Le grand écart. C’est l’exercice que devra réussir Béatrice Wertli dans sa nouvelle fonction de directrice de la Fédération suisse de gymnastique (FSG): concilier la recherche de la performance d’athlètes qui rêvent toutes et tous de Jeux olympiques, tout en préservant leur santé physique et psychique. Le récent scandale survenu au Centre national du sport à Macolin, où de très jeunes gymnastes ont été humiliées voire frappées durant des années, illustre l’ampleur du défi.

Béatrice Wertli a le bon profil pour relever ce défi. Adolescente, dans la catégorie des juniors, elle a fait partie de l’équipe suisse de triathlon olympique (1,5 km de natation, 40 km de vélo et 10 km de course) et participé aux Championnats d’Europe, où elle a terminé au 20e rang en 1992. Aujourd’hui mère de deux filles de 10 et 11 ans, elle se met dans la peau des parents qui n’ont rien su de l’enfer vécu par leurs enfants, auxquelles on avait imposé la loi du silence. «C’est la maman, plus que l’ancienne athlète de triathlon, qui a souffert en lisant le rapport d’enquête indépendant commandé par la fédération, avoue-t-elle. J’ai été stupéfaite, consternée.»

Une commission d’éthique

Le sport est une médaille à deux faces. Pratiqué modérément, il est sain, conseillé par les médecins comme par les caisses maladie qui multiplient les applications de santé. Béatrice Wertli acquiesce: «Vous n’imaginez pas le bien-être qu’on ressent au terme d’une séance de jogging», raconte-t-elle. Elle connaît pourtant aussi le revers de cette médaille. Un jour, elle a terminé un triathlon malgré une fracture de fatigue à la jambe survenue à cinq kilomètres de l’arrivée. «En ignorant la douleur, j’ai pris des risques pour ma santé.»

Le ou la sportive d’élite évolue forcément sur cette ligne de crête très ténue. Le scandale de Macolin, c’est histoire d’un engrenage infernal. Une fédération qui fixe des objectifs trop élevés, des entraîneurs qui pour les atteindre durcissent les exercices sans scrupule en recourant à la violence psychologique, et enfin de jeunes sportives dont on se demande si elles n’en seront pas traumatisées à vie.

Pour Béatrice Wertli, l’heure a sonné de tirer les leçons de la crise. Dans l’immédiat, la FSG a mis sur pied une commission d’éthique. Mais ce n’est là qu’un début. «Nous devons revoir le système de financement du sport d’élite, qui était jusqu’ici basé uniquement sur la performance. Il faudra à l’avenir tenir compte d’autres paramètres comme l’encadrement des athlètes en mettant l’accent sur leur santé physique et psychique.»

Si tous les médias se sont focalisés sur ce scandale, la FSG a vécu un autre «drame» l’an dernier, celui de la crise du coronavirus qui a trop souvent réduit ses 370 000 membres à l’inactivité. Ses dirigeants ont passé leur temps à esquisser des concepts de protection sanitaire. «C’est dur de ne pas pouvoir s’entraîner et d’être privé de la convivialité qui entoure la vie d’un club. Cette pandémie montre que le sport est un pilier essentiel de notre société», remarque-t-elle.

En prenant la tête de la plus importante fédération sportive de Suisse, cette femme solaire et spontanée de 44 ans clôt – provisoirement du moins – le chapitre politique de sa vie. Durant vingt-cinq ans, elle a porté haut la couleur orange du PDC, d’abord comme cheffe de communication, puis comme première femme secrétaire générale de ce parti. Elle a connu le bonheur du travail dans le terrain au contact des partis régionaux, mais aussi quelques désillusions à Berne. La plus cruelle a été l’éviction de Ruth Metzler par l’UDC Christoph Blocher en 2003, «une humiliation pour les femmes».

Combattre les inégalités

La cause des femmes? «Je la défends, mais je n’affiche pas mon féminisme dans mon CV», déclare-t-elle. «Il reste tant d’inégalités qu’il est impossible d’en faire un classement», renchérit-elle. Et celles-ci sont particulièrement criantes dans le sport. Au point que l’association Alliance F, celle qui a permis l’élection de 42% de femmes au Conseil national en 2019 à l’enseigne d’«Helvetia appelle», a décidé de lancer une nouvelle opération cette fois-ci consacrée au sport, «Helvetia en piste». Un marathon pour l’égalité dont la ligne d’arrivée n’est de loin pas en vue. Si 50% des sportifs amateurs sont des femmes, elles ne sont que 8% à présider une association suisse. «Dérisoire», tranche l’une d’entre elles: Béatrice Wertli, justement.

Avec son mari, Stefan Meierhans, qui n’est autre que Monsieur Prix, Béatrice Wertli forme un couple moderne qui improvise le quotidien à chaque heure. Ils ont toujours travaillé à 100%, pour ne pas dire plus. Mais leur activité leur permet d’être très flexibles dans leurs horaires de travail respectifs, de manière à pouvoir concilier carrière et vie privée. «Savoir consacrer autant de temps à sa famille qu’à son métier, c’est cela le vrai professionnalisme», s’exclame-t-elle.


Profil

1976 Naissance à Aarau.

2000 Master en relations internationales à Genève.

2001 Cheffe de la communication du PDC suisse.

2012 Secrétaire générale du PDC suisse.

2021 Directrice de la Fédération suisse de gymnastique.


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