hochstrasser. Pour un footballeur suisse, l’occasion est rare. Nous savions que ce serait sûrement notre seule et unique chance.» Sur place, les footballeurs déchantent rapidement. «Je n’ai pas eu l’impression d’être aux Jeux. Parce que nous n’étions pas à Londres et que nous avons pas pu participer à la cérémonie d’ouverture. C’est un de mes regrets, autant que notre élimination dès les matchs de poule.» «Honnêtement, je ne peux pas dire que j’ai ressenti le frisson de l’esprit olympique, regrette également Pierluigi Tami. Exceptés quelques détails d’organisation et un habillage un peu différent, cela ressemblait à un tournoi comme un autre.»

Quelle solution?

Tant que la FIFA craindra la concurrence des Jeux, ce sera compliqué. Par contre, il serait possible de rendre la compétition plus attractive en condensant le format. Pourquoi ne pas disputer plusieurs matchs à la suite dans le même stade? Ce qui vaut à l’Euro (accueil VIP avant et après chaque match qui triple la durée globale d’une rencontre, nécessité de faire vivre la compétition chaque jour, volonté de ne pas faire se croiser des supporters rivaux) ne tient pas aux Jeux où il n’y a pas de loges VIP, pas de fans ultras et beaucoup d’autres sports. Au basket, l’un des sports les plus prisés, la salle se vide et se remplit sans problème plusieurs fois dans la journée. Préserver la pelouse? Le rugby à 7 enchaînera 12 matchs (certes de 14 minutes chacun) sur le même terrain le 9 août. Et les gazons synthétiques ou hybrides sont désormais très performants.

Qui va gagner?

L’équipe la mieux préparée. Ce n’est pas une lapalissade. «Aux JO, il y a un fossé entre les pays qui viennent pour gagner et ceux qui sont là pour participer», résume Pierluigi Tami, qui en a fait l’amère expérience. «Nous n’avions eu qu’une semaine de préparation. En poule, nous avons joué le Mexique et la Corée du Sud, qui s’étaient préparés pendant deux mois.» Le Mexique a fini médaille d’or, la Corée médaille de bronze. «Sans une vraie préparation physique, et donc sans une vraie volonté d’aider de la part des clubs, c’est impossible de lutter. C’est pour cela que les équipes européennes, qui se qualifient souvent brillamment dans la continuité de l’Euro M21, ne font rien ensuite», explique Pierluigi Tami. Les Asiatiques et les Américains (du Nord et du Sud) sont beaucoup plus déterminés et conséquents. Chez lui, le Brésil, emmené par Neymar chez les hommes et Marta chez les femmes, a fait de la conquête de l’or olympique une double cause nationale.