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Aux JOJ, laisser le temps au temps

Les athlètes qui brillent lors des compétitions de Lausanne 2020 ne sont qu’au début de leur chemin vers une carrière sportive réussie. Attendons un peu avant d’en faire des stars

La première semaine des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) a été marquée par les prouesses à répétition d’Amélie Klopfenstein. La skieuse de La Neuveville, dans le Jura bernois, a remporté deux médailles d’or et une de bronze aux Diablerets alors qu’elle ne fut invitée à participer à l’événement qu’à la dernière minute, à la suite de la blessure d’une camarade. L’histoire est belle. La tentation de faire de cette athlète de 17 ans «la révélation de Lausanne 2020» ou «l’avenir du ski alpin suisse» aura été grande, mais nous avons choisi d’y résister.

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Les JOJ sont importants par le dispositif qu’ils déploient en Suisse romande, par l’attention qu’ils suscitent et par les idées qu’ils brassent. Mais leurs participants ne sont âgés que de 14 à 18 ans. A quelques exceptions près en patinage artistique ou en freestyle, ils n’en sont encore qu’à disputer des compétitions avec la concurrence de leur seule génération et à prendre leur élan en vue du grand saut vers le sport d’élite.

Incertitude des trajectoires

Certains, c’est sûr, deviendront des héros locaux, des médaillés olympiques ou des icônes internationales. Mais d’autres renonceront, échoueront ou se blesseront. Lors d’un colloque organisé à l’Université de Lausanne en ouverture des JOJ, la psychologue du sport Natalia B. Stambulova a par exemple montré que dans le hockey suédois, seulement 20 à 30% des juniors réussissaient la transition vers l’élite professionnelle. Cette incertitude des trajectoires sportives implique un devoir de réserve.

Au Temps, nous avons donc décidé d’éviter de présenter les résultats de Lausanne 2020 comme des accomplissements individuels. Rater sa course aux Jeux olympiques de la jeunesse n’hypothèque pas davantage une carrière sportive que la remporter n’est gage de succès futur, alors autant laisser le temps au temps. Les grandes victoires, celles qui déclenchent une avalanche de superlatifs, viendront (ou pas) un peu plus tard. Les nombreux jeunes athlètes rencontrés jusqu’à ce jour se montrent d’ailleurs lucides quant au fait que l’événement, aussi marquant soit-il, ne représente qu’une étape sur leur chemin sportif.

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Cela ne signifie pas pour autant que les compétitions des JOJ ne présentent pas d’intérêt. D’abord, les résultats méritent d’être analysés de manière globale. Les nombreuses médailles décrochées en ski alpin par les athlètes suisses disent quelque chose de la qualité de la formation actuelle, et préfigurent peut-être les rapports de force à venir en Coupe du monde.

Ateliers de formation

Ensuite, dans le cadre d’un événement qui se pose comme le laboratoire du sport de demain, la voix des jeunes athlètes doit être entendue sur les questions relatives au devenir de leurs disciplines. Il est bluffant de constater à quel point ces adolescents sont conscients des enjeux qui concernent leur propre futur, mais aussi celui de leur milieu. Et il est rafraîchissant de remarquer qu’ils partagent leurs perspectives avec plaisir et naturel, sans crainte de dire faux.

Pour eux, l’expérience Lausanne 2020 comprend différents ateliers de formation, portant notamment sur la bonne gestion de leurs relations avec les journalistes. Au Vortex, le village olympique lausannois, ils peuvent recevoir des conseils de professionnels pour produire des contenus appropriés aux réseaux sociaux ainsi que pour répondre à des interviews. C’est une bonne chose, tant l’exercice médiatique fera pleinement partie de leur carrière s’ils parviennent à percer comme ils l’entendent. Mais il faut espérer que, au passage, ils ne perdront pas leur franc-parler et ne se forceront pas à brimer leur personnalité. Ce serait dommage pour l’intérêt des articles qu’il s’agira d’écrire lorsqu’ils seront devenus champions olympiques.

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