Comment reconstruire sur un champ en friche? La terrible débâcle contre le Bayern Munich 8-2 en quart de finale de la Ligue des champions vendredi oblige Barcelone à réfléchir à des changements profonds. Entraîneur, dirigeants, joueurs et même Lionel Messi: chaque recoin du club est désormais remis en question.

La fin d'une ère. Celle du grand Barça qui a marché sur l'Espagne et sur le continent européen pendant près d'une décennie. La fin de la courte pige de huit mois de Quique Setién sur le banc catalan, aussi, sans doute. Mais la pire défaite de l'histoire du Barça dans un match européen signifie bien plus que cela.

«On a touché le fond»

«C'est très dur, j'espère que cela servira à quelque chose, à ce qu'on réfléchisse tous ensemble à ce qui est le meilleur pour le Barça. Le club a besoin de changements. Et je ne parle pas au niveau de l'entraîneur ou des joueurs, mais structurellement, le club a besoin de changements de toutes sortes», a appelé le défenseur central et cadre de la formation blaugrana Gerard Piqué (33 ans), vendredi soir au coup de sifflet final, au micro de la chaîne espagnole Movistar+.

«Là oui, on a touché le fond. Les entraîneurs et les joueurs se succèdent, mais cela fait plusieurs années que l'on n'est plus capable d'être compétitif sur le plan européen. On doit tous réfléchir en interne et décider de ce qui est le meilleur pour le club, pour le Barça. C'est quelque chose d'inacceptable pour le FC Barcelone», a souligné le Catalan, se proposant même de quitter le navire le premier s'il faut faire venir du sang neuf.

Par où commencer? Après ce «match horrible», ce match «de la honte» et une année sans aucun titre pour la première fois depuis 2008, comment repartir à zéro ? Après avoir présenté ses excuses aux supporters catalans, le président du FC Barcelone Josep Maria Bartomeu, lui-même dans le viseur et qui pourrait annoncer des élections anticipées dans les prochains jours selon la presse catalane, a pris la parole comme rarement pour s'adresser aux Barcelonistes, vendredi soir. Il a indiqué que «des décisions seront annoncées et expliquées dans les prochains jours, dont certaines étaient déjà actées auparavant, avant même la reprise de la Ligue des champions».

Setién déjà condamné

L'entraîneur Quique Setién est notamment déjà «condamné», selon le journal sportif catalan Mundo Deportivo samedi. Recruté en janvier pour redonner son ADN à un Barça à la dérive après presque trois années d'Ernesto Valverde, Setién, sans réaction et visiblement perdu dans un costume trop grand, n'a pas réussi à redonner son allant au club blaugrana en huit mois d'exercice.

L'ex-légende catalane Xavi, actuellement entraîneur du club d'Al-Sadd au Qatar, et Mauricio Pochettino, ex-technicien de Tottenham et ancien joueur et entraîneur chez le voisin rival, l'Espanyol Barcelone, ont notamment été sondés pour entamer le chantier de la reconstruction, selon la presse espagnole. Mais Piqué l'a dit: tous les maux du Barça ne sont pas à imputer à un technicien appelé à la rescousse il y a huit mois à peine. Les racines sont plus profondes. L'âge moyen du onze blaugrana aligné vendredi soir est de presque 30 ans (29 ans et 329 jours), soit le plus vieux onze barcelonais aligné dans l'histoire de la C1.

Le sextuple Ballon d'Or argentin Lionel Messi, encore sacré en décembre dernier mais qui à 33 ans n'est désormais plus capable de porter seul les ambitions du Barça, doit-il refuser la prolongation de son contrat pour éviter de dévorer le club qui l'a nourri depuis l'adolescence? La superstar argentine n'a pas offert de réaction publique vendredi soir au sortir de la défaite. Mais il n'a cessé de le répéter depuis février: le Barça n'est pas assez bon. Les dernières recrues astronomiques, Dembélé (138 millions d'euros), Coutinho (145) et Griezmann (120), n'ont pas eu le rendement espéré.

On dirait le 7-1

Seule option, la révolution? L'avenir pourrait passer par ses jeunes stars montantes, comme Frenkie de Jong, Riqui Puig et surtout la pépite Ansu Fati. Mais le grand Barça des années 2010 a disparu, et la reconstruction prendra du temps.

En Allemagne, l'ambiance est évidemment toute autre. «Le score est difficile à expliquer», a réagi Joshua Kimmich, le défenseur, auteur du cinquième but. «L'équipe de Lionel Messi a sombré comme l'une des victimes du Bayern en Bundesliga», raille samedi le magazine allemand du football Kicker. «Le match a rappelé l'historique 7-1 de Belo Horizonte», lorsque l'Allemagne a humilié le Brésil en demi-finale du Mondial-2014.