Qu’on le veuille ou non, la boxe féminine fera son apparition officielle – elle avait eu droit à une brève démonstration à Saint-Louis 1904 – aux prochains Jeux de Londres, via trois catégories: poids mouches (48-51 kg), légers (56-60 kg) et moyens (69-75 kg), avec 12 combattantes dans chacune d’elles. Ainsi, l’ultime bastion olympique interdit aux dames va-t-il sauter.

La décision, prise il y a trois ans par la commission exécutive du CIO (LT du 17.10.2009), au nom d’un sport «devenu universel que l’on ne peut plus écarter du programme des JO», n’a cessé de susciter la polémique. «Mon avis est favorable, basé sur le sentiment que les boxeuses atteignent désormais un bon niveau technique» (Domenico Savoye, vice-président de la Fédération suisse; «Casquées ou non, protégées au niveau de la poitrine ou non [il est interdit de frapper à cet endroit du corps], ouvrir la boxe aux femmes constitue une erreur, car elle est dangereuse et provoque à la longue une atrophie du cerveau» (Dr Gérald Gremion, médecin du sport au CHUV; «Cette décision du CIO, c’est n’importe quoi! La boxe est tellement dure qu’on devrait l’interdire aux femmes» (Bertrand Duboux, ancien commentateur à la RTS).

Le dernier mot appartiendra, dès le 27 juillet, aux pugilistes, aux images TV qui, à coup sûr, déferleront en boucle, et, peut-être, à celle qui joue la reine des rings, depuis la retraite des «fifilles à papa» (Laila Ali et Jacqui Frazier), du côté des poids mouches: l’Indienne Mangte Chungneijang Merykom, plus connue sous le nom de Mary Kom ou du sobriquet «Mary la magnifique». A 29 printemps, maman de jumeaux de 4 ans, cinq titres mondiaux au compteur, la boxeuse râblée de 1 m 57 pour 51 kg apparaît déjà comme l’attraction numéro 1 du tournoi olympique, où elle vise rien moins que la médaille d’or.

Une idole, Mohamed Ali

Premier ministre de l’Etat du Manipur – nord-est du pays, proche de la frontière de la Birmanie –, d’où elle est originaire, Ibobi Singh a dit: «Enfant du Manipur et sportive par excellence, Mary Kom s’est imposée comme la quintessence de l’inspiration et de la motivation pour toute notre jeunesse. Le Manipur célèbre sa réussite avec une joie immense.» Le Manipur, et bientôt la planète?

L’héroïne ne se prend pas la tête avec ce genre de considération. Elevée dans une famille de fermiers, aînée de quatre gosses, elle a toujours dû se battre. D’abord pour épauler ses géniteurs dans les rudes travaux des champs. Ensuite pour monter sur un ring, pas évident avec sa petite taille. «Au départ, les gens ont cherché à me décourager, sous prétexte qu’il n’y avait aucune boxeuse en Inde», raconte-t-elle à l’AFP. «Ce fut mon premier défi, et je l’ai relevé.»

Pourquoi? Parce qu’elle s’était imprégnée des films de Jackie Chan et, par-dessus tout, des combats légendaires de son idole, Mohamed Ali. Pragmatique, Mary Kom s’est aussi rendu compte que le noble art représentait un vecteur idoine afin de sortir de la pauvreté. Davantage que l’athlétisme qu’elle pratiquait au début (course à pied, lancer du disque, du javelot…).

Coïncidence bienvenue, elle apprend que les dames peuvent enfin monter sur le ring dans le Championnat du Manipur 2000, dont elle remporte le titre sans oser en parler à ses parents. Lesquels, comme on dit, liront la nouvelle dans la presse. «Mon père avait peur que je me blesse et que je ne puisse plus subvenir à mes besoins», avoue-t-elle. «Mais je l’ai convaincu et il a cédé.» Tant mieux, si l’on se réfère au quinté de ceintures mondiales qui a suivi.

Les bourses gagnées entre les quatre cordes lui permettent de nourrir sa famille et de créer au passage une académie de boxe, même si les riches sponsors ne se précipitent pas (encore) à sa porte. Il faut préciser que le Manipur (2,7 millions d’âmes), l’un de ces Etats étriqués, isolés, entourés de cinq pays et rattachés au reste de l’Inde par une vague bande de terre au nord du Bangladesh, n’est pas forcément bien quadrillé par les experts en marketing des multinationales. De plus, le Manipur est confronté à la violence endémique des mouvements indépendantistes. Le beau-père de la pugiliste a d’ailleurs perdu la vie en pleine fusillade.

Déposer l’or sur le gâteau

Guère difficile de comprendre que «Mary la magnifique» matérialise l’un des rares motifs de fierté pour les habitants de sa province, notamment pour les nombreux jeunes qu’elle accueille dans son académie. A Londres, elle entend déposer l’or sur le gâteau. Comment? Son explication sur le site wban.org: «J’essaie simplement d’accrocher mon adversaire, de telle manière qu’elle n’ait pas la moindre chance de libérer ses bras. Ma taille est un problème, mais je compense par le physique. Je me déplace beaucoup autour du ring, ce qui fatigue énormément mon opposante.» Si cette stratégie ne rappelle pas celle d’un certain Ali…