Football

Pour Bâle, la Coupe de Suisse 
de la consolation

Les Rhénans ne termineront pas une seconde saison consécutive sans le moindre titre. Destitués de leur trône de champions en série, ils se sont défaits du FC Thoune au bout d’une finale maîtrisée pour remporter leur treizième Coupe de Suisse

Il aura fallu attendre les dix dernières minutes de la finale pour qu’enfin elle ressemble à un match de Coupe. Il y avait alors dans l’air le parfum des fumigènes craqués par les supporters bâlois après le 2-0 signé Fabian Frei; dans les cœurs des joueurs de Thoune l’espoir d’un retournement de situation après le 2-1 inscrit par Dejan Sorgic; et dans les tribunes ce petit frisson collectif: et si l’on n’en restait pas là?

Et si la partie se terminait autrement que par une victoire attendue et sans grand panache du favori contre l’outsider?Le sentiment d’incertitude n’a pas duré très longtemps. Quelques minutes à peine, pendant lesquelles ce sont en réalité les Rhénans qui ont été les plus proches de marquer encore. Et puis le coup de sifflet final a retenti, les bras se sont levés, les bouchons de champagne ont sauté, les confettis ont jailli et la Coupe de Suisse a été brandie par le capitaine Marek Suchy. Son club la décroche pour la treizième fois, encore loin de Grasshopper (19), mais désormais à la même hauteur que le FC Sion.

Dans la foulée, Albian Ajeti lançait qu’il allait «boire tout ce qui lui passerait dans les mains», Marek Suchy se déclarait «plus qu’heureux» et le Genevois Kevin Bua appelait au micro de la RTS à «recevoir ce trophée comme un vrai trophée». Il n’empêche que ce dernier a pour le FC Bâle, octuple champion de Suisse entre 2010 et 2017, depuis tombé de son piédestal, l’allure d’un lot de consolation.

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«Dr Cup Ghört uns»

L’équipe de Marcel Koller devait gagner. Pour ne pas boucler un deuxième exercice consécutif sans remporter le moindre titre. Pour faire oublier que cette saison, le PAOK Salonique puis l’Apollon Limassol lui ont barré la route des compétitions européennes, avant que Young Boys ne la relègue à 23 points au classement de Super League. Pour ne pas décevoir une nouvelle fois des supporters qui ne veulent pas faire le deuil des grandes années. «Dr Cup Ghört uns» («la Coupe nous appartient»), tentaient de convaincre les T-shirts qu’ils portaient pour l’occasion.

Alors que la Super League et ses quatre confrontations annuelles entre chaque équipe banalisent jusqu’aux plus chauds des derbys, la finale de la Coupe de Suisse reste une machine à écrire des histoires en 90 minutes chrono (plus prolongations éventuelles). Chaque édition a la sienne. La force du mythe de l’invincible FC Sion même face à l’ogre bâlois (2015). Le baroud d’honneur d’un FC Zurich relégué en deuxième division (2016). La fin du mythe de l’invincible FC Sion face à l’ogre bâlois (2017). Les espoirs déçus de tout gagner après avoir si longtemps tout perdu pour Young Boys (2018). Cette année, le trophée aurait pu récompenser la débrouillardise d’un FC Thoune qui joue les trouble-fêtes dans l’élite malgré des moyens limités. Mais c’est une autre histoire qui s’est écrite. Moins folle, moins improbable. Moins «Coupe».

D’abord, il y avait ce Stade de Suisse (32 000 places) trop plein de sièges vides (20 500 spectateurs) pour voir dans la rencontre qu’il accueillait une véritable fête du football. Ensuite, ces chants de supporters bâlois ininterrompus pendant l’hymne national. Enfin, ce match peinant à démarrer – et pas seulement parce que quelques (très) jeunes climate strikers ont fait irruption sur la pelouse après quelques secondes de jeu pour manifester. A vrai dire, l’ouverture du score de la tête d’Albian Ajeti à la 24e minute de jeu ponctuait la première véritable occasion de la partie, ainsi qu’une longue phase bien monotone.

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Pour Thoune, il n’est pas trop tard

Le FC Thoune tentait tant bien que mal de mettre du rythme, mais commettait trop d’imprécisions techniques pour menacer la cage de Jonas Omlin. Le FC Bâle, de son côté, se contentait de contrôler la rencontre sans grande passion ni vraie idée pour bousculer la défense adverse. Il n’y a qu’en transitant par les côtés et en procédant par centres que les Rhénans sont parvenus à se montrer dangereux. A la 29e, Noah Okafor était un peu court; à la 55e, Albian Ajeti trop maladroit.

Au milieu de la seconde période, ses joueurs conscients qu’il fallait tenter quelque chose avant qu’il ne soit trop tard, le FC Thoune a commencé à se découvrir un peu. Cela a d’abord permis à la formation de Marc Schneider de se créer quelques occasions. Mais cela a ensuite coûté un deuxième but au gardien Guillaume Faivre, sur un des rares beaux mouvements bâlois de la rencontre, qu’un Fabian Frei bien démarqué à 7 mètres de la cage pouvait convertir en toute sérénité. «Thoune aura été un adversaire très coriace, reconnaissait l’entraîneur rhénan Marcel Koller à l’issue de la rencontre. Les derniers instants ont été très compliqués, car nous avons mal négocié plusieurs situations.» Son homologue ne cachait pas une certaine amertume: «Bien sûr que nous sommes déçus. Mais je ne peux qu’être fier de mes joueurs, qui ont fait ce que j’attendais d’eux.»

Avec sa victoire dimanche sur la pelouse synthétique du Stade de Suisse, le FC Bâle a un peu sauvé sa saison. Il n’est pas trop tard pour que le FC Thoune réussisse la sienne. A deux journées de la fin du championnat de Super League, les footballeurs de l’Oberland bernois sont bien placés pour accrocher une qualification aux compétitions européennes – ce serait un petit exploit en soi. Ils peuvent aborder leurs deux dernières rencontres de la saison comme de vrais matchs de Coupe. Le premier aura lieu dès ce mercredi, contre le FC Bâle.

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