Vu à la TV.

A en juger, de manière péremptoire, par les seules statistiques communes – 1-0 à l'aller, 0-0 au retour – on croirait que les deux demi-finales de la Ligue des champions 2005/2006 ont produit le même spectacle bloqué. La vérité du terrain se révèle très différente.

Autant, mardi soir, Arsenal apparut recroquevillé, la tête entre les genoux, contre un Villarreal maladroit comme une dizaine de Gaston Lagaffe, autant, hier au Camp Nou, le vin de messe fut de haute teneur. Une piquette face à un grand cru, voilà la comparaison papillaire qui s'impose. Comme quoi il existe, en football, des 0-0 qui ne se ressemblent pas.

Une occupation de la pelouse tentaculaire, des actions à une touche de balle, un pressing offensif, des ouvertures lumineuses destinées à couper dans le dos de la défense adverse, une technique individuelle au-delà des normes, tout fut presque parfait entre Barcelone et Milan. Hormis, bien sûr, l'absence de buts.

Vaincu chez lui il y a huit jours, l'AC Milan de Carlo Ancelotti n'avait pas le choix. Le Barça de Frank Rijkaard, lui, n'a pas failli à sa réputation d'équipe d'attaque. Sauf, peut-être, dans le dernier quart d'heure, lorsque la perspective concrète d'une qualification en finale commença à tétaniser les jambes et les esprits.

Malgré le peu d'espace vital abandonné aux créateurs, les balles de KO se sont succédé de chaque côté. A l'image de boxeurs soucieux de ne pas aller jusqu'à la limite du combat. Scénario enivrant.

Si Barcelone a acquis, à l'issue de ce duel de titans, le droit de disputer la rencontre titre en jeu devant Arsenal, c'est aussi parce qu'il a su maîtriser «l'autre» artiste brésilien, Kakà, grâce au marquage alternatif d'Edmilson et Iniesta. L'intelligence tactique, ajoutée aux qualités déjà mentionnées, devrait – doit – faire des Catalans un splendide champion d'Europe.