De la magnificence olympique aux contingences domestiques, d'une traite, sans même s'appesantir. Eternelle question existentielle: y a-t-il une vie après les JO, quand de son idéal, le conquérant est rapatrié vers la solitude et la sédentarité, le volontarisme et la débrouillardise? Probablement que oui mais, de toute évidence, de nombreux athlètes semblent lui chercher un sens, un horizon, un enchantement. Ils témoignent.

• Julien Fivaz, athlétisme, 36e

Que reste-t-il de vos quatre ans? «Depuis que je pratique ce sport de manière quotidienne, je rêve de disputer des Jeux olympiques. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir atteint un sommet. Je n'aurais plus de reproches à endosser sur ma carrière.»

Ressentez-vous un effet baby blues? «D'une certaine manière, oui. J'ai manqué les Jeux d'Athènes à la dernière minute, à cause d'une blessure et, au fond de moi, j'attendais Pékin depuis huit ans. Au retour, j'ai participé à deux ou trois compétitions, mais l'envie n'y était plus vraiment. J'ai ressenti un petit «down», probablement passager.»

Y a-t-il une vie après les JO? «Je tente de constituer un dossier pour une recherche de sponsors. Avec mes résultats, je ne suis pas loin d'un podium olympique mais, pour progresser, j'ai besoin de temps. A moyen terme, il est difficile de concilier une préparation sérieuse avec un emploi à 80%, des trajets entre La Chaux-de-Fonds et Genève pour rejoindre un entraîneur, et une recherche de sponsors. Je bénéficie de quelques soutiens mais, concrètement, je suis seul. L'athlétisme est pour moi un hobby comme un autre.

»Aux Jeux, tout est mis en œuvre pour que l'athlète évolue dans des conditions optimales, sans arrière-pensée. Malgré tout, je n'ai pas réussi à occulter ma réalité. Quand je suis entré dans le Nid d'oiseau, j'ai songé aux enjeux, à ce que les JO avaient le pouvoir de changer dans ma carrière. Et j'ai raté mes trois sauts.»

• Magali di Marco, triathlon, 13e

Que reste-t-il de vos quatre ans? «Sans médaille, ne nous leurrons pas, les Jeux n'améliorent pas l'ordinaire. J'ai pris beaucoup de recul par rapport à cette idée reçue. J'ai tiré la leçon des sacrifices consentis pour des Jeux et dont j'attendais naïvement un retour. Soyons réalistes: il y a trois places sur le podium, et tout le reste n'existe pas.»

«Il est tentant de penser que les Jeux ne valent pas cet investissement personnel, surtout pour une mère de famille. En même temps, ils stimulent la progression. Sans cet entraînement poussé, aujourd'hui, je ne serais plus dans le coup.»

Ressentez-vous un effet baby blues? «Clairement. Je commence à bien connaître «ce down», car je l'ai vécu après chaque compétition importante. Cette fois, j'y étais préparée. J'ai anticipé l'après-JO de manière à tirer un trait sur le passé. Je sais que depuis Pékin, énormément de triathlètes peinent à reprendre l'entraînement, faute de motivation. Ça tombe comme des mouches. Pendant quatre ans, les Jeux sont un objectif en soi et, du jour au lendemain, il n'y en a plus.»

Y a-t-il une vie après les JO? «Mes sponsors sont restés fidèles. Ils envisagent moins mon avenir sportif que ma reconversion professionnelle, dans des cercles de conférences ou autres. Je dois presque insister pour prolonger ma carrière...»

• Annick Marguet, tir, 25e

Que reste-t-il de vos quatre ans? «A vivre, les Jeux sont une expérience bouleversante. Ils apportent beaucoup. Au stand de tir, bien sûr, j'ai côtoyé les mêmes gens que d'habitude, dans la même routine. Mais en dehors, ce fut un enrichissement énorme. J'ai passé beaucoup de temps au tennis, où j'ai côtoyé Roger Federer et d'autres joueurs. J'ai vu que ces sportifs n'étaient pas différents de moi, qu'ils avaient les mêmes doutes, les mêmes sujets de conversation. Je le supposais, mais j'avais besoin de le vérifier.»

Ressentez-vous un effet baby blues? «Bien sûr. Brusquement, on perd l'envie de s'entraîner, on cherche un sens à des gestes simples et basiques. Les Jeux polarisent tellement d'attentes, tellement d'émotions, qu'il est difficile de renouer avec une activité normale. Notre entraîneur nous avait avertis, il avait insisté sur l'importance de préparer l'après, mais je n'ai rien vu venir. Honnêtement, j'ai du mal à reprendre ma vie où je l'avais laissée en juillet. Pour ne travailler qu'à 60%, je passe deux jours chez moi où je gamberge un peu, où je suis déphasée, où j'ai l'impression de vivre en dehors de tout.»

Y a-t-il une vie après les JO? «En raison des Jeux, j'ai pu compter sur quelques sponsors et donateurs privés. Mon comité de soutien fera une pause en 2009. Cela dit, en cherchant un peu, un bon tireur s'en sort toujours. L'intérêt médiatique n'est plus le même mais, sur ce plan, je n'avais aucune illusion, je savais que tout s'arrêterait du jour au lendemain.»

• Jenny Fähndrich, BMX, demi-finale

Que reste-t-il de vos quatre ans? «Les Jeux ont éveillé un intérêt autour du BMX. Sur le moment, je n'ai pas vraiment réalisé la portée de l'événement. J'ai plutôt essayé de l'occulter. Au retour, j'ai eu de nombreuses réactions. J'ai pris la mesure de ce que j'avais vécu.»

Ressentez-vous un effet baby blues? «La transition s'est assez mal passée. Pour moi, les Jeux ne représentaient pas un objectif, mais un rêve. Or, j'ai manqué la finale de peu, et j'enrage encore. J'ai frisé l'exploit, il y a eu un gros coup de projecteur, et puis plus rien. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée seule sur la piste de Genève, tandis que, avant les JO, je «tournais» au centre mondial de cyclisme, à Aigle, avec mon entraîneur et trois pilotes. Le retour à la normale, dans ce cas, procure une sensation bizarre.»

Y a-t-il une vie après les JO? «Je reçois une aide d'un magasin spécialisé de Morges. Depuis Pékin, je commence à sentir un intérêt nouveau. J'ai déjà l'esprit tourné vers Londres 2012.»

• Jonathan Massacand, natation, 27e et 32e

Que reste-t-il de vos quatre ans? «La sensation d'avoir au moins atteint quelque chose.»

Ressentez-vous un effet baby blues? «Un peu. Pékin a changé ma vision du sport suisse. J'y ai côtoyé des athlètes étrangers, nous avons beaucoup parlé et, depuis que je connais leurs conditions d'entraînements, j'ai le moral cassé. Je suis désabusé. Pour le même résultat, un nageur suisse fournit des efforts trois fois supérieurs. Au retour de Pékin, je n'ai pas eu la force de retourner seul dans mon coin, de retomber si bas, dans les réalités suisses. Je n'ai pas repris ma carrière.»

Y a-t-il une vie après les JO? «Pékin fut une révélation. Je ne pourrai retrouver la motivation qu'en partant à l'étranger, en ayant les moyens de défendre mes chances.»