Épées

Aux Mondiaux d’escrime, la Suisse à deux touches de l’histoire

A Leipzig, les épéistes ont manqué le premier titre mondial de leur histoire pour des détails. La frustration s’est vite dissipée pour laisser apparaître la satisfaction d’un résultat extraordinaire et un horizon dégagé pour l’avenir

Les épéistes suisses ont réalisé un petit exploit lors de la compétition par équipes des Championnats du monde de Leipzig, en Allemagne. Ils ont décroché une médaille d’argent inédite depuis 1982. C’est d’autant plus remarquable qu’ils y sont parvenus avec une équipe à moitié renouvelée depuis les Jeux olympiques de Rio, l’été dernier. Les «jeunes» Michele Niggeler (25 ans) et Georg Kuhn (24) épaulent désormais Max Heinzer et Benjamin Steffen.

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Et pourtant, le tableau n’est pas tout rose. «On aurait tout de suite signé pour une deuxième place, lance Olivier Carrard, le président de la Fédération suisse d’escrime. Mais là, il subsiste tout de même une petite frustration.»

Perte d’équilibre, et chute dans les choux

Forcément: gagner une médaille d’argent signifie souvent avoir perdu une finale. C’est bien ce qui est arrivé aux Suisses. Les circonstances renforcent leur déception. Contre la France championne olympique en titre et emmenée par le No 1 mondial Yannick Borel, ils ont longtemps mené. Lorsque Max Heinzer prend le dernier relais, il compte sept touches d’avance. Il conserve l’avantage tant bien que mal jusqu’à ce que son style tout en prises de risque lui joue des tours. Il perd l’équilibre, tombe sur la nuque, et dans les choux. «Je ne distinguais plus les couleurs et ne savais plus quel jour on était», racontera-t-il un peu plus tard. Il doit céder sa place à un Georg Kuhn moins expérimenté mais qui tient le score en sa faveur jusqu’à 43-41 à vingt secondes de la fin. Malheureusement, Yannick Borel réussira les quatre dernières touches de la finale pour offrir l’or à la France.

Un départ idéal

Au bout du fil ce jeudi matin, Olivier Carrard a la voix cassée. Il a beaucoup crié la veille. D’excitation, de joie, d’espoir et finalement de frustration. Toutes les émotions y sont passées. «Chacun avait ses propres raisons pour nourrir des regrets, témoigne le dirigeant depuis l’aéroport de Leipzig. Georg Kuhn avait l’impression que tout était de sa faute, alors que ce n’est bien sûr pas le cas; Benjamin Steffen a 37 ans et voyait cette occasion comme la dernière; l’entraîneur de l’équipe est nouveau et aurait aimé commencer par un exploit… Mais au final, nous avons quand même digéré, passé une bonne soirée et nous arrivons à nous focaliser sur ce qui a bien fonctionné.»

Aux Jeux de Rio, la délégation suisse escomptait une médaille de ses épéistes. Qu’ils la manquent était une déconvenue majeure. Aujourd’hui, ils ont prouvé qu’ils comptaient bien parmi les meilleures équipes du monde. «C’est non seulement encourageant de réaliser un tel résultat avec une équipe remaniée, mais également utile, explique Olivier Carrard. Pour bénéficier de tableaux favorables, il est important de figurer haut dans le classement mondial. Cette performance nous permet de passer de la septième à la cinquième place et d’aborder le cycle olympique de Tokyo de façon idéale.»

Un sport de première catégorie

Pour Swiss Olympic, l’escrime est un sport de première catégorie, au même titre que le ski ou le foot. Les subventions attribuées permettent aux tireurs de se consacrer largement à leur sport. Jusqu’aux JO japonais, Michele Niggeler et Georg Kuhn auront ainsi l’opportunité de ralentir le rythme de leurs études universitaires pour se donner toutes les chances de briller épée en main. Lui-même ancien athlète, Olivier Carrard leur fait confiance. «Je suis sûr que l’expérience engrangée à Leipzig leur permettra de franchir un cap. Michele Niggeler, par exemple, n’est encore que 39e au classement mondial mais je suis convaincu que la saison prochaine, il s’approchera du top 15.»

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