Grand air

Base jump: ils voient le vide à moitié plein

Lauterbrunnen permet d’enchaîner plusieurs sauts en base jump dans la journée. «Le Temps» a suivi trois amis, qui se sont offert une journée dans cette Mecque de la discipline

Ça n’a duré que quinze secondes. Pourtant, pour eux, le temps s’est arrêté. Ils ont eu l’impression de voler. Nous les avons vus chuter. D’abord, leurs trois silhouettes se sont découpées dans le ciel, 720 mètres au-dessus de nos têtes. Ils se sont brièvement penchés au-delà de la crête formée par une falaise de calcaire délité. Ils s’en sont détachés d’un coup. En dessous d’eux, il n’y avait que l’air. Jusqu’à ce qu’ils s’enfoncent dans cette masse invisible, nous n’y avions pas porté attention.

Les base jumpers se sont appuyés sur l’air. Tête en avant, bras en arrière, paumes dirigées vers la terre, Alexandre Emery, Manuel Froidevaux et Luc Bron se sont éloignés de la paroi et rapprochés du sol au-dessus de la Weisse Lütschine, la rivière qui s’écoule au fond de la vallée de Lauterbrunnen, dans l’Oberland bernois. Et soudain, comme si une alerte avait été lancée, dans un déchirement, leurs trois parachutes se sont déployés. Ils ont survolé les arbres sous lesquels reposent des plaques commémoratives rappelant la mémoire de certains malheureux. Ils ont franchi les lignes à haute tension et ont posé pied sur la prairie où ruminent quelques vaches blasées.