Éditorial

Vous avez aimé la Russie 2018, vous adorerez le Qatar 2022

ÉDITORIAL. En 2022, le Qatar sera le premier pays arabe à accueillir la Coupe du Monde de football. L'idée a de quoi séduire! Et pourtant, la joie viendra après la peine. Celle des ouvriers qui, face aux projets titanesques de l'événement, construisent, à partir de rien, une tradition et un engouement pour un sport jusqu'alors méconnu en ce pays

Dans quatre ans jour pour jour, la planète foot s’arrêtera de respirer pour suivre la finale de la Coupe du monde au Qatar. Le milieu du sport fonctionnant sur des cycles quadriennaux (Championnat d’Europe, Coupe du monde, Jeux olympiques), quatre ans c’est pratiquement demain.

A ce sujet, lire notre temps fort: A quatre ans de sa Coupe du monde, le Qatar empile les stades vides

Un projet pharaonique

La petite monarchie du Golfe a obtenu en septembre 2010 le droit de devenir le premier pays arabe à accueillir le plus grand événement sportif de la planète. Depuis, les cas d’abus sur les chantiers, les soupçons d’achats de voix, les scandales d’influence et les descentes de police se sont succédé autour de cette candidature sulfureuse. Sur les 24 membres que comptait le Comité exécutif de la FIFA au moment du vote, 16 ont été radiés, suspendus ou restent sous le coup d’une enquête. Jamais, pourtant, l’idée de remettre en cause la désignation du Qatar n’a sérieusement été évoquée. Pourquoi l’aurait-elle été, du reste?

La Russie, désignée le même jour dans à peu près les mêmes conditions, ne vient-elle pas de livrer «la plus belle Coupe du monde de l’histoire», selon les mots de Gianni Infantino? Pour le président de la FIFA, qui rêve de passer à une Coupe du monde à 48 équipes dès 2022 pour sécuriser sa réélection en juin 2019, il ne fait pas de doute que celle du Qatar sera encore plus belle.

Lire également notre complément: Le droit des ouvriers de Qatar 2022, vaste chantier

On ne sait ce qui est le plus extravagant dans ce projet d’un autre temps, davantage celui des pharaons que celui du développement durable et de la consommation responsable. Pour réussir sa Coupe du monde, le Qatar bâtit actuellement des stades, mais aussi une ville, une équipe, une tradition sportive et même un engouement populaire (en achetant des spectateurs) pour donner du sens à tout ça. Puisque le territoire du quatrième plus gros producteur de gaz du monde est à peu près de la même superficie que les six cantons romands et que la population y est à peine plus importante (2,3 millions d’habitants), il nous suffit, pour comprendre, de visualiser un stade de 86 000 places à Genève, et onze autres, de 40 000 places au moins (10 000 de plus qu’à la Praille), à Nyon, Lausanne, Yverdon, Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Delémont, Fribourg, Bulle, Montreux, Martigny et Sion. Le projet de base a depuis été ramené à huit sites mais est-ce plus raisonnable?

Personne n’essaie de faire croire que ces stades seront rentables, ni même remplis, juste que quelques-uns seront démontables. Le monde arabe aura eu sa Coupe du monde, le Qatar obtenu son exposition planétaire et la FIFA prolongé sa folie des grandeurs. Après 2026 en Amérique du Nord (Canada, Etats-Unis, Mexique), elle pourra se tourner vers la Chine. C’est bien, la Chine. Le gouvernement a déclaré que le football devait y être une priorité nationale. Pour accomplir le souhait du président Xi Jinping – devenir une superpuissance du foot d’ici à 2025 –, les Chinois ont déjà commencé à bâtir des terrains, des centres de formation, des joueurs, un engouement. On n’arrête pas le progrès.

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