Belinda Bencic fêtera ses 22 ans le 10 mars prochain, et sans doute son gâteau d’anniversaire aura-t-il un goût un peu plus doux que ces dernières années. En 2016, elle soufflait ses 19 bougies bien installée parmi les dix meilleures joueuses d’un monde qui semblait déjà lui appartenir. Une année plus tard, elle s’apprêtait à passer sur une table d’opération et à se voir reléguée dans les tréfonds du classement WTA ainsi que dans des tournois sans glamour. La revoilà aujourd’hui tambourinant à la porte menant au sommet de la hiérarchie du tennis féminin.

Bientôt 22 ans, seulement. Il y a déjà eu tellement de (très) hauts et de (très) bas dans sa carrière qu’elle pourrait presque passer pour une vieille routinière du circuit, une impression qu’elle ne contredit pas. «Je me sens totalement comme cela», glissait-elle récemment à 24 heures.

La jeune femme possède de l’expérience (déjà six participations à l’Open d’Australie à son actif), mais elle a surtout la vie devant elle. Elle l’a rappelé la semaine dernière à Dubaï en remportant, quatre ans après ses deux premières victoires sur le circuit principal en 2015, un tournoi de haut standing labellisé «Premier 5» dont le niveau de dotation (2,5 millions de dollars) stimule la participation des meilleures. Des dix joueuses les mieux classées du moment ne manquaient à l’appel que les Américaines Sloane Stephens et Serena Williams. Belinda Bencic – qui n’était pas tête de série – a éliminé la moitié des huit membres du top 10 en course pour empocher les 520 000 dollars promis à la gagnante: Aryna Sabalenka (WTA 9), Simona Halep (2), Elina Svitolina (6) et Petra Kvitova (4).

Revenue de nulle part

Après sa victoire en finale samedi soir, la Suissesse a expliqué qu’elle avait considéré son parcours à Dubaï comme réussi dès lors qu’elle avait écarté de son chemin sa compatriote Stefanie Vögele au deuxième tour. «Mes attentes n’allaient pas au-delà», assurait-elle. Mais sa démonstration dans ce derby (6-1 6-1) n'était qu’un début. Par la suite, rien n’a bien sûr été simple. Elle a sauvé six balles de match contre Aryna Sabalenka. Elle a été menée un set à rien par Simona Halep, ainsi que 3-5 dans la manche décisive par Elina Svitolina. Mais elle a à chaque fois trouvé les ressources pour revenir dans la partie et passer l’épaule. «J’ai été si souvent proche de perdre que c’est vraiment incroyable de terminer en gagnant le tournoi», s’enthousiasmait-elle, extatique et incrédule.

En arrivant à Dubaï, elle pointait au 45e rang du classement WTA. Elle est 23e ce lundi. Son niveau de jeu, son abnégation et sa forme physique laissent penser que le top 10 lui tend les bras. Son potentiel autorise les observateurs à voir en elle une future très grande. Exactement comme il y a quelques années, en somme, avant que des soucis récurrents à un poignet ne l’obligent à passer par la case opération en avril 2017 et à entamer une longue traversée du désert.

Septième joueuse mondiale en février 2016, elle est reléguée au-delà de la 300e place de la hiérarchie en septembre 2017. A ce stade, il n’y a pas d’autre choix que de tout reprendre depuis le début en écumant les tournois peu prestigieux. Le Temps lui rend visite à Clermont-Ferrand, alors qu’elle dispute une épreuve ITF dotée de 25 000 dollars dans l’indifférence générale. La jeune femme est lucide sur son sort, autant que prudente sur un éventuel retour en grâce. «J’ai déjà joué ce genre de tournois et c’est la catégorie à laquelle j’appartiens en ce moment. J’espère revenir mais j’apprécie de revivre ce genre d’ambiance plus calme et plus familiale. Ici, je peux bien me reconstruire.»

Notre reportage à Clermont-Ferrand: En Auvergne, le réveil de Belinda Bencic

Amour et santé

Elle termine l’année 2017 en enchaînant 28 victoires en 31 matchs. Début 2018, elle marque les esprits en évinçant Venus Williams au premier tour de l’Open d’Australie. Sa compatriote Timea Bacsinszky pronostique son retour aux alentours du top 20 à la fin de l’année. La Vaudoise voyait juste, à quelques mois près. Parce qu’à être montée en grade comme une fusée avant de retomber presque aussi promptement dans l’anonymat des divisions inférieures, la jeune femme estime avoir en tout premier lieu appris à se méfier de la précipitation.

Elle l’explique dans un podcast enregistré par les équipes de la WTA après son sacre à Dubaï. «Après [ma victoire en 2015 à] Toronto, j’étais extrêmement excitée. Je ressentais une forme d’urgence: je voulais vite gagner le match d’après, et le suivant, et encore un autre. Je pensais que tout devait se produire très rapidement. Maintenant, j’ai compris que ce n’était pas nécessaire. Je peux prendre mon temps. Ma carrière sera tellement longue, je veux juste en profiter.»

Pour exploiter son potentiel au mieux, elle a replacé la condition physique au cœur de son processus d’entraînement. Pendant toute la semaine à Dubaï, elle a insisté sur ses bonnes sensations, sa capacité à bien récupérer, à ne pas ressentir la fatigue. Un état de forme inédit dans sa carrière qu’elle attribue à sa collaboration avec son coach physique Martin Hromkovic, qui la comprend «mieux qu’aucun autre entraîneur», côté sport, et avec lequel elle forme un couple depuis quelques mois, côté vie privée.

Victoires, santé, amour: la jeune femme répète à qui veut l’entendre qu’elle ne pourrait pas être plus heureuse. Après des années de doutes et de remise en question, son 22e anniversaire sera joyeux.