AHockenheim, il a prouvé être capable de pallier une défaillance de Michael Schumacher. Il entend bien poursuivre sur sa lancée ce week-end lors du Grand Prix de Hongrie, 12e épreuve de la saison. Il a toujours été l'un des pilotes les plus sympathiques du paddock de la F1. Souriant, aimable et disponible en toutes circonstances, Rubens Barrichello apparaît encore plus détendu depuis sa superbe victoire au Grand Prix d'Allemagne, il y a quinze jours. Pour lui, ce succès tardif, après 124 courses de Formule 1, est une véritable délivrance

«Il est difficile d'expliquer pourquoi, a poursuivi le pilote. J'ai vécu sept années superbes mais très dures. Depuis 1994, j'avais toujours en moi le poids de la mort d'Ayrton (Senna). Et puis beaucoup de gens doutaient de moi, de ma motivation. Maintenant j'ai gagné, je l'ai fait.»

Le pilote Ferrari a sans doute le sentiment de s'être acquitté d'une dette envers son glorieux aîné, mort en course le 1er mai 1994. Tout de suite après son succès, il y a quinze jours, «Rubinho» n'avait pas manqué de faire référence à son maître. «Je dédie cette victoire à Senna. Il m'entend là-haut. Cette victoire est le meilleur moyen de le remercier pour tout ce qu'il a fait pour moi.» Car le triple champion du monde paulista fut aussi un guide et un soutien lors des débuts de Barrichello en F1. Et Senna ne faisait que reproduire un schéma dont il avait lui-même profité lors de ses débuts, quand Emerson Fittipaldi l'avait pris sous son aile protectrice.

Fittipaldi le pionnier

Fittipaldi fut pour sa part un pionnier. A la fin des années soixante, il avait compris l'importance de l'exil pour espérer faire carrière dans le sport automobile. Emerson s'est longtemps souvenu de ses débuts difficiles dans la froide et pluvieuse Angleterre. Une fois au sommet de la F1 (champion du monde en 1972 et 1974), il s'était juré d'aider les jeunes pilotes de son pays pour que la succession soit assurée. Si Nelson Piquet, lui aussi exilé en Angleterre, s'est assez bien débrouillé tout seul, Ayrton Senna a suivi les conseils d'Emerson Fittipaldi, trouvant même refuge chez Chico Serra, un autre Brésilien.

Plus tard, le grand Senna s'est souvenu du réconfort qu'avait représenté pour lui l'accueil de ses compatriotes. Il a d'abord ouvert les portes de sa maison à Mauricio Gugelmin et sa famille, un natif de Curitiba. Puis Ayrton Senna, triple champion du monde de F1, a convaincu les managers de la F1 de s'intéresser au cas de Rubens Barrichello. A l'époque, le jeune Paulista s'était illustré dans le championnat de Formule Opel, dont les courses se déroulaient en ouverture des Grand Prix, puis en Formule 3000. Une fois devenu adversaires en F1, Senna n'a jamais été avare de conseils et d'encouragements pour le jeune débutant.

Aujourd'hui, Rubens Barrichello est «installé» en Formule 1. Il occupe même le plus prestigieux des baquets, chez Ferrari. Et c'est à son tour d'aider les jeunes pousses à s'épanouir. Très ami avec Ricardo Zonta et Pedro Diniz, Barrichello est attentif aux progrès des prétendants à la F1. Il n'est pas rare de voir les nombreux pilotes brésiliens engagés en Formule 3000 (Bernoldi, Mauricio, Junqueira, etc.) attendre au pied du motor-home Ferrari que Rubens Barrichello puisse leur prodiguer quelques conseils. Naturellement généreux, Barrichello prend à cœur son rôle de grand frère. Ainsi, lors des débuts de Luciano Burti – au pied levé pour remplacer Eddie Irvine, le malade imaginaire –, Barrichello n'a pas hésité à attendre la Jaguar de son compatriote pour lui indiquer la trajectoire idéale du circuit de Spielberg qu'il découvrait. Un moment de confraternité, assez rare en Formule 1.