C'est un peu comme si la Juventus de Turin venait disputer une finale de Coupe d'Europe de football à Lausanne. Le budget est plus raisonnable, le sport moins médiatisé, mais les couleurs (noir et blanc) sont les mêmes et le palmarès n'a pas grand-chose à envier à celui du grand club turinois. Ce mardi soir à 20 heures, la légendaire Kinder Bologne rencontre l'AEK Athènes en finale de la Coupe Saporta, l'équivalent de l'ex-Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe en football, dans une patinoire de Malley transformée pour l'occasion en salle de basket. Un événement sportif international de plus à Lausanne (lire ci-dessous) et l'un des grands rendez-vous de la saison de basket.

La température monte à Malley

Autour de la patinoire et dans la ville, déjà, l'effervescence est palpable. Plusieurs dizaines de journalistes grecs et italiens sont arrivés hier à Lausanne, et au moins 1500 fans de chaque équipe sont attendus ce mardi. Les équipes, elles, ont testé le parquet en bois de Malley hier en soirée, plus ou moins à huis clos comme l'exige l'intox pratiquée à un tel niveau, entre une balade en ville et une conférence de presse où, comme souvent, les deux entraîneurs ont parlé pour ne rien dire. Une conférence de presse où l'entraîneur italien Ettore Messina a simplement confirmé les blessures de la star française Antoine Rigaudeau et du deuxième distributeur Davide Bonora, deux coups durs qui ne suffisent pas cependant à enlever à l'équipe italienne son statut de favorite.

Danilovic le baromètre

Car Kinder Bologne, c'est d'abord un phénomène: Predrag «Sasha» Danilovic, 30 ans, l'un des plus illustres représentants de la grande école du basket yougoslave. Joueur de génie, endurci par deux saisons en NBA de 1995 à 1997 aux Miami Heat et Dallas Mavericks, ce Serbe a tout gagné ou presque en Europe: une Coupe Korac et une Coupe d'Europe des clubs avec le Partizan Belgrade, quatre championnats d'Italie, une Euroligue (l'équivalent de la Ligue des champions en football) avec Kinder Bologne, et quatre championnats d'Europe avec l'équipe de Yougoslavie. «Quand il a été blessé au dos, remarque Ettore Messina, l'équipe s'est retrouvée déréglée. Depuis une semaine, il rejoue, et la stabilité est revenue. Sasha est capable d'influer sur le cours du jeu comme peu de joueurs.»

Kinder Bologne, c'est ensuite un palmarès fabuleux, et une continuité rare au sommet du basket européen: 14 titres de champion national (le dernier en 1998), 6 Coupes d'Italie, une Coupe des Coupes (ex-Saporta) en 1990, et une victoire en Euroligue en 1998 contre l'AEK Athènes déjà. La saison dernière, l'équipe n'a échoué qu'en finale de l'Euroligue face aux Lituaniens de Zalgiris Kaunas. Et cette année, malgré l'accumulation de problèmes – notamment les blessures de Predrag Danilovic et d'Antoine Rigaudeau –, elle vient de se qualifier pour les quarts de finale d'un des championnats nationaux les plus relevés d'Europe, en terminant deuxième de la saison régulière derrière l'autre équipe de Bologne, la PAF Fortitudo de la vice-présidente Nicoletta Mettel, également présidente du club tessinois de Vacallo.

Kinder Bologne, c'est enfin, et peut-être surtout, des moyens à peine imaginables pour les amateurs de basket suisse. Depuis que la marque de chocolat Kinder a décidé d'investir dans le club de la bourgeoisie de Bologne, en 1996, la bourse a encore enflé, et le nom d'origine de Virtus a peu à peu disparu pour laisser place à celui du sponsor principal, comme souvent dans le basket. Le club compte aujourd'hui une quarantaine de salariés. Le budget annuel, qui tourne autour de 18 millions de francs, est au moins quinze fois plus élevé que celui des clubs suisses les plus fortunés, Lugano et Vacallo. Les stars de l'équipe, Danilovic et Rigaudeau, touchent un salaire mensuel net d'impôt estimé à 180 000 francs, soit près de dix fois plus que les joueurs les mieux payés en Suisse.

Quant au Palamalagutti – la salle de 8300 places construite en 1996 –, «il est pratiquement rempli à chaque match», assure un journaliste bolonais, et abrite une passion certes moins démonstrative qu'en Grèce, où le lancer de pièces de monnaie et l'aveuglement des joueurs de l'équipe adverse à l'aide de stylos laser sont érigés en sport national, mais à faire pâlir d'envie tous les dirigeants du basket suisse.

Ce mardi soir, ils seront sans doute plus de 1500 tifosi dans les tribunes de Malley. «Aux yeux de certains observateurs, le championnat est plus important que la Coupe d'Europe, note le vice-président Roberto Brunamonti, un ex-joueur. Mais nous voulons la gagner.» Pour calmer quelque peu la gourmandise des supporters. Et pour perpétuer la légende d'un des grands clubs les plus titrés d'Europe.