Une chambre climatique est à disposition des athlètes suisses qui, en prévision des Jeux de Pékin, voudraient s'essayer à la chaleur, à l'humidité et au smog. Ou aux trois en même temps, de préférence. L'engin est la propriété de l'EPFZ. Innovation utile: il permet de simuler des conditions de pollutions extrêmes, équivalentes à une agglomération urbaine de type hyperactive. Swiss Olympic recommande chaudement de s'inscrire.

Car les Jeux ne seront pas une promenade de santé. «Il y aura des défaillances terribles. Les conditions s'annoncent nettement plus pénibles que prévu», a exposé le médecin de la délégation suisse, Beat Villiger, aux athlètes éligibles. Démonstration: «Pékin cumule tous les risques: ceux du smog, avec l'ozone, le dioxyde d'azote, et les particules fines, mais aussi ceux du climat, avec la chaleur et l'humidité. Nous nous trouvons devant un cocktail extrêmement nocif. Sur un plan médical, l'attribution des Jeux à Pékin est une erreur. C'est, en fait, un champ d'expérimentation immoral.»

«Il n'y a pas danger de mort», relativise Magali di Marco Messmer, médaillée de bronze au Jeux de Sydney et, depuis, jeune maman. «En triathlon, nous sommes bien préparés. Même si nous n'avons pas vraiment testé des conditions aussi extrêmes, nous avons disputé plusieurs courses sous la canicule - dont une en Corée, récemment, où plusieurs athlètes se sont évanouis. Aux Jeux, il faudra ajouter un parcours très dur, avec de longues lignes droites, et une présence médiatique inhabituelle. Cela dit, les difficultés seront les mêmes pour tout le monde. Au moins, nous aurons une course spectaculaire.»

Les mesures de pollutions recensées par une vingtaine de stations américaines indiquent «des résultats nettement plus mauvais que les chiffres officiels», fournis par l'administration chinoise. Pour avoir eu accès à ces documents, Swiss Olympic les a confrontés à des témoignages réels. Revenu d'une épreuve test, Yvan Lapraz, champion du monde de BMX, dit avoir rencontré «des conditions terribles, où la pollution irritait la gorge et les yeux».

Rien qui n'inquiète vraiment Aurélien Clerc, au-delà des basses contingences: «En cyclisme, nous avons l'habitude des climats secs. J'ignore comment notre système respiratoire réagira à l'humidité. Certes, la pollution sera plus problématique. Mais il est impossible de l'anticiper, à moins de s'entraîner au bord d'une autoroute. Et puis, les médecins connaissent le problème. Soyons clairs: si j'ai la chance de décrocher l'une des deux places attribuées au cyclisme suisse, je la prendrai sans hésiter. Pas une seconde.»

Une batterie de tests effectués à Pékin sur 140 sportifs suisses a permis d'établir que, même préparés, la plupart souffriront de diarrhées, de problèmes respiratoires, de troubles du sommeil ou de dérèglements psychiques - entre autres joyeusetés. Même les sports de salle ne seront pas épargnés: «Les particules s'immiscent partout», brandit le Dr Villiger.

Rien qui n'inquiète davantage Céline Baillod, détentrice du record suisse du 200 m et bien déterminée à se qualifier: «Je ne suis pas effrayée. Mon seul souci serait plutôt de disputer des finales le matin, à des heures inhabituelles. Franchement, il n'existe rien de plus prestigieux et de magique que des Jeux. Une première participation, pour moi, serait tellement «énorme» que je ne réfléchirai pas aux détails externes. Je ferai avec. Pollution ou pas, ce sera pour tout le monde pareil.»

Logiquement, le Dr Villiger concentre ses doutes sur le marathon qui, «dans des conditions apocalyptiques, ne devrait pas se courir en moins de 2 h 15'». Détenteur du record suisse en 2h 08' 20'', Viktor Röthlin y voit un message d'espoir: «Notre discipline est largement dominée par les Kenyans. Or, ces athlètes ne sont pas habitués à la pollution. Pour moi, il s'agit d'une chance unique.» Le médaillé de bronze des derniers Mondiaux a formé une sorte d'autorité tutélaire: «Mon entourage surveillera le déroulement de la course et, s'il considère que je mets ma santé en danger, il me criera d'arrêter. Si j'obéirai? Oui, je le pense.» Viktor Röthlin exprime certes quelques appréhensions furtives, mais elles restent inopérantes: «J'ignore comment réagira mon organisme. Très clairement, ma santé prime sur tout le reste. Il est exclu de compromettre ma vie d'homme, pour rien au monde. Le problème, en l'occurrence, est que les Jeux ont lieu tous les quatre ans. Et que j'ai déjà 28 ans. Je dois courir...»