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A l'image de son club, le Boncourtois Amir Savon doit s'arracher pour se hisser à la hauteur des ténors du championnat.
© Martial Trezzini/KEYSTONE

Basketball

Le BC Boncourt résiste encore et toujours

Le 31 mars dernier, le club jurassien a fêté les 20 ans de sa promotion en LNA. Véritable emblème d’un village de 1200 habitants, il a tout connu depuis 1998, des titres aux longues années de galère, à part la relégation

Le BC Boncourt est déjà au pied du mur. En quart de finale des play-off de Ligue nationale A, les membres de la Red Team ont perdu les deux premiers matches d’une série au meilleur des cinq contre Lugano. Mardi soir, ils ont touché le fond en concédant près de 50 points d’écart (115-67) à leurs adversaires. Ceux-ci auraient toutefois tort de se voir d’ores et déjà en demi-finale. Ils ont certes gagné les deux premières rencontres, disputées sur sol tessinois. Mais ils n’ont pas encore gagné au Jura. Ils y sont attendus une première fois ce samedi.

Cela fait exactement vingt ans que les amateurs suisses de basketball ont appris à situer sur une carte géographique Boncourt, paisible bourgade de 1200 âmes à l’extrême nord-ouest de la Suisse. Et que les équipes de Ligue nationale A craignent les déplacements dans une halle polyvalente communément surnommée «Le Chaudron» pour l’ambiance survoltée qui y règne les soirs de match.

Le 31 mars 1998, le BC Boncourt obtenait sa promotion en Ligue nationale A. Depuis, le club jurassien a à peu près tout connu. Les années de grandeur – rythmées par les titres et les participations régulières aux compétitions européennes – et celles de décadence, avec les problèmes financiers, les nécessaires opérations de sauvetage et les économies de bouts de chandelles. Mais il n’a jamais été relégué et il préserve farouchement son identité à part.

Choc culturel

Bien des années avant de devenir l’été dernier l’entraîneur de l’équipe, Romain Gaspoz est d’abord venu à Boncourt en tant que joueur, avec l’équipe valaisanne d’Hérens. «Entre 2002 et 2004, ce n’étaient pas les bonnes années pour affronter le BCB, qui a enchaîné deux titres de champion… Je me souviens du très long trajet à travers la campagne jurassienne. On se demandait où on arrivait. Et puis lors de l’échauffement, il y avait le fameux diable, la mascotte de l’époque, qui surchauffait le public, et on comprenait que ce serait l’enfer», nous racontait-il voilà quelques semaines, dans les bureaux du club, situés entre deux classes de l’école primaire qui jouxte le Chaudron.

Le choc culturel est inévitable pour les renforts étrangers. Brandon Brown, originaire de Phoenix et arrivé l’été dernier des Etats-Unis, où il jouait en ligue universitaire, ne le nie pas. «On m’avait dit que Boncourt était petit, mais je ne m’attendais pas à ça, sourit le meneur de poche (1 m 80). Les magasins fermés le dimanche, les rues désertes et peu éclairées la nuit… il m’a fallu deux mois pour m’acclimater et réussir à dormir correctement.»

Mais depuis, l’Américain n’en finit plus de régaler le public suisse. Avec 27,7 points de moyenne, il fut, et de loin, le meilleur compteur de la saison régulière. «L’environnement est finalement idéal pour jouer au basket, et même si la salle est assez petite, le public est toujours derrière nous, et vraiment très bruyant.»

Un tremplin

Derrière les gros bras que sont Fribourg, Genève et Neuchâtel, Boncourt dispose, avec une moyenne de 750 spectateurs par match à domicile, du quatrième public de Suisse. En matière de ferveur, il est souvent cité comme le numéro 1. «Le public est très connaisseur, et on sent le poids de l’histoire du club. Les gens nous rappellent souvent les grandes années, et cela peut mettre une certaine pression sur les joueurs, note Romain Gaspoz. Mais lorsque la fin de match est tendue, l’ambiance de feu fait souvent basculer la rencontre de notre côté.»

«On n’aurait jamais pu se maintenir aussi longtemps dans l’élite sans le fort soutien populaire des Jurassiens», explique Paul Vallat, coprésident du club qui, comme 80 autres, s’implique bénévolement depuis de nombreuses années. «Avec un budget de 650 000 francs pour l’équipe pro, on doit éviter tout ce qui est superflu pour rester compétitif. On est l’un des seuls clubs de LNA à se déplacer en minibus, et à ne pas manger au restaurant après les matches à l’extérieur…»

Malgré une gestion saine et optimisée jusque dans les moindres détails, le club doit se contenter d’un effectif pro très restreint, et l’équipe tourne souvent à sept ou huit joueurs. Pour les dirigeants, attirer des basketteurs habitués aux grandes villes dans une région périphérique et rurale comme l’Ajoie est un vrai défi. «Il ne faut pas se le cacher, à salaire et temps de jeu égaux, presque aucun joueur suisse ne choisira Boncourt. Par contre, pour des jeunes qui donnent tout pour le basket et veulent des responsabilités, on est le club idéal. Le BCB est souvent un tremplin, et doit accepter cette réalité.»

Pas le droit à l’erreur

Jeune binational croate et suisse passé de Genève à Boncourt l’été passé en espérant gagner en temps de jeu, Juraj Kozic (23 ans) est précisément dans cette situation: «Il y a moins de pression et de concurrence que chez les cadors du championnat. Pour un jeune joueur, c’est un environnement idéal pour se développer.»

Pour encadrer ces jeunes prometteurs, le club frontalier n’a donc pas le droit à l’erreur dans le recrutement des joueurs étrangers. Cette saison, avec Brandon Brown et le géant Amir Williams (2 m 11) notamment, il a visé juste. «Même si Brandon m’a tapé dans l’œil dès les premières vidéos et qu’on a été très rapides pour le faire signer, son recrutement tient en partie du coup de bol. Des joueurs avec ses caractéristiques, il y en a beaucoup, et c’est très dur de savoir lesquels vont briller en Suisse», confie l’entraîneur Romain Gaspoz.

Mais son meneur prodige arrive déjà au bout de son contrat d’un an, et ses performances ne passent pas inaperçues, notamment en France. Les chances de le voir rempiler pour une saison sont minces. D’où un renouvellement incessant de l’équipe, qui n’est pas facile à digérer pour les supporters: «C’est vraiment dommage qu’on n’arrive pas à garder ces gars-là plus longtemps pour créer une vraie identité, déplore Stéphane Bée, le président du fan’s club. Mais on connaît les réalités financières du club, et avoir une équipe de basket capable de rivaliser avec celles des grandes villes du pays, ça reste incroyable.» Cela vaut bien de donner de la voix, du tambour et du klaxon jusqu’au bout de chaque match disputé au Chaudron.


Le BC Boncourt en dates

1980 Fondation du BC Boncourt par une bande d’amis déçus du club de Porrentruy.

1993 Randoald Dessarzin prend les rênes de l’équipe, alors en 2e ligue; début d’une ascension fulgurante.

1998 Promotion en Ligue nationale A.

2003 Premier titre de champion de Suisse; un deuxième suivra en 2004, et le BC Boncourt remportera encore la Coupe de Suisse en 2005 et deux fois la Coupe de la Ligue.

2006 Mal géré, le club est déclaré en faillite mais finit par être sauvé par la mobilisation populaire; il faudra dix ans pour éponger les dettes.

2018 Le BC Boncourt fête les 20 ans de sa promotion dans l’élite.

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