Un club de première division, le Skonto FK. Un stade quasiment neuf, bâti près du centre historique de Riga. Un palais omnisports, théâtre de la finale du concours de l'Eurovision en 2003. Un complexe d'entraînement en lisière de la capitale lettone… Guntis Indriksons a investi une partie de sa fortune d'homme d'affaires prospère dans le sport et les loisirs. C'est également lui qui préside aux destinées de la fédération nationale de football de ce pays situé entre la mer Baltique et la Russie.

L'équipe de la petite République balte, battue hier par la République tchèque au terme d'un grand baroud d'honneur (2-1), s'entraîne donc dans le stade moderne de Skonto, lorsqu'elle n'est pas en stage de préparation dans le complexe d'entraînement. C'est rentable pour Guntis Indriksons et cela limite les frais de fonctionnement de la fédération. Tout le monde s'y retrouve. Quoi de plus naturel, dans cette symbiose presque parfaite, que l'entraîneur du Skonto FK, son adjoint, le médecin et le manager du club, occupent les mêmes fonctions au sein de la fédération?

A petits moyens, grand pragmatisme. Avec ses 9000 licenciés de football et ses 200 joueurs pros ou semi-professionnels, la fédération de football n'a guère d'autres moyens de s'en sortir. D'autant que le cœur des Lettons est pris de longue date par le hockey sur glace et le basket. Aleksandrs Starkovs semble tout à fait s'accommoder de ces arrangements peu orthodoxes dans le football européen de haut niveau. La plupart du temps, il entraîne l'équipe du Skonto FK, à laquelle pas un titre de champion n'a échappé depuis le retour à l'indépendance de cette ex-République soviétique, en 1991. Et, régulièrement, il endosse le survêtement de coach de l'équipe nationale. «On dirait que cela me réussit plutôt bien», plaisante-t-il, lui qui a hissé ce pays de 2,4 millions d'habitants dans le concert des grandes nations européennes du ballon rond.

Introduit par des marins et des commerçants britanniques au début du XXe siècle, développé par les Allemands, longtemps majoritaires dans l'ancienne ville hanséatique de Riga, le football letton se conjugue aujourd'hui… en russe, la langue employée par l'équipe nationale sur le terrain. C'est l'héritage d'un demi-siècle d'occupation soviétique. Staline envoya des centaines de milliers de personnes travailler sur le littoral de la Baltique. Leurs descendants sont restés là en grand nombre après la chute de l'URSS. A tel point que 35% de la population lettone appartient à ces minorités russophones. S'il reste fragile dans la société lettone, cet équilibre ne semble pas poser de problème au sein de l'équipe nationale. Même si les Lettons de souche ne représentent qu'un tiers de l'effectif.

Parmi eux figure Maris Verpakovskis. Foin de considérations politico-ethniques: cet attaquant est aimé de tous dans le pays. La Lettonie lui doit en grande partie son billet d'avion pour le Portugal. En phase qualificative, il a inscrit six buts, permettant aux Baltes de terminer deuxièmes de leur poule, derrière la Suède, mais devant la Pologne et la Hongrie, et de participer aux barrages. Débauché depuis par le Dynamo Kiev, «Marusya» frappa à deux nouvelles reprises contre la Turquie, éliminée à la surprise générale en dépit de sa troisième place au Mondial 2002.

Aleskandrs Starkovs se refuse à réduire la qualification lettone à un coup du destin. «Ceux qui ont de la chance doivent travailler pour la saisir», insiste-t-il. Travail et cohésion, tels sont les maîtres mots de l'entraîneur. Il a l'avantage de bien connaître ses joueurs, puisqu'ils sont tous passés, à un moment ou à un autre, par le Skonto FK, avant, pour certains, d'aller tenter une carrière en Europe occidentale ou en Russie. Le feu follet Marian Pahars, dont les éclats à Southampton ont été ternis par des blessures à répétition; le milieu de terrain Vitalijs Astafjevs, l'homme de confiance de Starkovs sur la pelouse, qui fait les beaux jours de l'Admira Wacker (Autriche); Igors Stepanovs, défenseur central prêté par Arsenal au club belge de Beveren, etc.