Football

Au Bayern, Papy Heynckes fait de la résistance

Jugé trop vieux en 2013 malgré un triplé historique, Jupp Heynckes a été rappelé cet automne à 73 ans pour sauver le Bayern. Et ça marche! Le club munichois voyage sans crainte mercredi à Istanbul en Ligue des champions et peut gagner la Bundesliga dès dimanche

Il y a exactement trente ans, Jupp Heynckes était déjà l’entraîneur du Bayern Munich. Il l’est à nouveau, depuis le 6 octobre dernier. A 73 ans, il n’a pas longtemps hésité avant d’accepter de succéder à Carlo Ancelotti. Il faut dire qu’Uli Hoeness l’avait quasi supplié. Comment dire non à son club de cœur et à un ami de quarante ans?

Pour le Bayern, ce quatrième mandat de Heynckes (après 1987-1991, 2009 et 2011-2013) portait un double enjeu: assurer un intérim qui puisse permettre aux Munichois d’éviter de gâcher une saison bien mal embarquée (ils étaient alors à cinq points du Borussia Dortmund en Bundesliga et venaient de subir une correction à Paris en Ligue des champions) et laisser le temps nécessaire aux responsables pour dénicher un grand entraîneur en vue de la saison prochaine.

Uli Hoeness (président du conseil de surveillance) et Karl-Heinz Rummenigge (président du conseil d’administration) ont pris le risque de réactiver un homme qui fêtera ses 73 ans le 9 mai prochain. Jupp Heynckes savourait une paisible retraite dans sa luxueuse ferme située près de Schwalmtal, sur les bords du Rhin. Il savoure aujourd’hui une forme de revanche, quatre ans et demi après avoir été prié de laisser sa place à Pep Guardiola en Bavière, alors qu’il avait conduit le Bayern à un historique triplé Coupe-championnat-Ligue des champions.

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En route vers un nouveau triplé?

Dès son retour à Munich, le technicien allemand a remis sa formation dans le droit chemin après avoir procédé à certaines modifications d’ordre tactique et personnel. «Le coach est quelqu’un de droit, qui fait ses choix et qui les assume, confie le milieu défensif français Corentin Tolisso. Il possède une expérience du haut niveau comme peu d’autres. Il fait en sorte de faire jouer tout le monde à tour de rôle. C’est un grand technicien qui sait nous motiver.»

Son bilan est quasiment parfait. A l’exception d’un partage des points contre le Hertha Berlin (0-0) et d’une défaite à Mönchengladbach (1-2), le Bayern a remporté tous ses matches, que ce soit en championnat, en Coupe d’Allemagne ou en Ligue des champions. Résultat: le Bayern a 20 points d’avance et peut-être sacré dès dimanche champion d’Allemagne pour la sixième fois de suite. Il disputera la demi-finale de la Coupe d’Allemagne à Leverkusen (17 avril) et s’est qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des champions dès le match aller (5-0 contre Besiktas, match retour ce soir à Istanbul).

Parfaite gestion d’un effectif pléthorique

Revoici donc Jupp Heynckes en course pour un nouveau triplé qui le ferait alors entrer au panthéon des plus grands entraîneurs de l’histoire. Mais ce qu’il réalise depuis son retour mérite déjà le plus grand respect. «Dans les vestiaires, l’ambiance est excellente. Nous tirons tous dans le même sens et notre état d’esprit constitue notre gros point fort grâce au coach qui nous met dans les meilleures conditions», se félicite Tolisso, qui est le parfait exemple résumant le travail de qualité du coach allemand.

Recruté l’été dernier pour 41,5 millions d’euros (une somme record en Allemagne) par Carlo Ancelotti, l’ancien Lyonnais a presque tout dû reprendre de zéro avec l’arrivée d’un nouvel entraîneur qui le connaissait très peu. La barrière de la langue n’arrangea rien. Mais Jupp Heynckes sut progressivement lui offrir sa confiance, et l’intégrer dans une rotation d’autant plus intelligente qu’elle garde constamment concerné un effectif pourtant pléthorique. Des quatre rescapés du triplé de 2013 (Müller, Ribéry, Robben, Martinez), aucun ne bénéficie d’un quelconque traitement de faveur. Pour Heynckes, seule la performance et l’attitude à l’entraînement comptent. Sa fine pédagogie, son énorme expérience du plus haut niveau et sa sérénité qui déteint sur ses joueurs ont fait en sorte de refaire du FCB un épouvantail.

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Il ne prolongera pas

L’intérimaire est tellement plongé dans son travail («J’arrive chaque jour au club à 8h et je repars à 19h») qu’il n’avait jusque-là pas trouvé le temps de parapher son contrat, chose finalement réglée… la semaine passée, à quatre mois seulement de son expiration. Son travail impressionne beaucoup ses patrons, qui ne rêvent que d’une chose: lui en faire signer un autre.

Le Bayern aimerait que Jupp Heynckes signe une année supplémentaire, sachant que les deux techniciens qui auraient les faveurs d’Uli Hoeness et de Karl-Heinz Rummenigge sont actuellement sous contrat, Jürgen Klopp à Liverpool et Joachim Löw avec l’équipe nationale, et qu’ils ne seront pas disponibles avant (au plus tôt) l’été 2019. Mais «Don Jupp» (son surnom depuis ses années espagnoles) ne veut rien entendre: le 30 juin, au terme de presque neuf mois passés dans une chambre d’hôtel dans le centre de Munich, il retrouvera sa femme et son berger allemand.


Tuchel en pole position

Qui pour succéder à Jupp Heynckes à compter du 1er juillet prochain sur le banc du Bayern Munich? «Notre prochain coach sera Allemand», a d’ores et déjà précisé Karl-Heinz Rummenigge, le président du club munichois. Après deux expériences mitigées avec le Catalan Pep Guardiola et l’Italien Carlo Ancelotti, qui n’ont jamais réussi à parler couramment l’allemand malgré leurs efforts, les patrons munichois ne prendront pas le risque d’opter pour un nom ronflant sur la scène internationale tel qu’Antonio Conte (Chelsea), Luis Enrique (libre) ou Laurent Blanc (libre).

Le futur entraîneur du Bayern ne devra finalement pas nécessairement être Allemand mais au moins maîtriser parfaitement la langue, ce qui permet à l’Autrichien Ralph Hasenhüttl (RB Leipzig) ou au Croate Niko Kovac (Eintracht Francfort) de faire partie de la short list. S’il remplit les trois critères des dirigeants (parler allemand, avoir une grande expérience de la Bundesliga et être capable de procéder au changement de génération dans l’effectif), Lucien Favre ne semble a priori pas faire partie des potentiels successeurs.

Sans club depuis la résiliation de son contrat pour incompatibilité d’humeur avec ses patrons au Borussia Dortmund en mai dernier, Thomas Tuchel fait figure de favori. Heynckes le verrait d’ailleurs bien à sa place. «Tuchel a les compétences suffisantes pour entraîner le Bayern, estime-t-il. D’ailleurs, depuis son départ, Dortmund est méconnaissable. Ce n’est pas un hasard.» (A. M.)

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