– Les stades de Suisse sont dans un état de délabrement avancé. Que fait la Ligue nationale?

– En décidant de fermer les Charmilles à Genève en 1994, sous la présidence et par la volonté de Carlo Lavizzari, elle a provoqué un électrochoc. Puis elle a créé un catalogue d'exigences. A l'avenir, un club qui n'aura pas un stade avec seulement des places assises n'aura pas le statut de professionnel. Cela dit, le football a raté un virage, et c'est toute la structure associative bénévole, et non les politiques, qu'il faut remettre en cause. Nous avons continué à vivre comme dans les années 60-70, alors que le sport a connu une véritable révolution dans les années 80. Si, après le drame du Heysel en 1984, les dirigeants de l'époque avaient ordonné de fermer le Wankdorf à Berne parce qu'il n'était plus sûr, la Suisse aurait pu construire de nouveaux stades. L'argent était là.

– De nouveaux stades suffiraient-ils à attirer des spectateurs? Seuls les derniers matches de championnat ont suscité un véritable engouement…

– La plupart des gens ne voient pas combien le football a changé de dimension en quelques années, et à quel point, dans ce changement de dimension, la Suisse est restée tout en bas sur le plan des structures et à un très bon niveau sur le plan des résultats. Nous sommes probablement aussi proches des meilleures équipes d'Europe aujourd'hui qu'à la meilleure période de Roy Hodgson. L'année passée, la Suisse était huitième du classement UEFA, devant des pays de football comme les Pays-Bas ou le Portugal. Le problème, c'est que l'offre sportive et culturelle est extrêmement importante. Zurich et son agglomération comptent à elles seules quatre équipes de hockey et deux de football de Ligue nationale A. Economiquement, ce n'est pas possible. Une restructuration me paraît inéluctable. On voit bien le phénomène dans les grandes villes romandes: là où le football est au sommet, le hockey sur glace n'arrive pas à revenir, et vice versa.

D'autre part, même si j'estime que le nombre de spectateurs n'est pas mauvais en comparaison de l'offre et de la taille de la population, il faut aussi prendre en compte l'évolution historique. J'ai vécu à Genève de 1960 à 1973: on rencontrait au stade beaucoup de travailleurs immigrés. Un tiers au moins du public des Charmilles, était constitué de saisonniers célibataires, qui ne pouvaient pas voir le football italien ou espagnol à la TV, et pour qui le football était un loisir en lui-même. Aujourd'hui, la structure des villes a complètement changé. Le secteur secondaire a disparu.

F. D.