Football

Aux Pays-Bas, l’Euro féminin de tous les records

Spectateurs dans les stades, audiences télé, activité en ligne: le tournoi néerlandais a été le plus suivi et commenté de l’histoire. Deux ans après le Mondial au Canada, la lame de fond se poursuit

En 2015, le Championnat du monde au Canada se terminait sur une victoire de l’Allemagne et un succès d’ensemble: jamais compétition féminine de football n’avait été plus remarquée, plus suivie, plus commentée. Près de 1,4 million de personnes dans les stades, 333 millions de téléspectateurs.

Deux ans plus tard, la lame de fond se confirme avec l’Euro néerlandais. Les chiffres sont sans commune mesure avec ceux du Mondial organisé outre-Atlantique, où le soccer est un vrai sport de filles, mais ils explosent tous les records des précédentes éditions et illustrent une tendance globale: même sur le Vieux Continent, le football n’est plus seulement une affaire de mecs.

Un engouement national

Hôtes de la compétition, les Pays-Bas ont démontré qu’une équipe nationale féminine pouvait être l’objet d’un engouement national global. Tous les matches de la sélection de Sarina Wiegman se sont disputés à guichets fermés. L’affluence de leur rencontre avec l’Angleterre (27 093 personnes) était un record pour une demi-finale de Championnat d’Europe.

L’affiche la plus suivie de l’histoire de la compétition reste la finale de l’édition 2013 (Allemagne-Norvège à Stockholm) avec 41 301 spectateurs, mais les organisateurs néerlandais auraient sans doute pu vendre davantage que les quelque 30 000 billets disponibles pour assister au sacre des Lionnes orange dimanche soir au Grolsch Veste d’Enschede.

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En tout, quelque 240 000 personnes ont visité les neuf stades néerlandais pendant les trois semaines de l’Euro, record de 2013 (216 888) battu. Une performance qu’il s’agit toutefois de nuancer: en Suède, il y avait 12 équipes et 25 matches, contre 16 équipes et 31 matches aux Pays-Bas. L’affluence moyenne par rencontre recule d’environ 10%. Il s’agit peut-être du seul indicateur en baisse.

Plus fort que la F1

Ce sont les audiences télévisées qui marquent la progression la plus spectaculaire. L’UEFA n’a pas encore publié les chiffres définitifs enregistrés lors de la finale, diffusée dans plus de 80 pays, mais annonçait juste avant que l’audience en direct était «sur le point de dépasser l’audience totale de 2013 (116 millions) de plus de 50 millions de téléspectateurs».

Au Royaume-Uni et au Danemark, les demi-finales des sélections locales ont atteint des pics d’audience à plus de 66% de parts de marché. Le quart de finale Allemagne-Danemark, dimanche 30 juillet, a été regardé par 5,9 millions de téléspectateurs germaniques (sur ZDF), plus nombreux que ceux qui ont assisté à la victoire de leur pilote national Sebastian Vettel au Grand Prix de Hongrie de Formule 1, diffusé en même temps (sur RTL).

Sur les réseaux sociaux

L’Euro néerlandais a également généré plus de trafic et de discussions en ligne que les précédentes éditions. Toujours avant la finale, la section dédiée au tournoi sur le site web de l’UEFA avait déjà été visitée près de 4 millions de fois, contre 1,5 lors de tout l’Euro 2013 en Suède. Sur les réseaux sociaux, les associations nationales membres de l’UEFA ont accumulé 4,15 millions d’interactions et 27 millions de vues de vidéos, et ont attiré 124 000 nouveaux fans sur Facebook.

La Fédération de Russie signe la meilleure performance sur cette plateforme (+12%). Très connectées et suivies (notamment) sur Instagram, les joueuses de l’équipe de Suisse ont contribué au mouvement général en publiant régulièrement des nouvelles du groupe et des instants de délire.

Développement exponentiel

Tous ces indicateurs traduisent non seulement le succès de l’Euro néerlandais, mais aussi l’essor impressionnant du football féminin en Europe. En 2017, on y compte un nombre record de 1 270 481 joueuses licenciées; il n’y en avait pas la moitié au moment du passage à l’an 2000. Depuis 2013, le budget consacré au secteur par les fédérations nationales a doublé, de 50 à plus de 100 millions d’euros par an.

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Le nombre de ligues, d’équipes, de sélections nationales et d’académies ne cesse d’augmenter. Les staffs techniques s’étoffent également et les organisations embauchent de plus en plus de femmes. Depuis 2013, la représentation féminine à des postes à responsabilité dans les associations membres de l’UEFA a augmenté de 49%.

La tendance ne semble pas près de s’inverser. Prévue en 2019 en France, dans un pays où le football se féminise à grande vitesse depuis cinq ans, la prochaine Coupe du monde s’annonce déjà comme un pas en avant supplémentaire.

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