Rugby

Beauden Barrett: «Etre un All Black est le plus beau métier du monde»

De passage à Genève à l’invitation de son sponsor Tudor, Beauden Barrett explique comment la légendaire équipe au maillot noir est devenue une marque mondiale sans jamais dénaturer son esprit

A la veille de mettre fin à une tournée de six semaines au Japon et en Europe, sept membres des All Blacks étaient de passage lundi à Genève pour une visite à leur sponsor horloger, Tudor. En toute décontraction (et en bras de chemise), les «men in black» ont traversé à pied le pont du Mont-Blanc pour se rendre à la boutique Bucherer, rue du Rhône, où se tenait une réception en leur honneur.

Les All Blacks sont devenus une marque, et même une marque de luxe. On sent bien que les joueurs, souvent d’origine rurale, préféreraient la bière au champagne, et qu’ils se réjouissent plus de goûter la fondue que les petits fours. Ils sont pourtant à l’aise, ni intimidés ni blasés, discutant et posant avec simplicité. Chez les All Blacks, la star c’est l’équipe. Mais la vedette de l’équipe, c’est bien le demi d’ouverture Beauden Barrett, avec qui Le Temps avait pu s’entretenir un peu plus tôt en tête à tête.

Le Temps: Quel intérêt ont pour vous ces tests matchs de novembre?

Beauden Barrett: C’est toujours un défi de monter jouer dans l’hémisphère nord, contre des équipes avec de nouveaux systèmes défensifs. On a vu qu’elles mettaient toujours plus de vitesse dans la montée de la ligne défensive pour tenter d’étouffer notre jeu. Des mois comme celui-ci nous aident à nous préparer pour la Coupe du monde.

L’Irlande vient de vous battre pour la seconde année consécutive. Que fait cette équipe de mieux que les autres?

Cela fait pas mal d’années qu’ils ont une excellente équipe mais cette fois, ils ont été particulièrement solides, avec un pack très dominant, une charnière très bien organisée avec Conor Murray et Johnny Sexton, des arrières très habiles. Leur plan de jeu est très simple mais très efficace et ils l’exécutent à la perfection. Défensivement, ils nous ont fait sentir que nous n’aurions pas beaucoup d’occasions de les surprendre.

Comment vit-on la défaite lorsque l’on est All Black?

Ce n’est jamais plaisant de perdre, sous quelque maillot que ce soit, mais cela fait plus mal dans un match des All Blacks. Aussi longtemps que l’on apprend de ces expériences pour essayer de s’améliorer, ce n’est pas trop grave.

La prochaine Coupe du monde aura lieu du 20 septembre au 2 novembre 2019 au Japon. Vous serez presque à la maison…

C’est tout de même douze heures d’avion, mais on reste pratiquement dans le même fuseau horaire. Ce sera la première Coupe du monde en Asie. Pour le développement du jeu, c’est très important. Je me réjouis d’y être. Cela va arriver vite.

Un an, c’est à la fois lointain et proche. Comment bien préparer cet objectif?

D’abord en faisant une pause de deux mois pour reposer les corps et ressourcer les esprits. Ensuite, nous pourrons entamer une véritable présaison qui nous permettra de devenir de meilleurs athlètes et de meilleurs joueurs. Il faut savoir commencer par s’arrêter, et profiter des vacances, parce que l’année qui suivra sera très intense et qu’il s’agira d’atteindre son pic, non seulement physique mais aussi émotionnel, au bon moment. Personnellement, je vais beaucoup jouer au golf ces prochaines semaines. Un peu de cricket aussi. Je viens du bord de l’océan et j’aime nager. Mais pas de rugby, ou alors juste un peu sur la plage.

Est-ce stressant d’être un All Black?

Ce qu’il y a de beau chez nous, c’est que nos fans et notre entraîneur nous encouragent à donner le meilleur de nous-mêmes sur le terrain, à nous exprimer sans retenue. Lorsque vous êtes un All Black, vous êtes entouré d’énormément de confiance. Cela vous donne envie de travailler dur à l’entraînement et de prendre du plaisir en match. Mais hors du terrain, c’est aussi beaucoup de responsabilités. All Black, c’est pour toute la vie. Vous n’enlevez jamais ce maillot parce que vous êtes un modèle pour beaucoup de gens. Il faut s’en souvenir.

Beaucoup de choses ont changé depuis que le rugby est professionnel. Mais une chose n’a pas changé: l’esprit des All Blacks.

Tout part du maillot. Vous rêvez tellement de le porter que lorsque vous y parvenez, vous n’avez qu’un seul objectif: en être digne. Cette exigence de tous et de chacun a créé une continuité, constitué un héritage, enrichi une tradition. Je suis devenu All Black assez jeune, juste avant mes 21 ans. Il y avait dans l’équipe Richie McCaw, Ma’a Nonu, Dan Carter; des rock stars du rugby! Et de par mon poste de demi d’ouverture, je devais beaucoup parler à ces gars-là, les diriger. Ils ne m’ont pas facilité la tâche mais ils m’ont aidé à devenir un leader.

Je crois qu’il est plus facile aujourd’hui pour les jeunes d’intégrer l’équipe parce que les leaders sont plus accessibles. Ceux d’avant étaient durs, mais ils voulaient aussi montrer aux jeunes qu’ils n’étaient pas encore arrivés, que devenir All Black n’était pas une fin en soi. C’est un juste milieu à trouver; souvent le coach et le capitaine équilibrent la balance.

Enfant, rêviez-vous de devenir All Black ou cela vous semblait-il inaccessible?

Lorsque j’ai revêtu ce maillot, la sensation était indescriptible. En Nouvelle-Zélande, devenir un All Black change votre vie parce que le rugby est le sport national et cette équipe une part importante de notre culture, de qui nous sommes. J’en avais rêvé, mais pas de façon réaliste. Ce qui est très beau, et qui je crois a été déterminant, c’est que j’ai franchi toutes les étapes en pensant d’abord à prendre du plaisir. Je n’ai jamais pensé cela comme un job même si All Black est le plus beau métier du monde.

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