Vingt points d’écart. Le gouffre que le FC Bâle avait creusé au terme de l’exercice 2011-2012 entre lui et son premier poursuivant, le FC Lucerne. Néanmoins, cette outrageuse domination ne doit leurrer personne: la saison de Super League s’est jouée tout autant sur les terrains que sur le tapis vert, avec la décapitation de l’une des figures de proue de l’an passé, le FC Sion, pénalisé de 36 points. Le couperet tombait du même coup sur l’intérêt de la Ligue, qui se transformait en parade élyséenne pour les Rhénans. Il serait injuste, toutefois, de réduire le triomphe des Bâlois aux vicissitudes de leurs rivaux directs: les Alémaniques, en plus de réaliser le double titre national-Coupe de Suisse, ont effectué un très beau parcours en Ligue des champions, battant notamment un des cadors du football européen, Manchester United.

La page de la saison passée est désormais tournée. Le classement affiche zéro point pour tous. Mais qui peut réellement empêcher Bâle de décrocher un 4e titre d’affilée?

Bâle et son principal «adversaire»

Michel Pont, assistant d’Ottmar Hitzfeld à la tête de l’équipe de Suisse, Gérard Castella, sélectionneur des M21, et Claude Ryf, entraîneur des M17, sont unanimes: le danger vient de l’intérieur. Le pire ennemi de Bâle, c’est lui-même. «Le plus difficile est de rester au plus haut niveau; le FC Bâle devra surtout se concentrer sur lui-même et tâcher de reproduire la même saison», avertit Ryf. «Il garde une marge nécessaire pour gagner, malgré des départs importants», tempère Castella, en référence à ceux de Granit Xhaka au Borussia Mönchengladbach, de Xherdan Shaqiri au Bayern Munich et de David Abraham à Getafe. «Les cadres sont restés. Ils ont, avec Frei et Streller, le meilleur duo d’attaquants de la saison écoulée. Il faudra surtout reconstruire un collectif avec les nouveaux arrivants», glisse-t-il encore. «Bâle fait figure d’épouvantail de ce championnat. Sur la longueur, son réservoir de joueurs peut faire la différence», analyse Pont.

Sion, un recrutement quatre étoiles

Incontestablement le club qui, d’une manière ou d’une autre, réussit toujours à être au centre de l’attention, grâce à son président Christian Constantin, du genre à mettre du poil à gratter sur les fauteuils bien vissés de l’establishment du football. Avec l’annonce de l’arrivée de Gennaro Gattuso, «CC» a déjà réussi LE transfert de la présaison. Le plus médiatisé du moins, car quelques doutes subsistent sur l’état de forme de «Ringhio», qui, à 34 ans, n’a joué qu’à sept reprises lors de la dernière de ses treize saisons à l’AC Milan, la faute à des problèmes de santé.

Ce transfert, en plus de celui de l’attaquant nord-irlandais Kyle Lafferty, ­ traduit les ambitions du club. Sébastien Fournier sera à la barre de cet équipage armé pour faire trembler les tenants du titre. «C’est un contingent stable et solide, en plus d’être la meilleure défense du championnat», constate Pont. Toutefois, les ambitions du président sont grandes et un résultat en deçà de la deuxième place serait un échec. «La patience ne fait malheureusement pas partie du projet», reconnaît Gérard Castella. Cela pourrait être un facteur stressant pour Fournier, qui n’a jamais entraîné au niveau professionnel. «C’est une pression positive, relativise Claude Ryf. Il a une formation capable de se battre pour le titre et non pour la relégation. C’est plutôt motivant.»

De plus, contrairement aux Bâlois, les résidents du stade de Tourbillon n’auront pas de compétition européenne à préparer: ils concentreront tous leurs efforts sur l’objectif Super League.

Lucerne, la stabilité comme ligne directrice

Peu de va-et-vient à la Swissporarena, ­ pelouse des Lucernois. Seuls deux arrivants du côté du lac des Quatre-Cantons, Philipp Muntwiler, en provenance de Saint-Gall et le Bulgare Dimitar Rangelov, qui a quitté l’Energie Cottbus, club de deuxième Bundesliga. Les Lucernois s’inscrivent dans la continuité en maintenant la confiance au contingent qui aura atteint la deuxième place de la Super League, et qui aura disputé la finale de la Coupe de Suisse au FC Bâle, rencontre perdue aux tirs au but. Gérard Castella, ne les voit pas refaire une aussi bonne saison: «Je pense qu’ils ont eu beaucoup de réussite l’année passée, ils ont été bien payés. Ce n’est pas une équipe très spectaculaire, plutôt hermétique», regrette-t-il, avant de continuer: «Je les vois évoluer en milieu de tableau. C’est un club avec peu de moyens; ils sont obligés de cibler leurs transferts. Ils devront être à l’affût du moindre faux pas des grandes équipes.» «C’est une équipe qui n’a pas d’internationaux. Sur la longueur du championnat, ce sont ces joueurs-là qui peuvent faire la différence, renchérit Claude Ryf. Je ne les vois en tout cas pas se battre pour la première place», conclut Ryf. Lucerne apparaît la moins bien lotie des trois pour contester le titre à Bâle.

Young Boys, l’éternel second

Toujours présentée parmi les favorites, l’équipe bernoise court derrière le titre de champion de Suisse depuis 1986. En 2011-2012, les gros moyens engagés avaient suscité de grands espoirs. Il y a eu l’arrivée de Christian Gross, le coach de tous les succès avec le FC Bâle. Gross ne réussira pas avec YB et sera remercié au mois d’avril. La troisième place finale est synonyme d’une énième déception. «Je pensais qu’ils seraient beaucoup plus proches de Bâle, reconnaît Castella. Mais ils ont été très inconstants, avec un changement d’entraîneur et de philosophie. Ils ont toutefois assez bien fini le championnat et n’ont pas trop fait bouger l’effectif. Les bases pour repartir sont bonnes», prévoit Castella. Pont abonde dans ce sens: «Ils ont misé sur la stabilité et ont de grosses ambitions». «C’est une ville de football, comme Bâle, avec une forte affluence du public. De plus, c’est un club avec de gros moyens, il faudra les surveiller», conclut Claude Ryf. Reste à trouver ce petit supplément de combativité qu’il manque aux Bernois pour se décoller cette image d’éternels seconds.