Dans le match qui oppose Canal+ et le bouquet TPS de TF1 et M6 pour l'attribution des droits des saisons 2004 à 2007 du Championnat de France de football de Ligue 1 (L1), la chaîne cryptée a été déclarée hors jeu jeudi. Saisi par TPS, le Conseil de la concurrence a en effet «suspendu à titre provisoire» l'attribution des droits de retransmission décrochés le 14 décembre par Canal+ pour 480 millions d'euros (700 millions de francs). En attendant une décision sur le fond, l'autorité de régulation a également interdit à Canal+ «toute utilisation publicitaire ou commerciale» liée à cette attribution. La chaîne va faire appel. Hélas pour elle, le recours n'a pas d'effet suspensif.

Pour la chaîne cryptée, l'intervention arbitrale du Conseil est un revers sérieux et économiquement dangereux. Nombre de téléspectateurs s'abonnent en effet en priorité pour les retransmissions des matchs de football. Or la décision sur le fond ne devrait pas tomber avant plusieurs mois, c'est toute sa stratégie de recrutement et de fidélisation des abonnés et donc sa survie économique qui sont en péril. Chez TPS on jubile. Et on entend bien jouer la montre. Plus le délai d'attente sur le jugement sur le fond sera long, plus l'incertitude déstabilisera Canal +.

La mise hors jeu du Conseil n'est pas sans risque non plus pour la Ligue de football professionnel (LFP). Elle pourrait ne jamais voir la couleur des 700 millions de francs offerts par Canal +. En stigmatisant la possible position dominante de la chaîne cryptée sur le marché de la télévision à péage – 64,8% contre 11,7% à TPS –, celle de la LFP sur le marché des droits du Championnat de L1 – «produit essentiel pour l'activité des télévisions à péage» – et en s'interrogeant sur un possible «comportement discriminatoire» au détriment de TPS, le Conseil semble avoir fait son choix et favorisé un futur partage des droits. Or sur les 700 millions promis, 420 équivalaient à une prime d'exclusivité. Une offre, estime le Conseil, qui visait à «évincer le seul concurrent du marché». En cas de partage, cette prime d'exclusivité disparaîtrait. Le Conseil s'interroge aussi sur le favoritisme dont aurait bénéficié Canal +, en raisons de ses «liens contractuels avec des clubs dont les présidents siègent au conseil d'administration de la LFP».

Quid de la prochaine mi-temps? Le conseil d'administration de la LFP délibérera le 31 janvier et, dixit son président Frédéric Thierez, «prendra toute décision appropriée». Remise en concurrence de Canal+ et de TPS? Relance d'un nouvel appel d'offres? Organisation d'une table ronde? Pour l'heure, c'est l'expectative. Si Le Figaro affirme, malgré le démenti de la LFP, que cette dernière planche sur l'organisation d'une nouvelle mise aux enchères, Le Monde met en avant les risques que comporte «ce deuxième round». Car si jusqu'à aujourd'hui, la LFP a réussi à éviter que les deux opérateurs se concertent, il n'est pas sûr qu'après la décision de jeudi, ils ne soient pas tentés de le faire. Il en va de leur survie respective.